Le ciel
redevenu bleu hier matin annonçait enfin une vraie journée d'été
paisible jusqu'à ce que je mette en route la radio et que j'entende
la triste nouvelle de cet attentat à Nice. Le journal suivant fait
part des circonstances du drame puis commencent les commentaires des
spécialistes et autres experts pour échafauder des hypothèses sur
les motivations du meurtrier entrecoupés de témoignages sur le vif
mais qui relèvent plus de l'émotion que de l'information. Là (et
las !), je décide couper tout moyen d'information pour la
journée. On n'en apprendra pas plus à écouter ou regarder en
boucle les mêmes déclarations et les mêmes images. Consacrer autant
de glose à ce drame ne fait que conforter les éventuels
commanditaires sur l'efficacité de leur action et susciter l'envie
de faire de même chez des candidats terroristes narcissiques. De
plus, cela ne permettra pas hélas de déjouer un autre attentat de
ce genre, commis par un seul individu, semble-t-il. Le mieux que nous
puissions faire en tant que simple citoyen est de vaquer sans crainte
à nos occupations habituelles et ne rien changer à notre mode de
vie. Ce serait donner raison à ces gens dont les ressorts relèvent
nettement plus de la psychiatrie que de la religion ou de la
politique.
samedi 16 juillet 2016
samedi 11 juin 2016
Revalorisation de carrière par les vases communicants
Après
le « dégel » (provisoire?) du point d'indice de la
fonction publique décidé il y a quelques mois, on pensait que le
gouvernement avait ouvert exceptionnellement sa hotte de père Noël
à une année des élections générales. Voici qu'il la ré-ouvre
une seconde fois pour dévoiler des nouvelles grilles de carrière
avec augmentation des indices de chaque échelon. Légère hausse
plus qu'augmentation car elle se résume à 9 points d'indice ce qui
représente environ 500 euros bruts annuels. Pas de quoi effacer le
gel du point entre 2010 et 2016 et l'augmentation de la retenue pour
pension qui court encore jusqu'en 2020.
En
regardant de plus près les mesures annoncées sur le site du
ministère, on s'aperçoit que les généreux 9 points d'augmentation
proviennent du transfert en deux temps de l'indemnité de suivi et
d'orientation des élèves (ISOE) vers le traitement brut ! Un
pur jeu comptable donc, ou la version financière des vases
communicants. Il fallait y penser. Les gestionnaires du ministère à
l'origine de ce tour de passe passe méritent leur primes
rondelettes... Cette mesure ne coûtera donc rien à l'Etat, alors
que les média ont fait part bruyamment d'un coût de 1 milliard pour
les finances publiques.
La
modification de l'avancement de carrière ne devrait pas non plus
coûter grand chose. S'il n'y a plus qu'un seul rythme d'avancement
pour tous, il correspond au niveau médian de l'ancienne grille (le
« choix »), auquel la majorité des professeurs
avançaient dans la carrière (les premiers 5/7 du tableau
d'avancement d'échelon) . Il fallait 26 ans et quelques pour
parcourir les 11 échelons de la classe normale, il en faut toujours
26 pour parcourir la nouvelle grille. Elle permettra juste de ne pas
léser les collègues trop peu souvent inspectés dont la note était
insuffisante pour leur éviter un passage à l'ancienneté.
La hors
classe devient en théorie accessible à tous dès le 9ème échelon
(au lieu du 7ème auparavant, même si dans la pratique, un accès à
ce niveau est assez rare) et il restera à vérifier qu'elle le sera
bien. Une classe exceptionnelle vient coiffer la hors classe mais
elle ne sera accessible qu'à ceux ayant exercé en éducation
prioritaire ou assuré des missions particulières. Pour ces
dernières, la promotion à cette surclasse est donc liée à des
activités sans rapport direct avec l'enseignement dispensé devant
élèves. Inutile de faire du zèle en classe pour y accéder !
Comme aujourd'hui, il y a peu de chance que cela soit récompensé.
Ceux qui exercent des fonctions de conseiller pédagogique ou de
formateur et bien vus de leur direction devraient sans difficulté
accéder à ce nirvana de l'échelle de rémunération.
Dans le
dossier de présentation de ces mesures sur le site du ministère, on
lit que le gain de traitement d'un professeur certifié sur
l'ensemble de sa carrière (classe normale puis hors classe)
représentera 23 000 euros. Si l'on étale ce gain sur 30 ans (26 ans
de classe normale et 4 ans de hors classe), cela ne représente que
766 euros de plus par an et moins bien sûr si l'on calcule sur 40
années, durée plus probable d'une carrière complète pour une
retraite sans décote... Pas vraiment de quoi sauter au plafond et
susciter des vocations ! A moins que les candidats à
l'enseignement jettent un œil sur ce qui est promis aux professeurs
agrégés. Le site du ministère fait miroiter l'échelle lettre B
soit une rémunération brute comprise entre 54 600 et 60 000 euros
par an ! Mais il faut lire plus haut que ces émoluments ne
seront perçus que par les heureux élus à la classe exceptionnelle.
Pour le commun des mortels, la carrière se terminera à la hors
classe dont il faudra surveiller qu'elle devienne vraiment accessible
à tous lors de la mise en œuvre de ces mesures. Encore une fois,
attirer des candidats de valeur aurai dû passer par une
revalorisation substantielle du début de carrière. Celle proposée
est nettement insuffisante. Des étudiants brillants n'attendront pas
26 ans de carrière avant d'avoir une rémunération à la hauteur
(ou presque) de celles du secteur privé, ou de la haute fonction
publique d'Etat.
La
conséquence du rythme unique d'avancement est la disparition des
inspections telles que nous les connaissons. Pour ma part, je suis
ravi de cette disparition tant ces inspections étaient devenues
caricaturales ces dernières années. Les « conseils »
pédagogiques données par les inspecteurs se résumaient à un
discours formaté et lénifiant de promotion de pédagogie de projet
et autres « compétences ». Le contenu du cours dispensé
était à peine évoqué pendant l'entretien suivant l'inspection. Il
se substitue à ce système quatre « rendez-vous de carrière »
dont il n'est pas fait mention de la forme qu'ils prendront et par
qui ils seront conduits. On a du mal à voir l'enjeu que représentent
ces entretiens hormis la possibilité de deux « accélérations »
de carrière réduisant de 26 à 24 ans le parcours dans l'échelle
de rémunération. Quelle accélération en effet !
Ces
mesures sont elles menacées par un changement de majorité l'an
prochain ? On peut en douter, vu qu'elles ne représentent qu'un
engagement financier assez modeste par le tour de passe-passe opéré.
Le calendrier pourrait être éventuellement retardé par la majorité
suivante qui, bien sûr, trouvera les finances publiques dans un état
déplorable!
mardi 31 mai 2016
Agrégation pour tous ?
Vouloir
discrètement réduire les crédits de la recherche et proclamer la
priorité de l'emploi, ici celle de jeunes chercheurs, relève d'un
étonnant paradoxe. Les 150 millions d'euros que le gouvernement
s'apprêtait à retirer en catimini aux laboratoires en suscitant à
juste titre la colère des chercheurs n'étaient sûrement pas
superflus dans leurs activités. Une bonne partie de cette somme sert
bien souvent à rémunérer des doctorants ou post-doctorants qui
constituent la cheville ouvrière des laboratoires. Supprimer ces
crédits c'était réduire fortement leur activité. Suite à la
protestation de quelques personnalités, le massage a fini par être
compris au plus haut sommet de l'état et les crédits réattribués
derechef.
Comme
pour se faire pardonner de sa bévue, le gouvernement a décrété
récemment l'ouverture d'un concours spécifique d'agrégation pour
les titulaires d'un doctorat. On peut déjà douter que les épreuves
(ou la seule épreuve!) de ce concours réservé ne seront pas de
même nature et surtout du même niveau que celles (nombreuses!)
l'agrégation externe. La spécialisation extrême d'un doctorat
s'oppose à la nature généraliste de l'agrégation qui couvre la
totalité d'un champ disciplinaire. Préparer l'agrégation externe
nécessite au minimum une année de préparation intensive aux
épreuves écrites et orales. On imagine mal un néo-docteur sortant
de 3 ou 4 années d'un travail très spécialisé s'investir une
année complète et de surcroît sans financement dans ce travail de
préparation. Il y a donc de fortes chances que ce « concours »
se limitera à une seule épreuve dont la préparation exigera un
travail plus limité que le concours externe.
C'est
donc tout ce que le gouvernement a imaginé pour favoriser l'emploi
des docteurs en France ? N'était-ce pas plus simple que
d'augmenter le nombre de postes aux concours de maître de
conférence ? D'autant que le nombre d'étudiants dans les
universités est en augmentation. Le gouvernement a une idée
économique derrière la tête : que les docteurs agrégés par
ce concours se présentent à des postes « Prag » devant
la pénurie de postes de statut universitaire. Les « Prag »
doivent un service d'enseignement double par rapport aux maîtres de
conférence. Ce serait gagner un poste sur deux ! Reste posée
la question de la reconnaissance des agrégés déjà docteurs
lesquels ne bénéficient d'aucun avantage de carrière pour la
possession d'un doctorat...
dimanche 29 mai 2016
Se faire entendre
Qui
aurait pu croire il y a quelques semaines encore que des grévistes
soient en passe d'obtenir la satisfaction de leur revendication et de
faire vaciller sur ses bases le gouvernement déjà fragilisé. Avec
seulement quelques milliers de grévistes déterminés, un seul
syndicat arrive à perturber la vie quotidienne de tout un chacun en
bloquant la distribution de carburant. Il s'en faut de peu que la
perturbation n'affecte la distribution d'électricité suite au
blocage de quelques centrales nucléaires. La branche transport du
même syndicat menace elle aussi d'entrer en jeu à la veille d'un
grand raout sportif international ce qui affaiblirai encore plus la
position du gouvernement ici et à l'étranger. Ce n'est certainement
pas dans notre profession qu'on verrait un pouvoir de nuisance
pareil ! Une grève de dix mille professeurs ne ferait même pas
quelques lignes dans un journal. Le seul moyen de se faire entendre
aujourd'hui consiste à mener des actions d'éclats susceptibles
d'attirer l'attention des média. Ce fait est parfaitement intégré
par certains salariés à l'appui de leurs revendications. Les média,
surtout la télévision, se font d'ailleurs presque complices des
salariés grévistes en diffusant des images de pénurie lorsqu'il y
a blocage comme dans le cas des carburants. La stratégie se révèle
finalement peu impopulaire. Les témoignages vraiment hostiles aux
mouvements de grèves avec blocage sont assez peu diffusés. La
plupart des personnes impactées par ces mouvements font part de
résignation plus que de révolte. Pour les actions en cours, le but
est déjà atteint. Le gouvernement semble hésitant sur un projet de
loi qu'il a déjà dû édulcorer par rapport à sa première
version. Les actions musclées semblent donc payantes en fin de
compte. A méditer pour ceux qui rechignent à faire pression sur les
examens de fin d'année...
dimanche 22 mai 2016
C'est râpé pour Verdun
Enfin
une tentative de décervelage des esprits déjouée ! Quelle
idée saugrenue de la part des organisateurs de la commémoration de
la bataille de Verdun de donner un concert festif à l'issue des
cérémonies officielles ! Pourquoi pas une course en sac tant
que nous y sommes ? Vouloir achever cette journée sur une note
musicale est en soit une bonne idée mais le choix « artistique »
est des plus douteux ! Là où un orchestre symphonique était
approprié pour jouer une œuvre du répertoire classique, les
organisateurs n'ont rien trouvé de mieux que de payer, grassement en
plus, un « rapeur » connu (pas de moi en tout cas jusqu'à
la semaine dernière!) pour les « paroles » sexistes,
homophobes et j'en passe de ses ritournelles. Tout cela paraît-il au
motif que l' « artiste » est apprécié des
« jeunes ». Ils méritaient vraiment mieux que cela, les
pauvres !
samedi 21 mai 2016
Frustrés, gavés et casseurs
Il y a
quelques années, devant le renoncement progressif de l'école à
toute exigence et sa transformation inéluctable en garderie auquel
s'ajoute la démission de certains parents, j'avais prédit à des
collègues qu'une bonne partie de nos élèves se transformeraient en
« frustrés gavés ». Gavés parce que quel que soit leur
milieu social, presque tous les biens matériels leur auront été
donnés ainsi que les diplômes bac compris (bientôt la licence!).
Frustrés parce qu'une fois dans la « vraie vie », ils ne
comprennent pas pourquoi personne ne les attend à bras ouverts et
qu'on leur demande de faire la preuve de leurs capacités. Les
« casseurs » dont on voit les méfaits dans les récentes
manifestations relèvent assurément de cette catégorie. Issus de
tous les milieux sociaux, certains ayant faits des études
supérieures, leur nihilisme violent n'est que la traduction de cette
frustration envers la société qui tarde de plus en plus à leur
faire comprendre qu'elle ne peut pas se plier éternellement à leurs
caprices d'enfants gâtés. Aucune frustration sociale ne
saurait excuser l'agression de ces policiers dans leur voiture vue
cette semaine à Paris ainsi que les jets de projectiles contre les
CRS dont le rôle est de maintenir les débordements d'excités en
tout genre. Quel contraste avec l'an dernier après l'attentat contre
Charlie Hebdo où l'on a vu des policiers applaudis voir embrassés
par des gens dans la rue ! Peut-on espérer au passage que la
justice condamne ces délinquants à réparer par un travail (mais
que savent-ils de ce mot?) les dégâts qu'ils ont causés plutôt
que de les envoyer en cellule où ils ne feront que ruminer encore
plus leur haine de la société ? Fort heureusement, le
gouvernement s'est montré à la hauteur des circonstances en
décorant les policiers pris à parti ces dernières semaines. Il
ferait encore mieux en décernant une médaille d'indignité
nationale aux auteurs de ces violences inexcusables.
mercredi 23 mars 2016
Le dégel
Après 6
années de gel du point d'indice de la fonction publique et quelques
pourcent de plus de retenue pour la retraite tous les ans, voici que
le gouvernement décide de « dégeler », provisoirement,
ce point d'indice. On nous serine pourtant depuis de nombreuses
années que « les caisses sont vides » mais voici qu'on
vient brusquement d'y découvrir quelques centaines de millions
d'euros à 12 mois et quelques de l'élection présidentielle !
La première leçon de cette annonce est qu'il sera difficile par la
suite qu'un gouvernement prétende ne disposer d'aucune marge de
manœuvre en matière d'augmentation salariale des agents de l'Etat.
La deuxième leçon à tirer est celle de l'incompétence budgétaire.
Pour financer cette largesse à l'égard de ces agents (1,2%
d'augmentation en deux fois!), le gouvernement va « redéployer
des moyens ». Mais si ces « moyens » peuvent être
redéployés, c'est qu'ils ne sont pas indispensables. Dans ce cas
pourquoi cela n'a pas été fait plus tôt ? Dernière leçon,
celle de la piètre gestion des personnels : le gouvernement
aurait été plus avisé de cibler cette augmentation vers les
personnels en début de carrière au premier rang desquels les
professeurs néo-titulaires. Une suppression des deux ou trois
premiers échelons ferait plus pour attirer des candidats de valeur
au concours que de coûteuses campagnes publicitaires pour la plupart
ridicules !
Il n'y
aura évidemment rien à attendre d'un changement de majorité sur ce
point et c'est presque une évidence de prévoir un nouvel gel du
point d'indice l'an prochain. La seule chose qui risque augmenter
sera notre temps de travail en établissement car N. Sarkozy a
déclaré récemment au journal le Monde qu'il voulait que les
professeurs travaillent 25% de plus. Sans préciser si ces heures
supplémentaires seraient rémunérées. La raison invoquée par
l'ancien président ? Aider les élèves en difficulté. Il
devrait se renseigner pour se rendre compte qu'il n'y en a plus dans
les lycées français ! En effet, sa réforme de 2009 a porté
ses fruits comme l'on sait et la réussite est assurée pour tous !
Avec plus de 80% de réussite au bac et 50% de mentions, difficile
d'affirmer qu'il y a encore des élèves en difficulté ! Quelle
raison alors y aurait-il a nous faire travailler davantage ? On
apprend qu'il souhaite supprimer sur 5 ans 300 000 postes de
fonctionnaires. Mais il ne compte pas diminuer les effectifs des
armées et de la police. Il ne reste donc que ceux des 800 000
professeurs, le plus gros effectif de la fonction publique d'Etat. En
diminuant leur nombre, il faudra bien faire travailler davantage ceux
qui resteront. Si c'est là toute l'ambition pour l'Ecole du « chef »
du principal parti d'opposition qui reviendra sans doute aux affaires
l'an prochain c'est proprement confondant de misère intellectuelle.
Nous étions tombés bien bas avec notre actuel ministre au sourire
et au dogme inoxydables, on peut en craindre autant avec son
successeur...
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