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dimanche 18 février 2018

Réforme du lycée : pas de disciplines gagnantes mais pas de perdantes !

La réforme de la voie générale du lycée présentée mercredi dernier par le ministre est finalement proche de ce qui figurait dans le rapport Mathiot. C'est bien un parcours presque à la carte qui est proposé dans le cycle terminal du lycée (première + terminale) entérinant ainsi la disparition des séries telles qu'on les connaissait. Suite (et fin) logique à un premier resserrement au début des années 1990 qui avait vu la disparition des série A, B, C, D et E au profit de ES, L et S pour la série générale. Le tronc commun est réduit au minimum. On savait déjà que les sciences de la nature (sciences physiques et SVT) disparaissent du tronc commun mais c'est une surprise de voir les mathématiques en sortir aussi ! Toutes les sciences sont remplacées dans le tronc commun par un enseignement d' « humanités scientifiques et numériques » de 2h en première et en terminale. Une économie d'heures de mathématiques et donc de postes bien opportune à l'heure où il est difficile de trouver des professeurs de cette discipline. Il faudra quand même informer les élèves qui choisiront l'enseignement de spécialité en sciences économiques et sociales qu'il serait de bon ton pour des études supérieures dans ce domaine de prendre également celui de mathématiques ! Le choix des enseignements de spécialité devra donc se faire en cohérence avec un projet d'étude déjà identifié. Une information sur les enseignements à choisir pour telle ou telle poursuite d'étude devra être donné aux élèves de seconde.
Il ne serait pas étonnant de voir se reconstituer des filières très proches de celle que nous avons connu dans les années 1980 pour les mettre en adéquation avec les filières du supérieur et pour arriver à gérer les emplois du temps des classes. Ce dernier point ne représentant pas une mince affaire.
Côté scientifique, pour la classe de première, l'horaire de mathématiques ne bouge pas (4h). En revanche, ceux de sciences physiques et SVT augmentent d'une heure chacun ! Cela signe-t-il enfin le retour à une série scientifique digne de ce nom ? On attend évidemment le contenu des programmes pour en juger mais cette augmentation d'une heure devra se traduire par un contenu plus riche.
En terminale, l'horaire de spécialité de mathématiques reste également à 6h mais il apparaît un enseignement optionnel de 3h de « mathématiques expertes » qui permet de porter l'horaire de cette discipline à 9h soit celui de l'ancienne terminale C. Il y a encore un an, on n'osait espérer une telle restauration ! En sciences physiques, l'horaire passe à 6h au lieu de 5h actuellement mais l'enseignement de spécialité disparaît et c'est fort dommage. Comme les mathématiques, les SVT sont gagnantes car le volume horaire passe à 6h soit 30 minutes de plus que l'horaire actuel (3,5h) plus celui de spécialité (2h).
Pour les humanités, je n'ai pas cherché les volumes horaires en vigueur, mais le tableau ci-dessous montre des horaires identiques (4h en première et 6h en terminale) à ceux des disciplines scientifiques. Contrairement à ce qu'on a pu entendre de certains commentateurs dans les média, il n'y a aucune matière « sacrifiée » par rapport aux autres. Ces mêmes commentateurs ont déploré aussi une spécialisation plus précoce des élèves. Ce n'est pas le cas puisque la classe de seconde n'est pas modifiée pour la rentrée 2018. En revanche, je reste dubitatif sur l'item « Orientation » qui figure dans la nouvelle grille et l'horaire annoncé de 1h30 par semaine. Que va-t-on pourvoir faire aux élèves (sur les 2 années?) pendant ces séances ? Une préparation au fameux grand oral annoncé pour le bac ? Ce serait le plus logique mais pas en adéquation avec l'intitulé. L'orientation requiert un suivi mais pas à raison d'une heure trente par semaine ! 
http://www.education.gouv.fr/cid126438/baccalaureat-2021-un-tremplin-pour-la-reussite.html
 
 

dimanche 21 janvier 2018

Réforme du lycée : déjà prête ?

La commission Mathiot devrait rendre son rapport sur la prochaine réforme du lycée après ses consultations de l'automne dernier. Beaucoup de choses ont été évoquées par les organisations auditionnées et les membres de la commission elle même. Il serait hasardeux de dire ce qui pourra être retenu par le gouvernement dans son projet mais il a été fait état d'une organisation modulaire du lycée avec un éclatement des séries actuelles. Ce serait donc la résurrection des anciennes séries connues jusqu'à la fin des années 1980 dont on ne peut pas nier qu'elles avaient fait leurs preuves. Elles permettaient au moins à chaque lycéen de trouver une série à son goût, même en sciences avec les séries C, D et E qui offraient des horaires différents dans les disciplines scientifiques. Et que dire du bac littéraire (série A) qui a compté de mémoire jusqu'à 12 sous séries différentes ! Cette option paraît plus probable qu'un lycée totalement à la carte car il serait ingérable au niveau des emplois du temps des classes. Comment va s'organiser la classe de seconde ? Va-t-on en finir avec l'actuelle qui n'est plus que la cinquième année du collège ? Une organisation du lycée (général) avec des filières plus typées devrait commencer dès la seconde. Dans ce cas, le suppression des « enseignements d'exploration » au rendement quasi nul est impérative et la restitution de leur horaire aux enseignements disciplinaires l'est encore plus ! Nos élèves ont déjà développé leur goût pour certaines disciplines dès la fin du collège. Autant leur permettre de faire un choix sans attendre la fin de la seconde. A condition de pouvoir changer de série en cas de déception ! Je fais le pari que l'organisation générale est déjà prête dans ses grandes lignes : notre chef d'établissement nous a convoqués la semaine prochaine en « conseil pédagogique ». La réforme du lycée y est à l'ordre du jour ! J'imagine qu'on ne nous a pas « invités » pour faire état des pistes évoquées lors des auditions de la commission Mathiot... Rendez-vous la semaine prochaine.

samedi 6 mai 2017

Quelques heures pour faire un choix

Les électeurs se sont chargés il y a 15 jours de sortir les deux candidats anciens ministres de l'éducation dont j'avais dit dans le billet précédent tout le « bien » qu'ils avaient fait pour l'école et pire, le projet de continuer dans la même voie ou presque. Nous voici donc avec deux finalistes dont les programmes sont aux antipodes l'un de l'autre, du moins sur le plan économique dont c'est le seul hélas qui est mis en exergue ces derniers jours. L'éducation est passée à la trappe et je n'ai pas eu le courage d'aller plus loin que les 15 premières minutes du débat télévisé de mercredi dernier. Il nous reste les points de vue exprimés dans les réponses des candidats au formulaire de la société des agrégés dont j'ai donné le lien dans le billet précédent. Il y a un point commun dans les propositions des deux finalistes : la volonté de revaloriser l'enseignement professionnel en lycée et par la voie de l'alternance. E. Macron ne semble pas vouloir une orientation professionnelle au niveau du collège qu'il conserve tel quel, à l'exception d'un retour des classes bilangues ou européennes là où elles ont disparu et d'une restauration des horaires des langues anciennes. En revanche M. Le Pen souhaite la fin du collège unique et une orientation dès la 5ème avec une possibilité de retour dans l'enseignement général. Le lycée général et le bac ne sont pas évoqués par les deux candidats dans leurs lettres mais les média ont fait part de la volonté de E. Macron de réduire l'examen final à 4 épreuves écrites, les autres matières étant évaluées par contrôle continu. Sur ce dernier point, on peut déjà prévoir que les exigences ne seront pas les même d'un lycée à l'autre et il est fort à parier que des pressions locales s'exerceront sur les professeurs évaluateurs pour que le nombre de reçus à l'examen ne soit pas inférieur à ce qu'exige l'institution !
En ce qui concerne la gestion de carrière des professeurs et les conditions de travail, M. Le Pen souhaite réduire l'affectation des agrégés en collège pour les redéployer vers les lycées, les classes post-bac et l'Université à travers les postes « Prag ». Elle souhaite également mettre fin aux rendez-vous de carrière prévus dans la réforme dite PPCR pour revenir au système des inspections, ces dernières devant être plus régulières. Enfin elle propose un alignement progressif de nos rémunérations sur la moyenne européenne. Pour sa part, E. Macron ne veut pas d'une affectation de débutants dans l'éducation prioritaire et il propose une prime de 3000 euros aux courageux volontaires en plus des primes existantes. Et dire que notre actuel ministre est persuadée qu'on ne fait pas ce métier pour de l'argent ! Aucune autre revalorisation en revanche pour tous les autres à l'exception d'une « baisse de cotisation » comme pour les salariés du privé. S'agit-il de revenir sur l'alignement de la cotisation retraite sur celle du régime général pour laquelle nous constatons tous les ans la hausse continuelle et non négligeable ? On peut en douter car il a déclaré par ailleurs vouloir un régime unique pour tous. Cela augure mal pour le calcul des retraites de la fonction publique qui ne serait plus calculé sur les 6 derniers mois de carrière...
Au chapitre de la formation professionnelle, E. Macron souhaite un « développement de la recherche » dont il ne précise pas l'objet, mais on se doute qu'elle est de nature « pédagogique ». Espérons qu'elle ne signe pas le maintien de la férule pédagogiste à l'oeuvre depuis 40 ans... E. Macron nous promet 3 jours de formation continue, sans préciser la fréquence (annuelle, peut-on supposer) ainsi qu'une gestion des carrières « plus proches du terrain ». Cette proximité se plaçant dans le cadre d'une autonomie accrue des établissements dans laquelle il souhaite que les parents aient une implication plus grande. Enfin, il affirme que les suppressions de postes dans la fonction publique n'affecteront pas l'éducation nationale.
Il ne reste plus qu'à faire son choix ! Un dernier mot sur les appels de certains syndicats à voter pour E. Macron. Il est étonnant de voir les directions de ces syndicats prendre parti aussi ouvertement pour un candidat partisan de la mondialisation tandis que leurs militants de base luttent pour le maintien des emplois menacés par les délocalisations induits par cette même mondialisation ! Encore un gouffre entre le peuple et ses représentants...

mercredi 15 juillet 2015

Plus de place en fac, même avec le bac !

Cette année encore, et ce n'est pas fini, nombre de bacheliers n'obtiendront pas la place qu'ils convoitaient dans l'université de leur choix. L'enquête du syndicat étudiant NMEF révèle que le phénomène s'aggrave avec la hausse du nombre de candidats conjugué à la réduction des capacités d'accueil pour cause de disette budgétaire. J'imagine que les néo bacheliers éconduits doivent se sentir passablement floués après avoir conquis la peau d'âne de haute lutte comme l'on sait... Beaucoup de filières sont contraintes de pratiquer une sélection, illégale aux yeux de la loi. Notons que le ministère reste plutôt silencieux sur ces pratiques, préférant renvoyer discrètement à l'échelon local la gestion de la pénurie qu'il a créée. Les bacheliers dont la demande ne sera pas satisfaite risquent de se retrouver dans une filière qu'ils n'auront pas choisi avec le fort risque de ne pas y réussir.
Voilà qui ajoute une raison supplémentaire, s'il en était encore besoin, à la suppression du bac. Les économies réalisées sur l'examen et la fin des redoublements permettraient d'augmenter le nombre de places dans les universités. Tant que nous y sommes, la suppression de gadgets pédagogiques inutiles au lycée, comme les enseignements d'exploration en seconde, dont on connaît le rendement parfaitement nul, dégagerait des fonds supplémentaires, qui pourraient être utilisés pour la remise à niveau et l'accompagnement des futurs étudiants dont on sait qu'ils seront nombreux à peiner en première année.
Certains cependant voient des économies à faire ailleurs, comme le président de la conférence des présidents d'université dans cet article duMonde : « le problème, c'est que la France paie trop cher pour les grandes écoles et les classes préparatoires ». Encore cette vielle antienne spécieuse qui ressort régulièrement ! Déshabillons beaucoup Pierre pour habiller un tout petit peu Paul ! C'est ce qu'avait tenté V. Peillon lors de son passage au ministère en projetant de rogner substantiellement la rémunération des professeurs de classes préparatoires pour donner un pourboire aux collègues des ex ZEP. Il est hypocrite de croire (ou faire croire) qu'on remontera l'université en détruisant les classes préparatoires. Cela n'aboutira qu'à un nivellement par le bas, comme on va hélas le constater après la réforme du collège avec la suppression des dernières classes d'excellence.

dimanche 7 juin 2015

Détournons la réforme du collège !

La réforme du collège est donc passée et à la hussarde. Cette bousculade sans ménagement montre à quel point le gouvernement n'a que faire de l'avis des seuls professionnels de l'instruction, à savoir les professeurs. Quel mépris affiché ainsi devant l'opinion publique pour un corps de fonctionnaires d'Etat, alimentant la déconsidération sociale à leur encontre. Je crains que la contestation s'arrête là pour le collège, même si un syndicat appelle au boycott des épreuves écrites du brevet des collèges les 25 et 26 juin prochain et leurs corrections les jours suivants. Ce serait un moyen de pression formidable pour le retrait de la réforme et il suffirait que dans chaque collège quelques collègues surveillants les épreuves fassent grève pour gripper la machine. Mais il y a mieux pour faire pièce à cette réforme sans risquer de passer pour des saboteurs d'examen aux yeux de l'opinion. Par exemple en détournant les gadgets pédagogiques de la réforme. Faire du disciplinaire là où elle exige l'interdisciplinaire. Les chefs d'établissement sont pragmatiques : la guerre des disciplines n'est pas dans leur intérêt. Ils devront répartir équitablement les heures « interdisciplinaires » entre les professeurs de plusieurs disciplines s'ils veulent la paix pédagogique ! Bien sûr, il y aura toujours le ou les collègues empressés de développer des « projets » sur ces heures pour jouer le jeu de la réforme et être bien vus par la hiérarchie mais ils ne sont heureusement pas majoritaires et il reste possible de faire des activités dirigées de sa propre discipline pendant ces heures en lieu et place du travail très peu productif induit par une pédagogie de projets. C'est la démarche qu'adoptent de plus en plus de collègues, dont votre serviteur, pour les enseignements d'exploration en seconde, forts proches des futurs EPI du collège. L'intervention par roulement de trois professeurs permet de faire des activités dirigées et productives dans chaque discipline. Les intitulés des EPI sont suffisamment larges et vagues pour trouver des activités qui soient en lien avec le programme obligatoire de chaque discipline. Cette stratégie permet de récupérer utilement une partie des 20% d'heures confisquées par la réforme. C'est toujours mieux que de devoir surveiller les élèves à faire du copier-coller sur le net.


mardi 19 mai 2015

Grève au programme

Un joli slogan nous dit que dans grève il y a rêve. Rêve d'une autre réforme du collège avec restauration des heures de cours perdues depuis 30 ans et fin des gadgets pédagogiques du style EPI qui reviennent périodiquement sous d'autres noms pour masquer leur échec. Il est rageant de voir que ceux qui devront mettre en oeuvre cette réforme, les professeurs, soient aussi peu entendus ou de façon marginale et qu'il ne reste plus que la grève (d'une journée bien trop courte) pour manifester son mécontentement et la volonté d'une autre réforme. J'enseigne en lycée mais je me joins volontiers au mouvement aujourd'hui car les élèves qui vont passer par ce collège allégé arriveront dans dans nos classes dans quelques années et que l'organisation du lycée et ses programmes subiront le même sort funeste pour saluer leur arrivée. Ou du moins ce qu'il en reste, tant la dernière réforme a amené le lycée à un point tel qu'on a du mal à imaginer qu'il puisse encore descendre. Mais nos réformateurs ont une imagination sans limite dans ce domaine...

dimanche 17 mai 2015

Réforme du collège : bouchées quadruples

On en découvre tous les jours à propos de cette réforme du collège ! En regardant une série de vidéo syndicale consacrée à la présentation de la réforme, on apprend avec stupeur que sa mise en place se fera simultanément sur les 4 niveaux du collège la même année ! Une chose jamais vue dans l'éducation nationale. Les collègues de collège vont donc passer un été 2016 très studieux à rédiger leurs cours. Auront-il l'aide des manuels scolaire ? Rien n'est moins sûr. Si les programmes (ou ce qu'il en reste!) sont connus à la rentrée 2015, il leur faut une année pour rédiger un manuel par matière. Or ici, il en en faut pour tous les niveaux du collège. Le contribuable devra également mettre son obole pour remplacer la totalité des manuels. Tout cela devient vraiment déraisonnable !

samedi 16 mai 2015

Corps unique pour collège diversifié ?

Bruno Lemaire confirme à nouveau dans cet article de Libération en ligne toute l'ambiguïté de ses propositions pour réformer le collège. La structure qu'il souhaite relève plus du collège allégé que d'offrir un parcours diversifié aux élèves. Il veut en effet supprimer l'apprentissage obligatoire d'une deuxième langue vivante en relevant que beaucoup trop d'élèves de troisième sont incapables d'aligner une phrase correcte en français. Soit, mais alors, il faudrait dans ce cas augmenter significativement les horaires de français, ce qu'il ne propose pas, ou alors sous la forme, très efficace comme l'on sait, de l'accompagnement personnalisé. Le renforcement de l'autonomie des établissements revient également à la charge. Elle ne consiste à l'heure actuelle qu'à gérer la pénurie des dotations en heures d'enseignement. Mais B. Lemaire ne s'étend pas trop sur ce sujet préférant parler de « donner plus de responsabilité aux enseignants » ! On ne voit pas trop en quoi peut consister cet accroissement de responsabilité. Si on nous accordait juste la possibilité de mettre dehors définitivement les élèves perturbateurs, au lieu de s'entendre dire qu'on ne sait pas gérer nos classes, ce serait un grand pas dans la réaffirmation de notre autorité ! Dans la vision de M. Lemaire, ce collège diversifié doit être pourvu d'un corps unique de professeurs, le même qui enseigne également au primaire. Et avec un service de 20h à la clé. En dehors de ravir le SGEN-CFDT dont il s'agit d'une mesure phare de longue date, cette perspective nous menace d'épuisement physique et moral, si ce n'est déjà fait d'ailleurs ! Mais il y a de belles économies en perspective pour les finances publiques avec ce temps de service obligatoire.
Il faut aussi revoir la formation pédagogique d'après M. Lemaire et chose stupéfiante, il se déclare incompétent pour enseigner en collège parce qu'il est agrégé et spécialiste de Marcel Proust ! Mais c'est bien parce que le collège a été transformé en garderie ces 30 dernières années qu'il est impossible aujourd'hui d'y faire acquérir des savoirs comme y forme très justement l'agrégation ! Une n-ième réforme de la formation des professeurs ne changera rien aux difficultés du collège. On lit aussi avec étonnement que le savoir serait inversement proportionnel aux compétences pédagogiques. Je reste pour ma part persuadé du contraire ! Plus on en sait sur une discipline (et sur d'autres aussi!) plus on est capable de l'enseigner à tout public. Le reste se résume à une question de gestion de classe, ceci constituant le point crucial de la crise de l'école avec l'hétérogénéité croissante des classes. Même si les deniers publics ne sont pas bien employés en mettant des agrégés devant des collégiens, il faut noter que l'agrégation reste le seul concours qui permette d'enseigner de la classe de sixième jusqu'au premier cycle de l'enseignement supérieur voir au delà ! Le corps multi-cycles d'enseignement qui pourrait devenir unique existe déjà et c'est celui des agrégés.

vendredi 15 mai 2015

Réforme du collège à visage découvert

Cette semaine, on a pu mettre enfin un visage sur le projet de réforme du collège : celui de Florence Robine, à la tête de la direction générale de l'enseignement scolaire. C'est bien cette dame qui est la cheville ouvrière de cette réforme lamentable et non le ministre, dont il apparaît qu'elle n'est plus qu'un porte parole de moins en moins crédible. Peut-être devient elle de moins en moins persuadée de la justesse de ce projet ? Mme Robine est apparue deux fois cette semaine dans les émissions C dans l'air sur France 5 et 28 minutes sur Arte. Elle a déployé tous les arguments d'un vieux tract communiste des années 1970, comme dirait notre président, pour prétendre que cette réforme allait remédier aux maux du collège actuel. Avec le ton autoritaire qui va avec. Mais la dame a paru sur la défensive, les détracteurs présents sur les plateaux ont réussi à montrer les contradictions entre les objectifs affichés et le contenu du projet. Mercredi dernier, dans l'émission Rue des école sur France culture, un débat opposait Bruno Lemaire, à la tête de la contestation parlementaire de la réforme, et Thierry Pech, président de la fondation Terra nova, partisan de la réforme. Bruno Lemaire a bien relevé toutes les absurdités du projet et s'est prononcé pour la fin du collège unique mais il s'est peu étendu sur la responsabilité de l'UMP dans les difficultés où se trouve l'école aujourd'hui. Les très contestables enseignements pratiques interdisciplinaires introduits pour le futur collège ne sont que le pendant des TPE que l'UMP au pouvoir de 2002 à 2012 n'a pas supprimé dans la dernière réforme du lycée. On a d'ailleurs peu ou pas entendu les anciens ministres UMP de l'éducation sur ce sujet, messieurs Fillon, De Robien, Darcos et surtout Chatel, responsable du gâchis actuel de l'argent du contribuable dans l'accompagnement personnalisé et les enseignements d'exploration du lycée ! Quant à N. Sarkozy, il observe un silence bien curieux sur le sujet, se contentant d'attaquer bassement la personne même du ministre. Serait-il d'accord sur le fond avec le projet du gouvernement ? Sur une question aussi cruciale que l'école, ce silence est fâcheux pour un candidat à la prochaine élection présidentielle ! On a quand même une idée sur ce qui nous attend si l'UMP revient au pouvoir en 2017 de la bouche de Bruno Lemaire : faire travailler davantage les professeurs. Il faisait remarquer dans l'émission Rue des écoles que agrégés et certifiés devaient respectivement 15h et 18h de cours. Il envisage de porter ce service à 20h pour tous, avec une rémunération supplémentaire. Je doute que les nombreux collègues déjà à la peine avec un service sans heures supplémentaires soient ravis de se voir imposer cette charge en plus, même pour une rémunération plus élevée. Quant aux collègues contraints de faire des heures en plus pour boucler leurs fins de mois, ils ne les font qu'en sachant qu'ils peuvent y renoncer chaque année.
M. Lemaire fait preuve de peu d'originalité pour redresser les conditions d'enseignement. Se rappelle-t-il que Ségolène Royal, entre autre, avait déjà proposé ce genre de mesure il y a quelques années ? En matière de politique éducative, les différences entre l'UMP et le parti socialiste apparaissent bien maigres et leur opposition ne relève hélas que la posture.

mardi 28 avril 2015

Volapük pédagogiste

Dès l'annonce du projet de réforme du collège, il semblait d'après mes lectures que les articles à ce sujet se partageaient à peu près équitablement entre partisans et adversaires. Du moins sur le net, car les reportages des journaux télévisés, surtout ceux de France 2, présentaient la réforme sous un jour des plus favorables. J'ai l'impression que ces derniers jours, ce rapport de force s'inverse, en faveur du rejet, comme en témoigne cet excellent article du site Slate.fr. Des personnalités politiques ou intellectuelles (en excluant chez ces dernières les spécialistes des « sciences de l'éducation », inspirateurs de toujours du contenu de ces réformes) prennent de plus en plus position contre ce projet. Dernier à ce jour de cette liste qui s'allonge de plus en plus, Régis Debray, invité de la matinale de France culture, qui a dit tout le mal qu'il pensait de cette réforme, notamment sur le renvoi des langues et civilisations anciennes au rang d'insipide « enseignement pratique interdisciplinaire » ou le caractère optionnel de l'étude des Lumières dans le projet des programmes d'histoire. Régis Debray n'a pas manqué d'humour en rappelant quelques expressions savoureuses du jargon pédagogiste : un crayon se dit « outil scriptural », les parents d'élèves sont les « géniteurs d'apprenants » et nager en piscine devient se déplacer dans un « milieu aqueux standardisé ». Encore plus ridicule que le célèbre « référentiel bondissant » (comprenez : un ballon) qui fit flores ces dernières années comme exemple type du volapük pédagogiste. Voilà au moins quelque chose qui ne se réforme pas dans l'éducation nationale ! Rien de nouveau sous le Soleil, hélas. A propos, les utilisateurs de ce langage savent-ils qu'ils peuvent remplacer le mot Soleil par « plasma auto-gravitant » ?

lundi 20 avril 2015

Vieux tracts pédagogistes des années 1970

Je n'ai pas écouté l'émission télévisée d'hier dont le président de la République était l'invité mais les média en ont donné heureusement un résumé exhaustif. On ne peut que se réjouir de l'aide financière apportée aux apprentis mineurs et aux exonérations de charges associées pour les entreprises. L'apprentissage doit se développer davantage en France et ce n'est pas par hasard que l'Allemagne, qui compte près de 50% d'apprentis parmi les jeunes (25% de plus qu'en France), affiche un taux de chômage des jeunes le plus faible d'Europe. L'actuel gouvernement avait pourtant envoyé il y a 2 ans un signal funeste pour l'apprentissage. On se souvient que l'ancien ministre Peillon avait annulé la possibilité d'apprentissage dès 14 ans votée par la précédente majorité. La mesure était justifiée par le peu de volume de recrutement dès cet âge : les chefs d'entreprise trouvaient que les jeunes candidats n'avaient pas assez de connaissances et de compétences. Un aveu flagrant d'échec du collège unique alors qu'il y a 40 ans, le niveau était apparemment suffisant pour devenir apprenti dès 14 ans. Cela ne va pas s'améliorer avec la réforme du collège engagée par le ministère ! Le président, apparemment grand connaisseur de tracts politiques des années 1970, a-t-il remarqué que l'idéologie qui préside à la réforme du collège engagée par son ministre de l'éducation est issue de théories constructivistes des mêmes années ? De vieilles idées, vraiment datées, qui ont fait la preuve de leur inefficacité depuis longtemps ! 
Nouvelle réjouissante ce soir, l'ancien premier ministre J.M. Ayrault, ancien professeur d'allemand, vient de rejoindre les adversaires de la réforme du collège. La suppression des classes bi-linguistes signerait la fin de l'apprentissage de la langue de Schiller au collège. Ces classes rassemblent en effet une large majorité des germanistes. Tout cela au nom d'un égalitarisme forcené qui prétend que ces classes sont « élitistes ». Encore des vieilleries des années 1970...

mercredi 8 avril 2015

Collège 2016 : Vieux gadgets pédagogiques sur fond de réduction horaire

Déjà 20 jours de grève quasi totale sur toutes les fréquences de Radio France. Le silence (véritablement radio!) commence à devenir pesant dès le lever et jusque dans la voiture. A moins de se connecter sur des stations commerciales où l'on s'agace vite à devoir supporter le ton plus que débile de la majorité de publicités. Deux semaines d'arrêt complet des émissions et on se prend à rêver d'un mouvement d'une telle durée dans l'éducation nationale. Assurément la ministre en perdrait son sourire médiatique inoxydable. Mais ne rêvons pas ! La profession est trop résignée devant ces « réformes » continuelles qui dégradent jour après jour nos conditions matérielles et morales de travail. Le projet de réorganisation (ou plutôt de désorganisation) du collège pour la rentrée 2016 mériterait pourtant à lui seul une bronca des professeurs, mais aussi des parents d'élèves. La majorité des syndicats encore lucides ont claqué récemment la porte des « négociations », sauf les indécrottables UNSA et SGEN-CFDT, officines des djihadistes du constructivisme pédagogique et partisans de la transformation des professeurs en animateurs socio-culturels. Pourtant, ces syndicats prompts à dénoncer l'organisation actuelle du collège comme étant un « mini-lycée élitiste », devraient remarquer que ce projet tend à copier encore plus l'actuel lycée général. Les « enseignements pratiques interdisciplinaires » (EPI) à tous les niveaux du collège (sauf la sixième) introduits par ce projet ne cachent pas leur parenté avec les travaux personnels encadrés (TPE) du lycée. Pas vraiment une innovation pédagogique ! Ces activités ont fait la preuve depuis longtemps de leur rendement fort médiocre, voire nul, au lycée. Paradoxalement, le document de présentation de ces « activités » précise qu'elles bénéficieront d'un volume horaire dédié alors qu'on ne le retrouve pas dans les grilles horaires par discipline de chaque niveau du collège. Voilà qui donne l'impression d'un travail pour le moins bâclé ! Quant aux thèmes de travail présentés (développement durable, Sciences et société, mondé économique et professionnel...), on peut douter qu'ils suscitent l'enthousiasme et l'adhésion des élèves devant des intitulés aussi abscons, notamment pour ceux issus de familles défavorisées. Loin de lutter contre les inégalités, comme le prétend le document ministériel, ce genre d'activité ne fait que les renforcer entre ceux qui n'ont que l'école pour acquérir des connaissances structurées et ceux qui disposeront d'aide chez eux. Pour éviter une perte de temps, les collègues soucieux d'apporter des connaissances solides devront proposer des activités dirigées en lien direct avec les programmes de leur discipline. La chose devrait être possible si ces EPI sont finalement pris sur les horaires disciplinaires, vu que la « réforme » se fera évidemment à moyens constants...

samedi 28 mars 2015

Echelle de valeurs

Il y a quelques mois, une amie collègue m'avait rapporté qu'un élève de seconde l'avait qualifiée sèchement « d'autiste » parce qu'elle ne voulait pas poursuivre une discussion dans laquelle cet élève et quelques autres n'avaient que des arguments spécieux à faire valoir. Suite à un rapport sur cet incident, l'élève avait écopé d'un blâme de la part du chef d'établissement. Récemment, cet élève a été surpris dans l'établissement en train de fumer une herbe non autorisée par la loi. Il a été exclu 3 jours de l'établissement. Dans notre éducation nationale « bienveillante », insulter un professeur est donc moins répréhensible que de fumer des substances illicites. Je laisse à votre appréciation cette hiérarchie des valeurs... 

vendredi 21 novembre 2014

La bienveillance, nouveau mantra de l'Ecole

Voici une lecture distrayante en ces journées pluvieuses d'automne : le récent rapport du CNIRE, le conseil national de l'innovation pour la réussite éducative. Je me suis peu penché sur la partie « innovation » au début, où il n'est question que d'évidences déjà en oeuvre et, en la matière, l'innovation vient rarement « d'en haut » mais essentiellement des pratiques pédagogiques que les collègues mènent dans leurs classes.
C'est surtout le paragraphe III intitulé La fabrique de l'engagement : une école bienveillante qui retient l'attention. Les sous-parties nous annoncent successivement :
_ Installer la bienveillance dans le système éducatif. Malgré les apparences, elle ne doit pas l'être suffisamment car voici le diagnostic qui est présenté dans le rapport :
« De ce point de vue, l’idée de la bienveillance s’est imposée : la bienveillance est la condition nécessaire à l’engagement mais aussi à l’efficacité de l’école. La bienveillance commence avec la suppression de la tendance inscrite dans des fonctionnements et des attitudes qui consistent à sanctionner mais aussi à dévaloriser et à invalider. Au-delà de l’échec, il faut prendre au sérieux les témoignages récurrents des élèves sur le sentiment d’avoir été à telle ou telle occasion « humiliés par l’Ecole ou les enseignants ». » Ce constat semble singulièrement daté ! Je n'ai jamais connu de tels cas d' « humiliation » depuis le début de ma carrière dans toutes les instances des établissements où je suis passé et ils furent nombreux.
L'école bienveillante est pourtant une évidence depuis plus de 30 ans avec la massification de l'enseignement secondaire. Il a bien fallu se montrer bienveillant, voire laxiste, pour permettre à des élèves qui n'avaient pas le niveau requis de passer de classe en classe et de cycle en cycle dans l'enseignement général.
Les rapporteurs sont incapables de faire des propositions concrètes sur cette introduction de la bienveillance car ils suggèrent de la demander aux équipes pédagogiques pour la rendre « explicite » ! Commençons par mettre un calicot à l'entrée de nos établissements pour signaler « ici école bienveillante ». Ou porter un badge des bisounours. Soit dit en passant, il faudra expliquer aux parents en situation irrégulière en France et dont les enfants sont scolarisés sans conditions et sans papiers pourquoi le ministère de l'Intérieur n'est pas bienveillant avec eux comme celui de l'éducation nationale... Il faut exiger que les autres ministères se montrent bienveillants avec tous les usagers : Justice, police, impôts... Ces propos valent aussi pour les entreprises : Nos élèves ne comprendraient pas pourquoi le monde du travail se montre si peu accueillant et bienveillant avec eux !
On nous annonce plus loin que « les emplois du temps et les missions doivent comporter des temps spécifiques de concertation ». En plus des heures de cours ? Cela va sans dire, mais avec une rémunération supplémentaire ? Rien n'est moins sûr au vu de la redéfinition des services qui entrera en action à la rentrée 2015 dans laquelle il est prévu des tâches supplémentaires à celles d'enseignement.
Enfin, voici la porte ouverte à la fin du cadre national hebdomadaire du temps de service : « reconfigurant les métiers de l’éducation et du professorat par une réorganisation de la semaine type de travail, même de façon dérogatoire, afin de créer de la souplesse et de
favoriser le partage des rôles et des responsabilités au sein des équipes. »

_ Décliner la bienveillance dans les relations : dans quel sens faut-il entendre le verbe décliner ? S'il y a déclin c'est bien dans les relations de l'administration avec ses personnels.
_Organiser la bienveillance. Répartir autrement les pouvoirs. Le rapport parle de « déconcentration du pouvoir autrement dit une plus grande répartition des responsabilités ». On peut se demander en quoi consistent ces responsabilités et qui va voir les siennes augmenter ou diminuer. Pour ce dernier cas, il est à prévoir que la liberté pédagogique des professeurs se réduise avec le renforcement du rôle du conseil pédagogique souhaité par le rapport, même s'il est précisé « en tant qu'instance de concertation ».

_ Accompagner la mise en oeuvre de la bienveillance : Dans cette rubrique, il est question de « favoriser les espaces de travail collectif, de co-intervention et de mise en relation entre partenaires extérieurs et intérieurs ». L'école est déjà ouverte sur le monde, ce n'est pas une nouveauté. Des intervenants extérieurs y sont invités lorsque cela sert le parcours scolaire des élèves. Mais multiplier ces interventions et autres sorties scolaires suppose d'empiéter encore plus sur le temps scolaire bien occupé. Les établissements scolaires ne sont pas des forums permanents ou des agences de voyages !

Bonne lecture !

mercredi 12 novembre 2014

L'école, c'était mieux avant ?

Voici encore un article qui prétend convaincre le lecteur que l'école d'aujourd'hui est bien meilleure que celle d'hier. La démonstration n'est pas vraiment probante. La seule « preuve » avancée par la journaliste rédactrice de l'article consiste à rappeler cette expérience qualifiée par elle de « décoiffante » réalisée en 1986 lors de laquelle on a fait passer les épreuves du certificat d'études primaire à des élèves contemporains pour comparer leurs résultats à ceux d'élèves des années 1870 dont on avait retrouvé les copies. Il paraît que les élèves contemporains s'en seraient mieux sortis que ceux du passé. Pourtant, il a été montré plus récemment le contraire ! Sur l'orthographe par exemple. On se souvient qu'il y a seulement quelques années, des collègues de français ont fait écrire une dictée du brevet des collèges donnée 20 ans avant. Ce fût peu glorieux pour les « contemporains » comme on peut s'en douter ! Et comme on le constate aussi au jour le jour dans nos copies !
La suite de l'article aborde la mixité à l'école mais sans exposer d'arguments sur son apport positif à l'école. Il y a encore des écoles dans le monde, y compris en Europe, où il n'y a pas de mixité et cela ne semble pas poser de problème aux élèves et à leurs familles. Il m'est arrivé d'enseigner une fois dans deux classes de lycée technologique, l'une composée exclusivement de garçons et l'autre de filles et cela s'est très bien passé. La mixité n'est qu'une transposition scolaire de l'évolution de la société, elle ne constitue absolument pas un préalable indispensable à l'enseignement !
Enfin, sur la discipline, si on ne peut que se réjouir de la fin des traitements un peu brusques avec les élèves dans un passé maintenant bien lointain, les sanctions disciplinaires restent souvent sans effet devant certains. L'arme suprême de l'exclusion définitive de l'établissement n'apporte pas toujours la solution du problème mais ne fait que le déplacer.

Si vraiment c'est mieux aujourd'hui comme le prétend l'article, l'école française devrait faire des merveilles dans les classements internationaux, non ? 

vendredi 31 octobre 2014

L'école « bienveillante » menace les « petits profs » blogueur

Encore une manifestation de l'école « bienveillante » envers ses professeurs ! Cet article de Libération nous apprend qu'un professeur blogueur a été menacé d'un blâme par son rectorat pour avoir critiqué le n-ième plan numérique promu par le ministère de l'Education nationale. L'administration a évoqué un manquement à l'ambigu « devoir de réserve » pour faire taire ce collègue qui pourtant publie sous un pseudonyme. Remarquons au passage que ce ministère dispose apparemment de moyens importants pour surveiller et identifier les écrits des ses employés, à moins que ce collègue ai dévoilé son identité. Il rappelle à juste titre que d'autres professeurs se montrent plus incisifs et critiques que lui sur l'éducation nationale mais que leur notoriété médiatique les protège de toutes menaces. Nul doute que cette affaire va se calmer depuis que les ennuis de ce collègue ont fait le tour du net. Les censeurs à l'oeuvre au ministère n'aiment pas la publicité. Car on peut en effet parler de censure. Les professeurs ne sont pas des fonctionnaires comme les autres. Ce sont d'abord des intellectuels dont le travail ne se limite pas à la transmission brute de connaissances établies pour toujours. Il consiste aussi à l'examen critique de ces connaissances. Il n'y a pas de raison que notre société et son évolution soient exclues de cet examen, quelle que soit la discipline enseignée ! Dès lors, pourquoi ces critiques devraient-elles rester sous le manteau comme aux temps obscurantistes ? Pour le ministère, nous n'aurions le droit de donner notre avis que lors des « consultations nationales » dont nous savons que les conclusions sont connues d'avance. Eh bien non ! Chacun de nous a le droit (et même le devoir!) de le donner en tant que citoyen, au même titre que les autres, et sous la forme qui lui plaira, « devoir de réserve » ou pas...


PS : Pour éviter les remontrances de l'administration, il est toujours possible de préciser qu'un écrit est publié dans le cadre d'une activité syndicale, politique ou associative. 

lundi 27 octobre 2014

Questions orientées pour un socle commun

J'ai répondu récemment aux questions de la consultation nationale pour l'élaboration d'un nouveau socle commun disponible en ligne à cetteadresse. Il n'est pas besoin de lire entre les lignes pour deviner l'orientation que prendra le contenu final de ce fameux socle !
Le questionnaire comprend une partie importante sur l'évaluation. C'est très curieux car la définition d'un socle de connaissances (et de compétences!) peut se faire sans parler d'évaluation. Les concepteurs du questionnaire ont donc fait d'une pierre deux coups en glissant dans cette consultation la dernière marotte à la mode, à savoir la suppression des notes jugées « traumatisantes ». Voici deux questions qui vont dans ce sens :
« Je trouve que la note chiffrée ne donne pas assez d'indications sur ce qu'un élève sait et ne sait pas faire. »
« Les notes et les moyennes ne constituent pas une bonne base de dialogue avec les familles. »
Comme si l'évaluation d'une copie se limitait à la seule note figurant en en-tête. Une copie est toujours assortie de commentaires qui signalent à l'élève et sa famille les points à revoir.
« Je trouve que la note chiffrée est un moyen simple de situer un élève par rapport aux autres élèves de la classe. »
Cela fait belle lurette qu'il n'y a plus de classement entre élèves ! Les notes servent essentiellement à situer le travail de l'élève par rapport aux compétences et connaissances des programmes scolaires.
« L'évaluation doit permettre de trier les élèves afin de les orienter correctement. »
Le verbe « trier » est pour le moins tendancieux. C'est étonnant pour une consultation élaborée par un ministère qui promeut le « politiquement correct ». Les élèves ne sont pas de wagons dans une gare de triage et personnellement, je ne les ai jamais considérés comme tels. L'orientation est souvent décidée en dernier ressort par l'élève et sa famille après proposition des conseils de classe.
« L’évaluation doit susciter l’engagement et la confiance des élèves. »
Question étrange ! Nos élèves ne seraient pas « engagés » et « confiants » dans nos évaluations ? Ils ne les prennent peut être pas (ou plus) au sérieux... Les plus astucieux ou les plus paresseux ont compris que leur progression dans la scolarité jusqu'au bac est souvent indépendante de leurs résultats scolaires. On passe aisément en appel de la classe de troisième en seconde générale avec 8/20 de moyenne et de même de seconde en première. Et pour avoir cette moyenne, il n'est pas nécessaire de se fouler un neurone avec les très faibles exigences de programmes scolaires actuels, ou plutôt du « socle » actuel.
« L’évaluation doit reconnaître le droit à l’erreur, s’intéresser autant au processus d’apprentissage qu’à la performance. »
Le « droit à l'erreur » est déjà pris en compte par la multiplicité des évaluations qui permet le « rattrapage » d'une mauvaise note. En revanche, l'éducation nationale ne favorise pas vraiment le droit à l'erreur en matière d'orientation lorsqu'un élève souhaite quitter l'enseignement général pour l'enseignement professionnel. Le manque de places et la priorité accordée aux sortants de troisième ne favorise pas vraiment les réorientations. Le changement de voie est mal vu une fois entré dans une filière. On est prié de ne pas en sortir et d'aller jusqu'au bout ! Quant à la performance, l'école française est bien le dernier endroit au monde où il n'est plus question de performance ! Il est d'ailleurs très étonnant que l'école française participe encore aux évaluations internationales type PISA de l'OCDE ! Mais c'est bien connu, vu de France, c'est le monde entier qui est dans l'erreur.
« Il est possible d’évaluer la curiosité et les goûts d’un élève. »
Cela se fait très facilement ! Il suffit de regarder leur attitude pendant nos cours, pas besoin d'évaluation. Dès l'instant où l'on demande un peu d'investissement dans nos activités en classe, la motivation de beaucoup d'élèves font comme neige au Soleil...
Le plus révélateur du questionnaire se trouve dans la dernière question :
« L’évaluation doit reposer sur des échelles de niveaux de compétences comme celles qui existent par exemple dans le CECRL pour les langues vivantes (de A1 pour les utilisateurs élémentaires en niveau introductif jusqu’à C2 pour les utilisateurs expérimentés – maîtrise). »

Tout est dit ! Hormis l'acronyme abscons CERCL dont les collègues de langues étrangères doivent seuls connaître la signification, le but du questionnaire est donc bien de vanter les mérites de l'évaluation par compétences sous forme de grilles et de tableaux à remplir. Avec pour objectif de gonfler les notes, si toutefois le remplissage de ces usines à cases donnent lieu à l'attribution d'une note finale. Voilà qui nous promet un surcroît de travail pour faire figurer explicitement toutes les compétences évaluées dans nos devoirs sans que cela aide forcément les élèves à progresser dans leur travail, du moins ceux qui le souhaitent encore.

mercredi 24 septembre 2014

TPE : travaux personnels ennuyeux

C'est reparti pour une nouvelle fournée de TPE (travaux personnel encadrés) et son lot de sujets tous plus convenus et ressassés d'une année sur l'autre ! Il y a une dizaine d'années encore, cette activité voulue par l'ancien ministre Allègre en lieu et place d'heures de cours, suscitait souvent des sujets assez divers et des présentations originales. Cette originalité a depuis disparu et tout le monde veut faire la même chose. Il y a quelques années, nous avons eu une vague cuisine « moléculaire ». Les élèves s'activaient dans des expériences avec des produits alimentaires additionnés d'émulsifiants et autres gélifiants. Expériences laborieuses et maintes fois répétées, avec le gaspillage que cela implique (*), pour produire des « aliments » à la texture peu ragoutante qu'on nous demandait cependant de goûter. Ce que j'ai toujours évité soigneusement de faire ! Si encore ces activités conduisaient à un contenu scientifique de valeur, l'objectif serait atteint. Mais très souvent, si ne n'est presque toujours, ce contenu s'avérait fort maigre au final voire totalement inexistant.
Mais une autre vague déferle depuis trois ans : la vague médicale. Elle emporte tout sur son passage en raflant la quasi totalité des sujets. Du jamais vu depuis que je participe à ces « travaux ». Les séries télévisées mettant en scène le milieu hospitalier ont manifestement suscité de nombreuses « vocations » parmi les élèves qui se voient déjà en blouse blanche et stéthoscope autour du cou s'affairer dans les locaux aseptisés. Les thèmes tournent autour de choses aussi réjouissantes que le cancer, la maladie d'Alzheimer, l'euthanasie, les drogues, le dopage et j'en passe. Curieuse génération qui développe des goûts aussi morbides ! Je finis par me demander si je ne suis pas « anormal » à ne pas me passionner pour ce genre de choses... Est-il besoin de préciser que l'aspect bi-disciplinaire exigé par les textes passe à la trappe avec de type de sujets ? Difficile en effet d'y caser des mathématiques ou des sciences physiques ! Quant à la biologie au coeur de ces sujets, les candidats auditionnés lors de la présentation de leur travail sont souvent incapables de répondre aux questions simples mettant juste en oeuvre les connaissances au programme de leur classe ! C'est dire si le reste de ce qui est présenté est maîtrisé. Cette remarque vaut aussi pour les sujets autres que « médicaux ». Beaucoup d'élèves auditionnés se révèlent incapable d'expliquer le contenu d'un travail qui s'échelonne sur presque six mois à raison de deux heures par semaine. Cela jette une pierre, ou plutôt un astéroïde, dans le jardin des « constructivistes » qui présentent comme efficace la « construction » du savoir par les élèves ! Le cours magistral est bien plus efficace pour faire acquérir des connaissances et surtout plus économique en moyens et en professeurs. Avec ces sujets mono-disciplinaires, les professeurs des autres disciplines qui « encadrent » cette activité en sont réduit au mieux à corriger les fautes d'orthographe des productions écrites des élèves qui les sollicitent et au pire à faire potiche dans la salle. Des moyens humains qualifiés encore fort bien employés en cette période de disette budgétaire...


(*) Il a été rapidement décidé que les élèves souhaitant effectuer ce type d'expériences le fasse avec des aliments achetés par eux.

dimanche 14 septembre 2014

La série S, préférée des lycéens ?

D'après la direction de l'évaluation, de la prospective et de la performance (un intitulé digne d'une entreprise commerciale!) du ministère de l'éducation nationale, 36% des élèves de seconde générale et technologique passent en première S, faisant de cette série la plus demandée de l'enseignement général. Un pourcentage important certes mais pas écrasant. La réforme du lycée du début des années 1990 avait voulu « casser » la « suprématie » supposée de la série C en créant la série S, version très allégée en sciences de son prédécesseur, afin de « revaloriser » les autres filières. Vingt ans plus tard, non seulement le but n'est pas atteint, mais en mettant à quasi égalité d'horaire et de coefficients(*) à l'examen matières scientifiques et « littéraires », cette série S est devenue la plus générale de l'enseignement général et donc fatalement la plus demandée par des élèves soucieux de garder toutes les portes ouvertes pour la suite de leurs études. Parmi eux, hélas, des opportunistes de plus en plus nombreux, pas spécialement intéressés par les sciences. Les deux autres séries, littéraire (L) et économique et sociale (ES), ont perdu au change en « prestige » car elles n'accueillent plus que des élèves vraiment allergiques aux sciences et dont le contenu des enseignements, lui aussi amoindri, ferme des portes par rapport aux anciens bac A et B. Il y a une trentaine d'années, mon médecin traitant de l'époque avait passé un bac A (littéraire). Inhabituel mais possible. Je n'ose pas prétendre que ce serait impossible aujourd'hui, car un bachelier L ou ES très motivé pourrait rattraper les cours de sciences physiques et sciences et vie et de la Terre de la série S pendant un stage intensif de trois mois tant le volume horaire de ces deux disciplines a diminué lors de la dernière réforme du lycée général. Qu'on ne se laisse pas abuser par la suppression, annulée depuis cette année, des cours d'histoire et géographie en terminale S. Elles n'avaient pas pour but de rendre la série plus scientifique mais bien de faire encore des économies sur le dos des élèves. Le rétablissement d'une vraie série scientifique ne passe que par le rétablissement des horaires des disciplines scientifiques au niveau qui étaient le leur il y a 25 ans. Trop cher ? Le surcoût serait largement compensée par la baisse du trop-plein d'élèves opportunistes pas passionnés par les sciences et qui emploieraient beaucoup mieux leurs talents dans les autres séries au lieu de peiner sur les lois de Newton ou le calcul intégral. Et cela ne ferait pas baisser le nombre de « scientifiques » formés puisque de toutes façons ces élèves opportunistes ne feront pas d'études supérieures scientifiques. D'ailleurs, a-t-on besoin de beaucoup de scientifiques dans un pays qui se désindustrialise à toute vitesse, en dépit de la création d'un ministère du « redressement productif » ?


(*) coefficient 21 pour les disciplines scientifiques et 19 pour le reste en y incluant les TPE (travaux personnels encadrés) réalisés en première et sans les options. 

lundi 30 juin 2014

Evaluation des élèves : généralisation des usines à cases

N'y avait-il rien de plus urgent à s'occuper que de vouloir changer l'évaluation des élèves ? Notre nouveau ministre, pourtant attendu sur d'autres fronts, vient de lancer une « conférencenationale sur l'évaluation des élèves » qui est censée en finir avec « l'arbitraire » de la note chiffrée. Il a découvert brusquement la semaine dernière que « le système d'évaluation des élèves, tel qu'il existe à l'heure actuelle, contribue fortement à accroître les inégalités scolaires ». Diable ! Si les inégalités scolaires augmentent, ce n'est pas à cause des notes chiffrées mais du renoncement à des programmes scolaires exigeants. La réduction des inégalités culturelles ne peut se faire qu'avec plus de culture ! Les élèves seraient traumatisés et découragés par les mauvaises notes ? J'en connais beaucoup à qui elles font souvent rire, surtout lorsque les résultats dans ma discipline n'interviendront pas dans leur orientation. Une note, bonne ou mauvaise, n'est que l'appréciation la plus concise possible d'une production, non d'une personne, et ce n'est en aucun cas un « outil de relégation » comme l'écrit le ministre. La mauvaise note ne fait que traduire un travail insuffisant qui n'a pas répondu aux objectifs fixés. Loin de traumatiser, elle n'est là que pour alerter celui qui la reçoit de revoir sa copie, au sens propre , même si cette révision est loin d'être faite par les élèves. Dans son avant propos, le ministre trouve que les élèves « apprennent très jeunes, trop jeunes, le sens des mots compétition, performance et trop souvent échec ». Il y a bien longtemps que ces mots ont été bannis du vocabulaire de l'école française alors qu'à l'inverse, ils devenaient de plus en plus présents dans tout le reste de la société et dans bon nombre de systèmes scolaires étrangers ! A ce propos, il est cocasse de constater que la direction du comité d'organisation de cette conférence sur l'évaluation a été confiée à trois personnalités issues des formations sélectives de l'école française ou qui y enseignent !
Il n'est pas besoin de lire entre les lignes pour deviner l'objectif de cette réforme : une évaluation par compétence à toutes les sauces qui nécessitera de la part des professeurs le remplissage fastidieux et chronophage de grilles et de cases parfaitement incompréhensibles des élèves et leurs familles. Cela n'ira sûrement pas dans le sens que souhaite le ministre qui dénonce des évaluations actuelles « subies par les élèves dont ils ne saisissent pas les codes ni les attendus implicites, contrairement aux élèves les mieux pourvus culturellement, qui acquièrent ceux-ci en dehors de l'Ecole ». Si les notes chiffrées ont un mérite, c'est bien celui d'être compréhensibles par tous.