mercredi 9 mars 2016

Le péril jeune

Le président de la République et son gouvernement doivent penser que la jeunesse est bien ingrate à manifester contre son dernier projet sur la réforme du code du travail ! Ils ne se sont pourtant pas ménagés pour s'attirer les bonnes grâces des jeunes ces dernières années en installant la « bienveillance » à l'Ecole et en organisant une réforme du collège sensée rétablir une « égalité » entre les élèves qui d'après eux, ne serait actuellement plus assurée. Mais on ne sort de l'ambiguité qu'à ses dépend, comme disait le cardinal de Retz, et les « jeunes » se sont rendus compte que le projet de réforme du code du travail, qui les concernera forcément tôt ou tard, n'a rien de bienveillant à leur égard ! Beaucoup d'étudiants qui doivent déjà travailler pour financer leur études le savent déjà, ainsi que les jeunes (et moins jeunes) travailleurs sur des contrats précaires. Et ce n'est pas en précarisant les contrats à durée indéterminée, comme semble le prévoir le projet de loi en question, que le chômage diminuera. Cet argument est parfaitement spécieux et le texte relève d'une autre démarche (à défaut de logique!), la volonté de réduire davantage les quelques protections contre l'arbitraire que recèlent encore les contrats de travail. Il y a certainement des choses à améliorer dans ce domaine mais le faire au nom de la réduction du chômage est une escroquerie intellectuelle.
Il est à la fois amusant et un peu inquiétant de constater que l'actuel président et les deux précédents n'ont reculé sur leurs projets devant les manifestations d'aucune catégorie de salarié du public ou du privé mais l'on fait à chaque fois que des jeunes sont descendus dans la rue ou en ont manifesté l'intention. Comme on aurait aimé que les élèves manifestent contre la réforme du collège l'an dernier !

dimanche 7 février 2016

Le nénuphar tombé du phare

La réforme du collège ne suffisant pas à abaisser encore plus le peu qui est encore enseigné à l'école française, voici que le ministère, sans doute dans le but de faire diversion, annonce une réforme de l'orthographe ! En fait, on apprend qu'il s'agit d'appliquer celle élaborée par l'Académie française en 1990 et dont tout le monde avait oublié l'existence et plus encore oublié de l'appliquer. Mais voilà que le ministère de l'éducation donne maintenant consigne de l'appliquer dès la rentrée 2016 à commencer par les manuels scolaires qui devront mentionner la nouvelle orthographe de certains mots. De soit-disant (oups ! J'ai oublié d'enlever le trait d'union comme l'exige la réforme!) simplifications qui cachent de nouvelles règles et exceptions. Ainsi, l'accent circonflexe sur le i et le u est censé disparaître (re-oups!) sauf dans certains mots pour ne pas les confondre avec d'autres, comme mûr et sûr par exemple. Mais exception à l'exception, mûr finit par perdre son accent au pluriel : un fruit mûr mais des pommes mures ! On pourrait multiplier les exemples puisque ce ne sont pas moins de 2400 mots qui passent ainsi à la moulinette (encore deux t ?). Le summum est atteint quand même avec nénuphar dont on pourra remplacer les lettres p et h par f. Mais pourquoi s'arrêter en si bon chemin ? Autant faire la substitution dans phare et pharmacie tant que nous y sommes. Après tout, l'officine de médicaments ne s'écrit-elle pas farmacia en espagnol ? Voilà qui marquerait un rapprochement dans l'orthographe des langues latines. Ajoutons aussi le pH en chimie avec lequel nous torturons les élèves à écrire petit p et grand H. Plus de problème avec la seule lettre f ! La notion en perd totalement sa signification mais que n'est on pas prêt à faire pour ne plus ennuyer nos élèves avec des règles rétrogrades et d'un autre temps !
Hélas, ce n'est pas sur ces quelques particularités que l'orthographe des élèves pêche (pèche, peche?) le plus mais bien sur les accords et autres conjugaisons. La confusion entre l'indicatif et le participe passé des verbes du premier groupe est à son comble dans les copies qui passent sous les yeux. J'avoue que de guerre lasse, je ne les corrige même plus. Je laisse le soin au marché du travail de trier le bon grain de l'ivraie parmi les futurs candidats à l'emploi que constituent nos élèves, si toutefois l'orthographe représente encore une qualité appréciée des recruteurs. Lorsque l'orthographe fantaisiste sera majoritaire dans les écrits, elle finira forcément par représenter la norme ! Les personnes de moins en moins nombreuses écrivant correctement ne formeront plus qu'un réduit d'irréductibles gaulois...

 

vendredi 1 janvier 2016

Trois heures de travail gratuit pour les agrégés en collège ?

Payez encore plus quelques uns en haut et faire trimer davantage les autres en bas pour le même salaire (voire moins!) est donc la nouvelle politique du ministère. Le site du SNALC révèle que l'inspection générale envisage d'aligner le service des agrégés affectés en collège sur celui des certifiés. Trois heures de travail gratuit sans aucune compensation évidemment ! Quel contraste saisissant avec les primes mirobolantes récemment accordées aux « hauts » cadres des rectorats évoquée dans l'article précédent. Au delà de la scélératesse de cette mesure qui signerait la fin immédiate des corps dans la fonction publique pour leur substituer une logique d'affectation, on note le formidable gâchis de compétence qu'il y a à maintenir près de 8000 agrégés en collège, souvent contre leur gré, soit autant que dans l'enseignement supérieur. Curieuse conception des « ressources humaines » et d'utilisation des talents à leur juste niveau de recrutement ! S'il y avait encore du sens à voir des agrégés en collège il y a encore 20 ans cela n'en a plus aucun  maintenant vu la misère des programmes scolaires qui ont éliminé toute ambition. La récente réforme ne va rien arranger sur ce plan avec ses EPI, véritable fumisterie éducative qui n'a été instituée que pour faire des économies sur le dos des élèves. Apparemment, les économies ne suffisent encore pas et on tente en haut lieu de faire travailler gratuitement les professeurs déjà très sollicités en collège ou ailleurs. Cette nouvelle année commence très fort pour nos conditions de travail!
On apprend ce matin que la « promotion » du premier janvier de la légion d'honneur récompense à titre posthume les dessinateurs et rédacteurs de Charlie Hebdo assassinés le 7 janvier dernier. J'imagine que là où ils sont, ils ont dû recevoir la nouvelle dans un grand éclat de rire ! S'ils disposent d'un support et de crayons, ils ne manquent sûrement de se gausser sans limites de cette attribution. Dommage que nous ne pouvons en voir le résultat !

jeudi 31 décembre 2015

Le père Noël gouvernemental est une ordure

On se souvient que l'an dernier à la même époque nos chers recteurs avaient été gâtés par le père Noël gouvernemental avec une augmentation de 10 000 euros de leur prime annuelle pour récompenser leurs nombreux mérites et permettre à leur modeste rémunération de base de rattraper celle de certains de leurs subordonnés, aux dires de Mme le Ministre de l'Education. Il faut croire que ces derniers s'en sont montrés fort jaloux
car un arrêté du journal officiel en date du 29 décembre 2015 nous apprend avec bonheur que l'homme en rouge est venu à nouveau réparer cette affreuse injustice avec la création d'un régime indemnitaire, comprenez de nouvelles gratifications, pour les hauts fonctionnaires rectoraux. Ces dames et messieurs se voient donc attribuer une « indemnité de fonction, de sujétions et d'expertise » dont le plafond maximal s'échelonne de 38250 à 49980 euros (et pourquoi pas 50 000 tout rond? On dirait une vulgaire promotion de supermarché !). Il est également créé un complément indemnitaire annuel de 6750 à 8820 euros pour récompenser « l'engagement professionnel et la manière de servir ». On se souvient que le ministre avait déclaré qu'on ne faisait pas le métier de professeur pour de l'argent. Il faut croire que dans la « haute » fonction publique on travaille exclusivement pour des espèces sonnantes et trébuchantes. Si le gouvernement voulait s'assurer du soutien de ces gens, il a su parfaitement le faire en leur graissant la patte. Mais comme disait Talleyrand, un gouvernement qu'on soutient est un gouvernement qui tombe...
La seule augmentation à laquelle nous, GDBFO(*), auront droit, comme tous les ans depuis 2012 et jusqu'en 2020, c'est celle de l'augmentation de la retenue pour pension civile, comprenez la cotisation retraite, qui est relevée de 0,40%. Pour un fonctionnaire à l'indice 525 brut, cela représente une dizaine d'euros en moins sur sa fiche de paye.


(*) Grouillot de base fond d'organigramme

dimanche 13 décembre 2015

Le vote utile : contre la réforme du collège !

Voici le bulletin de vote que je vais glisser tout à l'heure dans l'urne :

 
Elections régionales
6-13 décembre 2015








N. Vallot Belkacem

démission !


Non à la réforme du collège

Professeur en colère !
Je suis
L'école républicaine 

samedi 31 octobre 2015

Retraite additionnelle de la fonction publique : peu de beurre dans les épinards !

Les récentes négociations entre partenaires sociaux pour prévenir le déficit à venir des caisses de retraites complémentaires du privé nous rappelle qu'il existe un régime additionnel de retraite dans la fonction publique. En cliquant sur ce lien, on peut créer son espace personnel à l'aide de son numéro de sécurité sociale et d'un mot de passe. Le site donne le nombre de points accumulés par le fonctionnaire depuis 2005, année de création de ce régime. Il est alimenté par tout ce qui relève des rémunérations annexes au salaire principal : primes de toutes sortes, heures supplémentaires... Avec le nombre de points indiqués, on peut calculer la prestation qui sera versée en capital, si ce nombre est inférieur à 5124, ou sous forme de rente mensuelle s'il est supérieur. Cette page donne une formule pour le calcul du capital (ou de la rente globale). Pour une personne ayant accumulé 4448 points (par comparaison, votre serviteur a « accumulé » royalement 4751 points sans faire du zèle sur les heures sup'!) et partant à la retraite à 62 ans, le capital versé est 4448x1x0,04465x24,62 = 4889,61 euros. Une vraie retraite chapeau ! Dans ce calcul, le coefficient 1 est un coefficient de majoration pour un départ à 62 ans, le coefficient 0,04465 est la valeur en euros du point. Quant au coefficient 24,62, celui qui fait évidemment le plus augmenter le capital, il est indiqué qu'il est « déterminé en fonction de l'âge, par rapport à la table d'espérance de vie », table qui n'apparaît d'ailleurs pas sur la page de mon navigateur. On se doute que ce dernier ne manquera pas d'être revu, à la baisse évidemment, dans les années qui viennent... En résumé, mieux ne vaut pas trop compter sur cette retraite additionnelle pour boucler ses fins de mois de futur retraité !

jeudi 22 octobre 2015

Réforme du collège : Indifférence fera plus que résistance

La présence de plusieurs milliers de collègues et parents d'élèves dans les rues de Paris samedi 10 octobre dernier n'aura donc eu aucun impact sur la réforme du collège, comme les manifestations et grèves précédentes. C'était hélas à prévoir mais l'honneur de la profession et surtout l'intérêt des élèves valaient le déplacement. La lutte n'est pas terminée. Elle entre en fait dans sa phase décisive car après avoir considéré comme quantité négligeable l'avis des professionnels de l'instruction que nous sommes, le ministère sollicite maintenant notre collaboration active ! Un comble, alors que nous sommes sensés n'être que des exécutants de ses instructions ! Ainsi, des « volontaires » sont réclamés dans chaque établissement par les rectorats pour venir prendre connaissance des grandes lignes de la réforme pour ensuite diffuser la bonne parole aux collègues. La lecture sur le net de quelques compte-rendus de réunions qui ont eu lieu témoigne de l'impréparation de cette réforme et de l'incapacité des intervenants à répondre aux questions concrètes d'organisation des collègues. La résolution des problèmes est renvoyée à l'échelon de l'établissement, ce qui mécontente aussi les personnels de direction qui vont devoir faire face à la gestion de cette pétaudière !
Dans un collège voisin, les collègues ont décidé qu'aucun d'entre eux ne se porterai volontaire et il semble qu'ils ne soient pas les seuls d'après ce que j'ai pu lire sur les forums. Tous prennent conscience que l'application de la réforme va demander de gros efforts. Plus spécialement, les fameux et fumeux EPI, enseignement pratiques interdisciplinaires, ne pourront avoir lieu que sur la base de projets proposés par deux collègues de disciplines différentes. Hormis quelques partisans de ce genre d'activités prêts à faire du zèle auprès de leur direction, les candidats ne se bousculent pas ! A une amie-collègue peu enthousiaste à l'idée de devoir participer à ces joyeusetés, je lui ai conseillé de ne faire aucune proposition d'association. Ce sera d'autant plus facile pour elle que dans sa discipline, une collègue soit déjà sur les rangs pour participer à la mise en place de ce cirque pédagogique. Au pire, on confiera à ma collègue des classes dont les EPI ne concerneront pas sa matière. Quant au risque de se faire mal voir par la direction, je réponds que le zèle n'est pas plus récompensé que le manque d'enthousiasme n'est sanctionné ! Se tenir loin de ces EPI constitue le meilleur plan pour ne pas s'épuiser à la tâche devant le travail que va demander la préparation simultanée des cours et autres activités des 4 niveaux du collège...