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lundi 16 décembre 2019

Journée de la dernière chance

Si la mobilisation demain contre cette réforme des retraites est aussi faible que jeudi dernier, ce sera gagné hélas pour le gouvernement ! La mobilisation a été divisée par 2 entre le jeudi 5 décembre et le mardi 10, puis à nouveau par 2 le jeudi 12. Les policiers n'ont pas eu la même peine pour obtenir satisfaction et on s'en réjoui pour eux ! Pour nous hélas, les moyens de pression sont beaucoup plus faibles et cette période de l'année ne comporte pas d'examens qui pourraient être bloqués. Le contrôle continu qui doit avoir lieu en première n'a lieu qu'en janvier (et dans de très mauvaises conditions(*) en plus!). Une action est encore possible à ce moment si le gouvernement persiste. Quant aux déclarations de notre ministre sur une éventuelle compensation de la chute de nos futures pensions de retraites, elles excluent toute revalorisation salariale. On arrive tout juste à comprendre dans ce salmigondis médiatique qu'il faudra travailler davantage pour la mériter ! Sur ce plan, il fait bien l'unanimité contre lui ! Quel contraste par rapport à l'époque de sa nomination... On note avec satisfaction la démission ce jour du ministre Delevoye, à la fois juge et partie prenante de la réforme. A la longue liste des fonctions, grassement rémunérées ou non qui étaient les siennes, on se demande comment il trouvait le temps de les assumer toutes ! On comprend dès lors que nous parassions aux yeux de ces gens pour des « paresseux » dont il faut absolument augmenter le temps de travail ! Il n'en est évidemment pas question ! 
 
(*) Deux élèves par table, sujet unique et un seul surveillant par salle !

dimanche 8 décembre 2019

Remettre le couvert!

Du jamais vu depuis 2003 ! Il faut remonter à cette date en ce qui me concerne pour voir une telle mobilisation contre un projet gouvernemental d'envergure. Mon établissement à compté plus de 80% de gréviste jeudi dernier. Le pôle administratif était même fermé et la vie scolaire très perturbée. Ce fut la même chose ailleurs en ville ! Ce mouvement de masse signe de façon inattendue la fin de la résignation de la part des collègues qui avaient supporté les « réformes » régressives accumulées ces deux dernières décennies. La coupe était pleine, voici qu'elle déborde enfin. Il ne faut évidemment pas en rester là et remettre le couvert mardi, même si ce n'est que pour un jour. Histoire de mettre sous pression le gouvernement qui a prévu d'abattre enfin ses cartes mercredi. Il s'est fait plutôt discret cette fin de semaine, nous n'entendons plus les remarques provocatrices comme la « grève des privilégiés » par le président lui-même. Encore une effort et retirez ou amendez votre « réforme » !

mercredi 4 décembre 2019

Une grève suivie et avec suite ?

Notre ministre nous adresse une lettre à l'avant veille d'une grève qui s'annonce très suivie, d'après ce que j'ai pu constater dans mon établissement et ailleurs. Son objet est de nous présenter enfin les points de la réforme qui tardaient à être divulgués.
Si son intention était de nous dissuader d'arrêter le travail demain, ses propos vont dans le sens inverse et donne des raisons pour amplifier le mouvement de mécontentement !
Ainsi, il nous promet que la valeur du point ne pourra pas baisser. Une promesse qui ne coûte rien car le simple jeu de l'inflation (près de 2% par an ces dernières années) suffit à le faire baisser mécaniquement. Ensuite, il garantit un minimum de pension de 1000 euros par mois pour toute carrière complète ! C'est peut-être viable dans un pays en voie de développement mais pas en France. Je me demande quel poste de la fonction publique peut mériter une telle pension de retraite après une vie professionnelle complète...
Les primes des fonctionnaires seront intégrés dans le calcul de la pension. Les professeurs ne sont quasiment pas concernés car il n'y a pas de primes dans l'enseignement mais des indemnités qui ne forment qu'une faible part de la rémunération. Enfin, une revalorisation salariale est envisagée pour les professeurs afin de leur octroyer le même niveau de pension que les corps équivalents de la fonction publique. C'est bien de reconnaître enfin que nous étions les grands perdants de cette « réforme », mais le président de la République a déclaré il y a quelques semaines que la charge budgétaire pour cette augmentation représentait 10 milliards d'euros, donc insupportable à son avis pour les finances publiques. Nous avons donc bien compris qu'il nous faudrait travailler plus pour mériter cette augmentation de nos traitements ! Il n'en est évidemment pas question, vu la charge actuelle que représente la réforme du lycée et les effectifs dans nos classes difficilement compatible avec la prise en charge de l'hétérogénéité des élèves.
Sans compter les taches annexes de plus en plus envahissantes qui parasitent notre cœur de métier. Cette fois, la résignation affichée par les collègues ces dernières années devant les réformes qui mettent à mal nos conditions de travail et nos statuts a fait place à l'exaspération. Comme pour le bac en juin dernier, enfin une grève des professeurs qui ne passera pas inaperçue ! Il y a fort à parier qu'un jour de grève ne suffira pas pour faire reculer le gouvernement sur ce projet. Personnellement, je suis prêt à prolonger la grève plusieurs jours comme en juin dernier mais peu de collègues le peuvent, dans un profession chaque année toujours plus contrainte financièrement. Seuls les agents du rail et de la route peuvent se le permettre et faire plier le gouvernement comme en 1995. La lutte s'annonce rude !

mardi 30 octobre 2018

Quoi de neuf?

Que retenir de l'actualité fort riche ces derniers mois dans l'éducation depuis le dernier billet (et fort lointain!) de ce blog ? Je serais en peine de résumer toutes les annonces qui ont été faites par le ministre et son ministère mais il devient cirant que les bonnes intentions affichées l'an dernier en début de mandat se heurtent en ce début d'année scolaire à l'objectif majeur du gouvernement de réduire la voilure de la fonction publique ! La volonté affichée de donner plus de contenu aux enseignements est en contradiction avec les réductions de postes annoncées dernièrement. Nos classes, et notamment celles de seconde générale sont de plus en plus chargées avec des élèves de niveau encore plus faible, conséquence de la désastreuse réforme du collège de la précédente majorité. En dépit de la bonne volonté de mes nouveaux élèves de seconde, j'ai constaté qu'il ne restait pas grand chose de leur précédente scolarité et que calculer la distance parcourue par un objet à une vitesse donnée pendant une durée donnée posait problème pour la majorité d'entre eux alors que ce genre de tâche élémentaire est censé être acquise au sortir du collège !
Mais le coup de plus rude porté à la fonction publique ces dernières semaines est bien celui du futur régime unique de calcul des retraites ! Ce n'est pas vraiment une surprise, puisqu'il avait été annoncé par le candidat Emmanuel M. en campagne présidentielle. On ne peut pas lui reprocher d'appliquer les mesures qu'il a promises. J'entends encore les inquiétudes d'une amie collègue de ma génération sur le montant de sa future pension suite à cette réforme et m'avouant qu'elle a voté pour l'actuel président. On peut difficilement couper plus efficacement la branche (très frêle) sur laquelle on est assis ! Le ministre des (mé)comptes publics a vaguement évoqué la prise en compte des primes et autres indemnités pour compenser (le moins possible évidemment!) la forte baisse des pensions que porte la future réforme. Mais ces indemnités ne représentent qu'une très faible part de la rémunération des professeurs. Nous sommes donc doublement floués dans cette réforme ! Mais c'est bien le but : réaliser de substantielles économies avec le corps le plus nombreux de la fonction publique d'Etat. Le même ministre des (mé)comptes publics annonçait hier un recours accru aux contractuels pour remplacer les titulaires, ces derniers étant invités à démissionner par la même occasion ! Et avec une prime de départ de deux années de traitement. Quel cadeau ! Il me vient une bonne idée : démissionner deux années avant de la date prévue de la retraite. En faisant semblant de chercher du travail dans le secteur privé, puisque ce sera sans doute la condition au versement de cette royale indemnité ! Hélas, je crains qu'un âge limite soit fixé pour prétendre à démissionner de façon à ne pas profiter de cette aubaine. Sinon, le corps professoral risque de vider par le haut de la pyramide des âges. Mais le gouvernement aura du mal à motiver des candidats contractuels et vacataires alors que le recrutement de titulaires pose problème dans un nombre croissant de disciplines...

dimanche 18 février 2018

Réforme du lycée : pas de disciplines gagnantes mais pas de perdantes !

La réforme de la voie générale du lycée présentée mercredi dernier par le ministre est finalement proche de ce qui figurait dans le rapport Mathiot. C'est bien un parcours presque à la carte qui est proposé dans le cycle terminal du lycée (première + terminale) entérinant ainsi la disparition des séries telles qu'on les connaissait. Suite (et fin) logique à un premier resserrement au début des années 1990 qui avait vu la disparition des série A, B, C, D et E au profit de ES, L et S pour la série générale. Le tronc commun est réduit au minimum. On savait déjà que les sciences de la nature (sciences physiques et SVT) disparaissent du tronc commun mais c'est une surprise de voir les mathématiques en sortir aussi ! Toutes les sciences sont remplacées dans le tronc commun par un enseignement d' « humanités scientifiques et numériques » de 2h en première et en terminale. Une économie d'heures de mathématiques et donc de postes bien opportune à l'heure où il est difficile de trouver des professeurs de cette discipline. Il faudra quand même informer les élèves qui choisiront l'enseignement de spécialité en sciences économiques et sociales qu'il serait de bon ton pour des études supérieures dans ce domaine de prendre également celui de mathématiques ! Le choix des enseignements de spécialité devra donc se faire en cohérence avec un projet d'étude déjà identifié. Une information sur les enseignements à choisir pour telle ou telle poursuite d'étude devra être donné aux élèves de seconde.
Il ne serait pas étonnant de voir se reconstituer des filières très proches de celle que nous avons connu dans les années 1980 pour les mettre en adéquation avec les filières du supérieur et pour arriver à gérer les emplois du temps des classes. Ce dernier point ne représentant pas une mince affaire.
Côté scientifique, pour la classe de première, l'horaire de mathématiques ne bouge pas (4h). En revanche, ceux de sciences physiques et SVT augmentent d'une heure chacun ! Cela signe-t-il enfin le retour à une série scientifique digne de ce nom ? On attend évidemment le contenu des programmes pour en juger mais cette augmentation d'une heure devra se traduire par un contenu plus riche.
En terminale, l'horaire de spécialité de mathématiques reste également à 6h mais il apparaît un enseignement optionnel de 3h de « mathématiques expertes » qui permet de porter l'horaire de cette discipline à 9h soit celui de l'ancienne terminale C. Il y a encore un an, on n'osait espérer une telle restauration ! En sciences physiques, l'horaire passe à 6h au lieu de 5h actuellement mais l'enseignement de spécialité disparaît et c'est fort dommage. Comme les mathématiques, les SVT sont gagnantes car le volume horaire passe à 6h soit 30 minutes de plus que l'horaire actuel (3,5h) plus celui de spécialité (2h).
Pour les humanités, je n'ai pas cherché les volumes horaires en vigueur, mais le tableau ci-dessous montre des horaires identiques (4h en première et 6h en terminale) à ceux des disciplines scientifiques. Contrairement à ce qu'on a pu entendre de certains commentateurs dans les média, il n'y a aucune matière « sacrifiée » par rapport aux autres. Ces mêmes commentateurs ont déploré aussi une spécialisation plus précoce des élèves. Ce n'est pas le cas puisque la classe de seconde n'est pas modifiée pour la rentrée 2018. En revanche, je reste dubitatif sur l'item « Orientation » qui figure dans la nouvelle grille et l'horaire annoncé de 1h30 par semaine. Que va-t-on pourvoir faire aux élèves (sur les 2 années?) pendant ces séances ? Une préparation au fameux grand oral annoncé pour le bac ? Ce serait le plus logique mais pas en adéquation avec l'intitulé. L'orientation requiert un suivi mais pas à raison d'une heure trente par semaine ! 
http://www.education.gouv.fr/cid126438/baccalaureat-2021-un-tremplin-pour-la-reussite.html
 
 

dimanche 21 janvier 2018

Réforme du lycée : déjà prête ?

La commission Mathiot devrait rendre son rapport sur la prochaine réforme du lycée après ses consultations de l'automne dernier. Beaucoup de choses ont été évoquées par les organisations auditionnées et les membres de la commission elle même. Il serait hasardeux de dire ce qui pourra être retenu par le gouvernement dans son projet mais il a été fait état d'une organisation modulaire du lycée avec un éclatement des séries actuelles. Ce serait donc la résurrection des anciennes séries connues jusqu'à la fin des années 1980 dont on ne peut pas nier qu'elles avaient fait leurs preuves. Elles permettaient au moins à chaque lycéen de trouver une série à son goût, même en sciences avec les séries C, D et E qui offraient des horaires différents dans les disciplines scientifiques. Et que dire du bac littéraire (série A) qui a compté de mémoire jusqu'à 12 sous séries différentes ! Cette option paraît plus probable qu'un lycée totalement à la carte car il serait ingérable au niveau des emplois du temps des classes. Comment va s'organiser la classe de seconde ? Va-t-on en finir avec l'actuelle qui n'est plus que la cinquième année du collège ? Une organisation du lycée (général) avec des filières plus typées devrait commencer dès la seconde. Dans ce cas, le suppression des « enseignements d'exploration » au rendement quasi nul est impérative et la restitution de leur horaire aux enseignements disciplinaires l'est encore plus ! Nos élèves ont déjà développé leur goût pour certaines disciplines dès la fin du collège. Autant leur permettre de faire un choix sans attendre la fin de la seconde. A condition de pouvoir changer de série en cas de déception ! Je fais le pari que l'organisation générale est déjà prête dans ses grandes lignes : notre chef d'établissement nous a convoqués la semaine prochaine en « conseil pédagogique ». La réforme du lycée y est à l'ordre du jour ! J'imagine qu'on ne nous a pas « invités » pour faire état des pistes évoquées lors des auditions de la commission Mathiot... Rendez-vous la semaine prochaine.

mercredi 8 novembre 2017

Six mois après

Quel bilan sommaire effectuer dans le domaine éducatif 6 mois et quelques après l'élection présidentielle ? Que les défenseurs d'une école qui instruise sont ravis du départ définitif de l'ancienne ministre et des premières mesures prises par son successeur : fin (ou presque) des EPI au collège, rétablissement des classes européennes, bi-langues et des langues anciennes, fin de l'interdiction du redoublement. C'est un mieux indéniable même si les réductions d'heures de cours de la réforme du collège n'ont pas été annulées. Rappelons pour mémoire que le nombre d'heures de mathématique en classe de troisième avait été amputé d'une demi-heure par rapport à l'ancienne grille. Une nouvelle preuve s'il en est encore besoin que ces réductions d'horaires n'ont d'autre but que de faire des économies ou de masquer la pénurie de professeurs dans certaines matières.
On ne peut que se réjouir également de la fin du tirage au sort pour l'entrée dans certaines filières universitaires. Nous en étions arrivés à la situation stupéfiante de voir des bacheliers aux notes médiocres souffler la place à d'autres munis de mention très bien ! La fin de cette injustice s'accompagne également de la refonte du logiciel d'affectation dans le supérieur suite à son naufrage au printemps dernier. Les quelques 60 000 lycéens sans affectation en juillet et les élèves actuellement en terminale ne descendront certainement pas dans la rue pour le défendre ! Le plan étudiants présenté par le ministère ne donne pas vraiment dans la sélection à l'entrée à l'Université. Il n'est question que d'attendus pour réussir dans chaque filière et « la prise en compte du profil de chaque lycéen ». Mais en cas de dépassement des capacités d'accueil ? Ces capacités seront-elles augmentées suffisamment comme l'indique le plan ? Il faut donner aux universités les moyens juridiques de sélectionner des bacheliers qui se présenteraient en surnombre dans les filières très demandées. Les notes obtenues au bac paraissent le critère le plus équitable. On souhaite bon courage aux collègues de terminale qui devront examiner en conseil de classe les projets post-bac de leur élèves. Voilà qui risque allonger sérieusement leur durée s'il faut examiner les 10 vœux que chaque élève pourra formuler ! La présence d'un deuxième professeur principal en terminale comme annoncé dans le plan ne devrait pas accélérer les choses. Au passage, on peut se poser la question de la rémunération de ces deux professeurs. Recevront-ils l'indemnité de professeur principal entière ou devront-ils la partager ?
Le bilan est hélas négatif côté financier pour la profession. Le gel du point d'indice pour l'année 2018 n'est pas une surprise, on ne s'attendait pas à la prolongation de son dégel très provisoire l'an dernier. La mesure avait un but clairement électoraliste de la part du précédent gouvernement. Il est à parier que ce gel se prolongera pendant toute la durée du quinquennat. Même le protocole PPRC a été revu à la baisse puisque les maigres mesures de revalorisation échelonnées jusqu'en 2020 sont provisoirement gelées. La hausse de la CSG aura elle bien lieu en janvier 2018 et sa compensation n'est certifiée que par une déclaration orale du ministre des (mé)comptes publics. Le rétablissement du jour de carence constitue une mesure vexatoire supplémentaire pour toute la fonction publique. Pas de quoi résoudre durablement les difficultés de recrutement dans notre profession !

lundi 15 mai 2017

Retournements de veste express

Serge Gainsbourg, à qui certains reprochaient d'avoir retourné sa veste, répondait qu'il l'avait retournée après s'être aperçu que la doublure était en vison. Il aura fallu à peine 24h après le résultat du 2ème tour pour que certains retournent déjà leur veste après avoir appelé à cor et à cri à voter pour E. Macron... Il suffit de jeter un œil à nos boîtes courriel académiques pour y trouver les messages de certains syndicats nous invitant à voter pour le candidat solidaire d'un gouvernement dont il fut membre et qui à imposé une soit disant « refondation » de l'école et la réforme du collège. Syndicats qui ne s'y sont pas opposés fermement ou les ont soutenus plus ou moins mollement. Mieux, l'un d'eux affiche son « soulagement » à l'élection de M. Macron dans un courriel reçu jeudi. Tout devrait donc baigner dans la félicité !
Mais voici que vendredi matin, une porte parole de ce syndicat déclare sur France Culture d'une part qu'il n'a pas appelé à ce vote (mensonge!) et d'autre part qu'il n'est plus d'accord avec les projets pour l'école affichés par le nouveau président ! Ces projets étaient pourtant connus avant l'élection. Il fallait y réfléchir avant de lancer cet appel vibrant au vote présenté comme le seul « républicain ». Spectaculaire et rapide retournement de veste. La doublure sera elle en vison pour que le nouveau ministre de l'éducation puisse les caresser dans le sens du poil ? Il ne s'agit là évidemment que d'une gesticulation qui vise à montrer leur existence face au nouveau pouvoir et quémander quelques bonnes places.
En attendant, il semble avoir échappé à ces syndicats le projet du nouveau président de confier aux chefs d'établissement le recrutement des professeurs. Mais confier la liberté de recruter, c'est aussi la liberté de remercier ! C'est ce qu'a rappelé un reportage du journal de 20h de France 2 mercredi dernier. La majorité des collègues qui ont voté pour Emmanuel M. sont-ils prêts à accepteur ce genre de « réforme » ? Dans l'affirmative, il leur faudra avoir l'échine souple et ménager leur direction mais aussi, les élèves et leurs parents. Qui osera donner de mauvaises notes après cela ?
Petit espoir pour finir : le nouveau président entend imiter le système des dépouilles américain qui consiste à remplacer les hauts fonctionnaires de l'administration à l'arrivé d'un nouveau chef de l'état. Je verrais avec joie la sortie rapide du ministère de l'éducation des apparatchiks qui s'y vautrent depuis trop longtemps. Et leurs réformes en projet avec.

samedi 6 mai 2017

Quelques heures pour faire un choix

Les électeurs se sont chargés il y a 15 jours de sortir les deux candidats anciens ministres de l'éducation dont j'avais dit dans le billet précédent tout le « bien » qu'ils avaient fait pour l'école et pire, le projet de continuer dans la même voie ou presque. Nous voici donc avec deux finalistes dont les programmes sont aux antipodes l'un de l'autre, du moins sur le plan économique dont c'est le seul hélas qui est mis en exergue ces derniers jours. L'éducation est passée à la trappe et je n'ai pas eu le courage d'aller plus loin que les 15 premières minutes du débat télévisé de mercredi dernier. Il nous reste les points de vue exprimés dans les réponses des candidats au formulaire de la société des agrégés dont j'ai donné le lien dans le billet précédent. Il y a un point commun dans les propositions des deux finalistes : la volonté de revaloriser l'enseignement professionnel en lycée et par la voie de l'alternance. E. Macron ne semble pas vouloir une orientation professionnelle au niveau du collège qu'il conserve tel quel, à l'exception d'un retour des classes bilangues ou européennes là où elles ont disparu et d'une restauration des horaires des langues anciennes. En revanche M. Le Pen souhaite la fin du collège unique et une orientation dès la 5ème avec une possibilité de retour dans l'enseignement général. Le lycée général et le bac ne sont pas évoqués par les deux candidats dans leurs lettres mais les média ont fait part de la volonté de E. Macron de réduire l'examen final à 4 épreuves écrites, les autres matières étant évaluées par contrôle continu. Sur ce dernier point, on peut déjà prévoir que les exigences ne seront pas les même d'un lycée à l'autre et il est fort à parier que des pressions locales s'exerceront sur les professeurs évaluateurs pour que le nombre de reçus à l'examen ne soit pas inférieur à ce qu'exige l'institution !
En ce qui concerne la gestion de carrière des professeurs et les conditions de travail, M. Le Pen souhaite réduire l'affectation des agrégés en collège pour les redéployer vers les lycées, les classes post-bac et l'Université à travers les postes « Prag ». Elle souhaite également mettre fin aux rendez-vous de carrière prévus dans la réforme dite PPCR pour revenir au système des inspections, ces dernières devant être plus régulières. Enfin elle propose un alignement progressif de nos rémunérations sur la moyenne européenne. Pour sa part, E. Macron ne veut pas d'une affectation de débutants dans l'éducation prioritaire et il propose une prime de 3000 euros aux courageux volontaires en plus des primes existantes. Et dire que notre actuel ministre est persuadée qu'on ne fait pas ce métier pour de l'argent ! Aucune autre revalorisation en revanche pour tous les autres à l'exception d'une « baisse de cotisation » comme pour les salariés du privé. S'agit-il de revenir sur l'alignement de la cotisation retraite sur celle du régime général pour laquelle nous constatons tous les ans la hausse continuelle et non négligeable ? On peut en douter car il a déclaré par ailleurs vouloir un régime unique pour tous. Cela augure mal pour le calcul des retraites de la fonction publique qui ne serait plus calculé sur les 6 derniers mois de carrière...
Au chapitre de la formation professionnelle, E. Macron souhaite un « développement de la recherche » dont il ne précise pas l'objet, mais on se doute qu'elle est de nature « pédagogique ». Espérons qu'elle ne signe pas le maintien de la férule pédagogiste à l'oeuvre depuis 40 ans... E. Macron nous promet 3 jours de formation continue, sans préciser la fréquence (annuelle, peut-on supposer) ainsi qu'une gestion des carrières « plus proches du terrain ». Cette proximité se plaçant dans le cadre d'une autonomie accrue des établissements dans laquelle il souhaite que les parents aient une implication plus grande. Enfin, il affirme que les suppressions de postes dans la fonction publique n'affecteront pas l'éducation nationale.
Il ne reste plus qu'à faire son choix ! Un dernier mot sur les appels de certains syndicats à voter pour E. Macron. Il est étonnant de voir les directions de ces syndicats prendre parti aussi ouvertement pour un candidat partisan de la mondialisation tandis que leurs militants de base luttent pour le maintien des emplois menacés par les délocalisations induits par cette même mondialisation ! Encore un gouffre entre le peuple et ses représentants...

lundi 5 décembre 2016

Renoncement mais pas reniement

Jusqu'au dernier moment, j'ai bien cru qu'il se présenterai pour un second mandat présidentiel. On ne sait jamais, il aurai pu avoir un dernier élan de culot et d'audace comme son prédécesseur et mobiliser ses dernières troupes sur un nouveau programme en faisant croire que cette fois, il serait tenu ! La corde était trop usée et les sondages trop bas. Après l'hécatombe électorale qui balaye le personnel politique en place du Royaume-Uni, aux Etats-unis, en passant par les primaires de la droite chez nous et la nuit dernière en Italie, il était déraisonnable de persister !
Ce renoncement est aussi un aveu d'échec, même s'il a présenté un bilan plutôt flatteur de son action. En considérant uniquement la politique menée sur l'éducation pendant ce mandat finissant, ce qui nous intéresse ici, le bilan négatif est sans appel. Il est hélas dans la continuité du précédent, à la seule différence près de l'arrêt des suppressions de postes. Cependant, les 60 000 emplois promis sur le quinquennat n'ont pas été pourvus comme cela a été montré par un grand nombre d'observateurs de l'éducation. Nous retiendrons au passif de cette politique l'ineffable réforme du collège qui va poursuivre l'entreprise de sape de l'instruction et dont on peut déjà prévoir l'échec à réduire les inégalités, pourtant son principal objectif. La preuve, elle aura les même résultats que sa grande sœur et inspiratrice, la réforme Chatel du lycée dont on peut mesurer l'échec pour les élèves de terminale S au vu de l'enquête internationale TIMSS publiée récemment. Même la presse de connivence avec la rue de Grenelle s'en fait l'écho. On attend sans surprise la prochaine enquête PISA qui devrait confirmer cette descente aux tréfonds des classements.
Notre ministre n'a en tout cas pas perdu de temps pour quitter la navire (ou plutôt le pédalo et son capitaine!). On l'a vu au premier rang des spectateurs/acteurs de la soirée des organisateurs des prochaines primaires de la gauche samedi dernier. Sans doute pour faire passer la prochaine réforme du lycée, en attente dans les placards paraît-il, au futur candidat ? Dans tous les cas, elle sera mise en œuvre dans les grandes lignes que nous connaissons trop bien : réduction des horaires disciplinaires, extension des « activités » de type constructiviste, évaluation par compétences généralisée, etc. Dans l'autre camp, il ne faut pas trop compter sur François Fillon, élu président, pour y mettre un coup d'arrêt, lui qui les a maintenues lorsqu'il était ministre de l'éducation. Je doute que l'ancien promoteur qu'il fut en 2005 du « socle de connaissances et de compétences » véritable smic éducatif sans ambition ai retourné sa veste...
Ce qui m'inquiète le plus dans ce qu'il a présenté de sa future action est sa volonté d'augmenter fortement notre charge d'enseignement. Je n'ai aucune intention de passer de 15h de cours devant 35 élèves à 20h obligatoires par semaine. Et si en plus ces heures ne sont pas payées ou si peu, la coupe sera vraiment pleine. Hélas, ce ne sont pas mes collègues, jeunes dans leur grande majorité, qui effectuent ces services de 20h ou davantage qui descendront dans la rue pour protester. A moins que la perspective de ne plus pourvoir redescendre à 18h ou 15h après 25 ans d'enseignement comme votre serviteur, ne les y contraigne. Mais il sera sans doute trop tard...

mercredi 9 mars 2016

Le péril jeune

Le président de la République et son gouvernement doivent penser que la jeunesse est bien ingrate à manifester contre son dernier projet sur la réforme du code du travail ! Ils ne se sont pourtant pas ménagés pour s'attirer les bonnes grâces des jeunes ces dernières années en installant la « bienveillance » à l'Ecole et en organisant une réforme du collège sensée rétablir une « égalité » entre les élèves qui d'après eux, ne serait actuellement plus assurée. Mais on ne sort de l'ambiguité qu'à ses dépend, comme disait le cardinal de Retz, et les « jeunes » se sont rendus compte que le projet de réforme du code du travail, qui les concernera forcément tôt ou tard, n'a rien de bienveillant à leur égard ! Beaucoup d'étudiants qui doivent déjà travailler pour financer leur études le savent déjà, ainsi que les jeunes (et moins jeunes) travailleurs sur des contrats précaires. Et ce n'est pas en précarisant les contrats à durée indéterminée, comme semble le prévoir le projet de loi en question, que le chômage diminuera. Cet argument est parfaitement spécieux et le texte relève d'une autre démarche (à défaut de logique!), la volonté de réduire davantage les quelques protections contre l'arbitraire que recèlent encore les contrats de travail. Il y a certainement des choses à améliorer dans ce domaine mais le faire au nom de la réduction du chômage est une escroquerie intellectuelle.
Il est à la fois amusant et un peu inquiétant de constater que l'actuel président et les deux précédents n'ont reculé sur leurs projets devant les manifestations d'aucune catégorie de salarié du public ou du privé mais l'on fait à chaque fois que des jeunes sont descendus dans la rue ou en ont manifesté l'intention. Comme on aurait aimé que les élèves manifestent contre la réforme du collège l'an dernier !

dimanche 7 février 2016

Le nénuphar tombé du phare

La réforme du collège ne suffisant pas à abaisser encore plus le peu qui est encore enseigné à l'école française, voici que le ministère, sans doute dans le but de faire diversion, annonce une réforme de l'orthographe ! En fait, on apprend qu'il s'agit d'appliquer celle élaborée par l'Académie française en 1990 et dont tout le monde avait oublié l'existence et plus encore oublié de l'appliquer. Mais voilà que le ministère de l'éducation donne maintenant consigne de l'appliquer dès la rentrée 2016 à commencer par les manuels scolaires qui devront mentionner la nouvelle orthographe de certains mots. De soit-disant (oups ! J'ai oublié d'enlever le trait d'union comme l'exige la réforme!) simplifications qui cachent de nouvelles règles et exceptions. Ainsi, l'accent circonflexe sur le i et le u est censé disparaître (re-oups!) sauf dans certains mots pour ne pas les confondre avec d'autres, comme mûr et sûr par exemple. Mais exception à l'exception, mûr finit par perdre son accent au pluriel : un fruit mûr mais des pommes mures ! On pourrait multiplier les exemples puisque ce ne sont pas moins de 2400 mots qui passent ainsi à la moulinette (encore deux t ?). Le summum est atteint quand même avec nénuphar dont on pourra remplacer les lettres p et h par f. Mais pourquoi s'arrêter en si bon chemin ? Autant faire la substitution dans phare et pharmacie tant que nous y sommes. Après tout, l'officine de médicaments ne s'écrit-elle pas farmacia en espagnol ? Voilà qui marquerait un rapprochement dans l'orthographe des langues latines. Ajoutons aussi le pH en chimie avec lequel nous torturons les élèves à écrire petit p et grand H. Plus de problème avec la seule lettre f ! La notion en perd totalement sa signification mais que n'est on pas prêt à faire pour ne plus ennuyer nos élèves avec des règles rétrogrades et d'un autre temps !
Hélas, ce n'est pas sur ces quelques particularités que l'orthographe des élèves pêche (pèche, peche?) le plus mais bien sur les accords et autres conjugaisons. La confusion entre l'indicatif et le participe passé des verbes du premier groupe est à son comble dans les copies qui passent sous les yeux. J'avoue que de guerre lasse, je ne les corrige même plus. Je laisse le soin au marché du travail de trier le bon grain de l'ivraie parmi les futurs candidats à l'emploi que constituent nos élèves, si toutefois l'orthographe représente encore une qualité appréciée des recruteurs. Lorsque l'orthographe fantaisiste sera majoritaire dans les écrits, elle finira forcément par représenter la norme ! Les personnes de moins en moins nombreuses écrivant correctement ne formeront plus qu'un réduit d'irréductibles gaulois...

 

jeudi 22 octobre 2015

Réforme du collège : Indifférence fera plus que résistance

La présence de plusieurs milliers de collègues et parents d'élèves dans les rues de Paris samedi 10 octobre dernier n'aura donc eu aucun impact sur la réforme du collège, comme les manifestations et grèves précédentes. C'était hélas à prévoir mais l'honneur de la profession et surtout l'intérêt des élèves valaient le déplacement. La lutte n'est pas terminée. Elle entre en fait dans sa phase décisive car après avoir considéré comme quantité négligeable l'avis des professionnels de l'instruction que nous sommes, le ministère sollicite maintenant notre collaboration active ! Un comble, alors que nous sommes sensés n'être que des exécutants de ses instructions ! Ainsi, des « volontaires » sont réclamés dans chaque établissement par les rectorats pour venir prendre connaissance des grandes lignes de la réforme pour ensuite diffuser la bonne parole aux collègues. La lecture sur le net de quelques compte-rendus de réunions qui ont eu lieu témoigne de l'impréparation de cette réforme et de l'incapacité des intervenants à répondre aux questions concrètes d'organisation des collègues. La résolution des problèmes est renvoyée à l'échelon de l'établissement, ce qui mécontente aussi les personnels de direction qui vont devoir faire face à la gestion de cette pétaudière !
Dans un collège voisin, les collègues ont décidé qu'aucun d'entre eux ne se porterai volontaire et il semble qu'ils ne soient pas les seuls d'après ce que j'ai pu lire sur les forums. Tous prennent conscience que l'application de la réforme va demander de gros efforts. Plus spécialement, les fameux et fumeux EPI, enseignement pratiques interdisciplinaires, ne pourront avoir lieu que sur la base de projets proposés par deux collègues de disciplines différentes. Hormis quelques partisans de ce genre d'activités prêts à faire du zèle auprès de leur direction, les candidats ne se bousculent pas ! A une amie-collègue peu enthousiaste à l'idée de devoir participer à ces joyeusetés, je lui ai conseillé de ne faire aucune proposition d'association. Ce sera d'autant plus facile pour elle que dans sa discipline, une collègue soit déjà sur les rangs pour participer à la mise en place de ce cirque pédagogique. Au pire, on confiera à ma collègue des classes dont les EPI ne concerneront pas sa matière. Quant au risque de se faire mal voir par la direction, je réponds que le zèle n'est pas plus récompensé que le manque d'enthousiasme n'est sanctionné ! Se tenir loin de ces EPI constitue le meilleur plan pour ne pas s'épuiser à la tâche devant le travail que va demander la préparation simultanée des cours et autres activités des 4 niveaux du collège...

dimanche 20 septembre 2015

La dictée

Bel exercice de démagogie avant hier de la part du ministre de l'éducation et d'un ancien ministre de l'autre bord ayant occupé le poste et qui brigue aujourd'hui l'investiture pour la place suprême de la République. Ainsi donc, la dame préconise une dictée quotidienne au primaire ! Parce que ce n'était pas déjà le cas ? On se s'était pas rendu compte en haut-lieu que c'est par l'entraînement quotidien qu'on assimile savoir et savoir-faire ? Mieux vaut tard que jamais. Cependant cette injonction ne coûte rien et n'oblige à rien car elle ne figure pas paraît-il dans les programmes publiés vendredi dernier. Reste pour les professeurs des écoles à trouver du temps scolaire pour pratiquer régulièrement cet exercice indispensable, si c'est encore possible au milieu de la foultitude d'activités introduites ces deux dernières décennies. Quant à l'ancien ministre F. Fillon, il confie dans le même article du Monde qu'il avait déjà préconisé la dictée quotidienne au primaire et au collège en 2004 et il avait été fortement critiqué pour cela à l'époque. Il passe évidemment sous silence l'échec et l'inutilité de son « socle commun de connaissances et compétences » introduit pour remédier aux difficultés d'apprentissage. Le comble de l'hypocrisie est atteint lorsqu'il dit craindre que le gouvernement n'ai pas assez d'autorité pour y parvenir ! Le passage en force de la réforme du collège prouve le contraire. En revanche, on peut douter de l'autorité effective de F. Fillon s'il revenait aux affaires, lui qui n'a fait que suivre les projets ravageurs des idéologues en poste au ministère et dont on mesure les conséquences aujourd'hui. Le regretterait-il aujourd'hui ? J'en doute fortement.
Je n'ai pas lu le livre qu'il vient de faire paraître. Mais je suis sur que son contenu mériterait sûrement qu'on rajoute au titre « Faire » le sous-titre « la même chose » !

dimanche 7 juin 2015

Détournons la réforme du collège !

La réforme du collège est donc passée et à la hussarde. Cette bousculade sans ménagement montre à quel point le gouvernement n'a que faire de l'avis des seuls professionnels de l'instruction, à savoir les professeurs. Quel mépris affiché ainsi devant l'opinion publique pour un corps de fonctionnaires d'Etat, alimentant la déconsidération sociale à leur encontre. Je crains que la contestation s'arrête là pour le collège, même si un syndicat appelle au boycott des épreuves écrites du brevet des collèges les 25 et 26 juin prochain et leurs corrections les jours suivants. Ce serait un moyen de pression formidable pour le retrait de la réforme et il suffirait que dans chaque collège quelques collègues surveillants les épreuves fassent grève pour gripper la machine. Mais il y a mieux pour faire pièce à cette réforme sans risquer de passer pour des saboteurs d'examen aux yeux de l'opinion. Par exemple en détournant les gadgets pédagogiques de la réforme. Faire du disciplinaire là où elle exige l'interdisciplinaire. Les chefs d'établissement sont pragmatiques : la guerre des disciplines n'est pas dans leur intérêt. Ils devront répartir équitablement les heures « interdisciplinaires » entre les professeurs de plusieurs disciplines s'ils veulent la paix pédagogique ! Bien sûr, il y aura toujours le ou les collègues empressés de développer des « projets » sur ces heures pour jouer le jeu de la réforme et être bien vus par la hiérarchie mais ils ne sont heureusement pas majoritaires et il reste possible de faire des activités dirigées de sa propre discipline pendant ces heures en lieu et place du travail très peu productif induit par une pédagogie de projets. C'est la démarche qu'adoptent de plus en plus de collègues, dont votre serviteur, pour les enseignements d'exploration en seconde, forts proches des futurs EPI du collège. L'intervention par roulement de trois professeurs permet de faire des activités dirigées et productives dans chaque discipline. Les intitulés des EPI sont suffisamment larges et vagues pour trouver des activités qui soient en lien avec le programme obligatoire de chaque discipline. Cette stratégie permet de récupérer utilement une partie des 20% d'heures confisquées par la réforme. C'est toujours mieux que de devoir surveiller les élèves à faire du copier-coller sur le net.


mardi 19 mai 2015

Grève au programme

Un joli slogan nous dit que dans grève il y a rêve. Rêve d'une autre réforme du collège avec restauration des heures de cours perdues depuis 30 ans et fin des gadgets pédagogiques du style EPI qui reviennent périodiquement sous d'autres noms pour masquer leur échec. Il est rageant de voir que ceux qui devront mettre en oeuvre cette réforme, les professeurs, soient aussi peu entendus ou de façon marginale et qu'il ne reste plus que la grève (d'une journée bien trop courte) pour manifester son mécontentement et la volonté d'une autre réforme. J'enseigne en lycée mais je me joins volontiers au mouvement aujourd'hui car les élèves qui vont passer par ce collège allégé arriveront dans dans nos classes dans quelques années et que l'organisation du lycée et ses programmes subiront le même sort funeste pour saluer leur arrivée. Ou du moins ce qu'il en reste, tant la dernière réforme a amené le lycée à un point tel qu'on a du mal à imaginer qu'il puisse encore descendre. Mais nos réformateurs ont une imagination sans limite dans ce domaine...

dimanche 17 mai 2015

Réforme du collège : bouchées quadruples

On en découvre tous les jours à propos de cette réforme du collège ! En regardant une série de vidéo syndicale consacrée à la présentation de la réforme, on apprend avec stupeur que sa mise en place se fera simultanément sur les 4 niveaux du collège la même année ! Une chose jamais vue dans l'éducation nationale. Les collègues de collège vont donc passer un été 2016 très studieux à rédiger leurs cours. Auront-il l'aide des manuels scolaire ? Rien n'est moins sûr. Si les programmes (ou ce qu'il en reste!) sont connus à la rentrée 2015, il leur faut une année pour rédiger un manuel par matière. Or ici, il en en faut pour tous les niveaux du collège. Le contribuable devra également mettre son obole pour remplacer la totalité des manuels. Tout cela devient vraiment déraisonnable !

samedi 16 mai 2015

Corps unique pour collège diversifié ?

Bruno Lemaire confirme à nouveau dans cet article de Libération en ligne toute l'ambiguïté de ses propositions pour réformer le collège. La structure qu'il souhaite relève plus du collège allégé que d'offrir un parcours diversifié aux élèves. Il veut en effet supprimer l'apprentissage obligatoire d'une deuxième langue vivante en relevant que beaucoup trop d'élèves de troisième sont incapables d'aligner une phrase correcte en français. Soit, mais alors, il faudrait dans ce cas augmenter significativement les horaires de français, ce qu'il ne propose pas, ou alors sous la forme, très efficace comme l'on sait, de l'accompagnement personnalisé. Le renforcement de l'autonomie des établissements revient également à la charge. Elle ne consiste à l'heure actuelle qu'à gérer la pénurie des dotations en heures d'enseignement. Mais B. Lemaire ne s'étend pas trop sur ce sujet préférant parler de « donner plus de responsabilité aux enseignants » ! On ne voit pas trop en quoi peut consister cet accroissement de responsabilité. Si on nous accordait juste la possibilité de mettre dehors définitivement les élèves perturbateurs, au lieu de s'entendre dire qu'on ne sait pas gérer nos classes, ce serait un grand pas dans la réaffirmation de notre autorité ! Dans la vision de M. Lemaire, ce collège diversifié doit être pourvu d'un corps unique de professeurs, le même qui enseigne également au primaire. Et avec un service de 20h à la clé. En dehors de ravir le SGEN-CFDT dont il s'agit d'une mesure phare de longue date, cette perspective nous menace d'épuisement physique et moral, si ce n'est déjà fait d'ailleurs ! Mais il y a de belles économies en perspective pour les finances publiques avec ce temps de service obligatoire.
Il faut aussi revoir la formation pédagogique d'après M. Lemaire et chose stupéfiante, il se déclare incompétent pour enseigner en collège parce qu'il est agrégé et spécialiste de Marcel Proust ! Mais c'est bien parce que le collège a été transformé en garderie ces 30 dernières années qu'il est impossible aujourd'hui d'y faire acquérir des savoirs comme y forme très justement l'agrégation ! Une n-ième réforme de la formation des professeurs ne changera rien aux difficultés du collège. On lit aussi avec étonnement que le savoir serait inversement proportionnel aux compétences pédagogiques. Je reste pour ma part persuadé du contraire ! Plus on en sait sur une discipline (et sur d'autres aussi!) plus on est capable de l'enseigner à tout public. Le reste se résume à une question de gestion de classe, ceci constituant le point crucial de la crise de l'école avec l'hétérogénéité croissante des classes. Même si les deniers publics ne sont pas bien employés en mettant des agrégés devant des collégiens, il faut noter que l'agrégation reste le seul concours qui permette d'enseigner de la classe de sixième jusqu'au premier cycle de l'enseignement supérieur voir au delà ! Le corps multi-cycles d'enseignement qui pourrait devenir unique existe déjà et c'est celui des agrégés.

vendredi 15 mai 2015

Réforme du collège à visage découvert

Cette semaine, on a pu mettre enfin un visage sur le projet de réforme du collège : celui de Florence Robine, à la tête de la direction générale de l'enseignement scolaire. C'est bien cette dame qui est la cheville ouvrière de cette réforme lamentable et non le ministre, dont il apparaît qu'elle n'est plus qu'un porte parole de moins en moins crédible. Peut-être devient elle de moins en moins persuadée de la justesse de ce projet ? Mme Robine est apparue deux fois cette semaine dans les émissions C dans l'air sur France 5 et 28 minutes sur Arte. Elle a déployé tous les arguments d'un vieux tract communiste des années 1970, comme dirait notre président, pour prétendre que cette réforme allait remédier aux maux du collège actuel. Avec le ton autoritaire qui va avec. Mais la dame a paru sur la défensive, les détracteurs présents sur les plateaux ont réussi à montrer les contradictions entre les objectifs affichés et le contenu du projet. Mercredi dernier, dans l'émission Rue des école sur France culture, un débat opposait Bruno Lemaire, à la tête de la contestation parlementaire de la réforme, et Thierry Pech, président de la fondation Terra nova, partisan de la réforme. Bruno Lemaire a bien relevé toutes les absurdités du projet et s'est prononcé pour la fin du collège unique mais il s'est peu étendu sur la responsabilité de l'UMP dans les difficultés où se trouve l'école aujourd'hui. Les très contestables enseignements pratiques interdisciplinaires introduits pour le futur collège ne sont que le pendant des TPE que l'UMP au pouvoir de 2002 à 2012 n'a pas supprimé dans la dernière réforme du lycée. On a d'ailleurs peu ou pas entendu les anciens ministres UMP de l'éducation sur ce sujet, messieurs Fillon, De Robien, Darcos et surtout Chatel, responsable du gâchis actuel de l'argent du contribuable dans l'accompagnement personnalisé et les enseignements d'exploration du lycée ! Quant à N. Sarkozy, il observe un silence bien curieux sur le sujet, se contentant d'attaquer bassement la personne même du ministre. Serait-il d'accord sur le fond avec le projet du gouvernement ? Sur une question aussi cruciale que l'école, ce silence est fâcheux pour un candidat à la prochaine élection présidentielle ! On a quand même une idée sur ce qui nous attend si l'UMP revient au pouvoir en 2017 de la bouche de Bruno Lemaire : faire travailler davantage les professeurs. Il faisait remarquer dans l'émission Rue des écoles que agrégés et certifiés devaient respectivement 15h et 18h de cours. Il envisage de porter ce service à 20h pour tous, avec une rémunération supplémentaire. Je doute que les nombreux collègues déjà à la peine avec un service sans heures supplémentaires soient ravis de se voir imposer cette charge en plus, même pour une rémunération plus élevée. Quant aux collègues contraints de faire des heures en plus pour boucler leurs fins de mois, ils ne les font qu'en sachant qu'ils peuvent y renoncer chaque année.
M. Lemaire fait preuve de peu d'originalité pour redresser les conditions d'enseignement. Se rappelle-t-il que Ségolène Royal, entre autre, avait déjà proposé ce genre de mesure il y a quelques années ? En matière de politique éducative, les différences entre l'UMP et le parti socialiste apparaissent bien maigres et leur opposition ne relève hélas que la posture.

mardi 28 avril 2015

Volapük pédagogiste

Dès l'annonce du projet de réforme du collège, il semblait d'après mes lectures que les articles à ce sujet se partageaient à peu près équitablement entre partisans et adversaires. Du moins sur le net, car les reportages des journaux télévisés, surtout ceux de France 2, présentaient la réforme sous un jour des plus favorables. J'ai l'impression que ces derniers jours, ce rapport de force s'inverse, en faveur du rejet, comme en témoigne cet excellent article du site Slate.fr. Des personnalités politiques ou intellectuelles (en excluant chez ces dernières les spécialistes des « sciences de l'éducation », inspirateurs de toujours du contenu de ces réformes) prennent de plus en plus position contre ce projet. Dernier à ce jour de cette liste qui s'allonge de plus en plus, Régis Debray, invité de la matinale de France culture, qui a dit tout le mal qu'il pensait de cette réforme, notamment sur le renvoi des langues et civilisations anciennes au rang d'insipide « enseignement pratique interdisciplinaire » ou le caractère optionnel de l'étude des Lumières dans le projet des programmes d'histoire. Régis Debray n'a pas manqué d'humour en rappelant quelques expressions savoureuses du jargon pédagogiste : un crayon se dit « outil scriptural », les parents d'élèves sont les « géniteurs d'apprenants » et nager en piscine devient se déplacer dans un « milieu aqueux standardisé ». Encore plus ridicule que le célèbre « référentiel bondissant » (comprenez : un ballon) qui fit flores ces dernières années comme exemple type du volapük pédagogiste. Voilà au moins quelque chose qui ne se réforme pas dans l'éducation nationale ! Rien de nouveau sous le Soleil, hélas. A propos, les utilisateurs de ce langage savent-ils qu'ils peuvent remplacer le mot Soleil par « plasma auto-gravitant » ?