mardi 19 mai 2015

Grève au programme

Un joli slogan nous dit que dans grève il y a rêve. Rêve d'une autre réforme du collège avec restauration des heures de cours perdues depuis 30 ans et fin des gadgets pédagogiques du style EPI qui reviennent périodiquement sous d'autres noms pour masquer leur échec. Il est rageant de voir que ceux qui devront mettre en oeuvre cette réforme, les professeurs, soient aussi peu entendus ou de façon marginale et qu'il ne reste plus que la grève (d'une journée bien trop courte) pour manifester son mécontentement et la volonté d'une autre réforme. J'enseigne en lycée mais je me joins volontiers au mouvement aujourd'hui car les élèves qui vont passer par ce collège allégé arriveront dans dans nos classes dans quelques années et que l'organisation du lycée et ses programmes subiront le même sort funeste pour saluer leur arrivée. Ou du moins ce qu'il en reste, tant la dernière réforme a amené le lycée à un point tel qu'on a du mal à imaginer qu'il puisse encore descendre. Mais nos réformateurs ont une imagination sans limite dans ce domaine...

dimanche 17 mai 2015

Réforme du collège : bouchées quadruples

On en découvre tous les jours à propos de cette réforme du collège ! En regardant une série de vidéo syndicale consacrée à la présentation de la réforme, on apprend avec stupeur que sa mise en place se fera simultanément sur les 4 niveaux du collège la même année ! Une chose jamais vue dans l'éducation nationale. Les collègues de collège vont donc passer un été 2016 très studieux à rédiger leurs cours. Auront-il l'aide des manuels scolaire ? Rien n'est moins sûr. Si les programmes (ou ce qu'il en reste!) sont connus à la rentrée 2015, il leur faut une année pour rédiger un manuel par matière. Or ici, il en en faut pour tous les niveaux du collège. Le contribuable devra également mettre son obole pour remplacer la totalité des manuels. Tout cela devient vraiment déraisonnable !

samedi 16 mai 2015

Corps unique pour collège diversifié ?

Bruno Lemaire confirme à nouveau dans cet article de Libération en ligne toute l'ambiguïté de ses propositions pour réformer le collège. La structure qu'il souhaite relève plus du collège allégé que d'offrir un parcours diversifié aux élèves. Il veut en effet supprimer l'apprentissage obligatoire d'une deuxième langue vivante en relevant que beaucoup trop d'élèves de troisième sont incapables d'aligner une phrase correcte en français. Soit, mais alors, il faudrait dans ce cas augmenter significativement les horaires de français, ce qu'il ne propose pas, ou alors sous la forme, très efficace comme l'on sait, de l'accompagnement personnalisé. Le renforcement de l'autonomie des établissements revient également à la charge. Elle ne consiste à l'heure actuelle qu'à gérer la pénurie des dotations en heures d'enseignement. Mais B. Lemaire ne s'étend pas trop sur ce sujet préférant parler de « donner plus de responsabilité aux enseignants » ! On ne voit pas trop en quoi peut consister cet accroissement de responsabilité. Si on nous accordait juste la possibilité de mettre dehors définitivement les élèves perturbateurs, au lieu de s'entendre dire qu'on ne sait pas gérer nos classes, ce serait un grand pas dans la réaffirmation de notre autorité ! Dans la vision de M. Lemaire, ce collège diversifié doit être pourvu d'un corps unique de professeurs, le même qui enseigne également au primaire. Et avec un service de 20h à la clé. En dehors de ravir le SGEN-CFDT dont il s'agit d'une mesure phare de longue date, cette perspective nous menace d'épuisement physique et moral, si ce n'est déjà fait d'ailleurs ! Mais il y a de belles économies en perspective pour les finances publiques avec ce temps de service obligatoire.
Il faut aussi revoir la formation pédagogique d'après M. Lemaire et chose stupéfiante, il se déclare incompétent pour enseigner en collège parce qu'il est agrégé et spécialiste de Marcel Proust ! Mais c'est bien parce que le collège a été transformé en garderie ces 30 dernières années qu'il est impossible aujourd'hui d'y faire acquérir des savoirs comme y forme très justement l'agrégation ! Une n-ième réforme de la formation des professeurs ne changera rien aux difficultés du collège. On lit aussi avec étonnement que le savoir serait inversement proportionnel aux compétences pédagogiques. Je reste pour ma part persuadé du contraire ! Plus on en sait sur une discipline (et sur d'autres aussi!) plus on est capable de l'enseigner à tout public. Le reste se résume à une question de gestion de classe, ceci constituant le point crucial de la crise de l'école avec l'hétérogénéité croissante des classes. Même si les deniers publics ne sont pas bien employés en mettant des agrégés devant des collégiens, il faut noter que l'agrégation reste le seul concours qui permette d'enseigner de la classe de sixième jusqu'au premier cycle de l'enseignement supérieur voir au delà ! Le corps multi-cycles d'enseignement qui pourrait devenir unique existe déjà et c'est celui des agrégés.

vendredi 15 mai 2015

Réforme du collège à visage découvert

Cette semaine, on a pu mettre enfin un visage sur le projet de réforme du collège : celui de Florence Robine, à la tête de la direction générale de l'enseignement scolaire. C'est bien cette dame qui est la cheville ouvrière de cette réforme lamentable et non le ministre, dont il apparaît qu'elle n'est plus qu'un porte parole de moins en moins crédible. Peut-être devient elle de moins en moins persuadée de la justesse de ce projet ? Mme Robine est apparue deux fois cette semaine dans les émissions C dans l'air sur France 5 et 28 minutes sur Arte. Elle a déployé tous les arguments d'un vieux tract communiste des années 1970, comme dirait notre président, pour prétendre que cette réforme allait remédier aux maux du collège actuel. Avec le ton autoritaire qui va avec. Mais la dame a paru sur la défensive, les détracteurs présents sur les plateaux ont réussi à montrer les contradictions entre les objectifs affichés et le contenu du projet. Mercredi dernier, dans l'émission Rue des école sur France culture, un débat opposait Bruno Lemaire, à la tête de la contestation parlementaire de la réforme, et Thierry Pech, président de la fondation Terra nova, partisan de la réforme. Bruno Lemaire a bien relevé toutes les absurdités du projet et s'est prononcé pour la fin du collège unique mais il s'est peu étendu sur la responsabilité de l'UMP dans les difficultés où se trouve l'école aujourd'hui. Les très contestables enseignements pratiques interdisciplinaires introduits pour le futur collège ne sont que le pendant des TPE que l'UMP au pouvoir de 2002 à 2012 n'a pas supprimé dans la dernière réforme du lycée. On a d'ailleurs peu ou pas entendu les anciens ministres UMP de l'éducation sur ce sujet, messieurs Fillon, De Robien, Darcos et surtout Chatel, responsable du gâchis actuel de l'argent du contribuable dans l'accompagnement personnalisé et les enseignements d'exploration du lycée ! Quant à N. Sarkozy, il observe un silence bien curieux sur le sujet, se contentant d'attaquer bassement la personne même du ministre. Serait-il d'accord sur le fond avec le projet du gouvernement ? Sur une question aussi cruciale que l'école, ce silence est fâcheux pour un candidat à la prochaine élection présidentielle ! On a quand même une idée sur ce qui nous attend si l'UMP revient au pouvoir en 2017 de la bouche de Bruno Lemaire : faire travailler davantage les professeurs. Il faisait remarquer dans l'émission Rue des écoles que agrégés et certifiés devaient respectivement 15h et 18h de cours. Il envisage de porter ce service à 20h pour tous, avec une rémunération supplémentaire. Je doute que les nombreux collègues déjà à la peine avec un service sans heures supplémentaires soient ravis de se voir imposer cette charge en plus, même pour une rémunération plus élevée. Quant aux collègues contraints de faire des heures en plus pour boucler leurs fins de mois, ils ne les font qu'en sachant qu'ils peuvent y renoncer chaque année.
M. Lemaire fait preuve de peu d'originalité pour redresser les conditions d'enseignement. Se rappelle-t-il que Ségolène Royal, entre autre, avait déjà proposé ce genre de mesure il y a quelques années ? En matière de politique éducative, les différences entre l'UMP et le parti socialiste apparaissent bien maigres et leur opposition ne relève hélas que la posture.

mardi 28 avril 2015

Volapük pédagogiste

Dès l'annonce du projet de réforme du collège, il semblait d'après mes lectures que les articles à ce sujet se partageaient à peu près équitablement entre partisans et adversaires. Du moins sur le net, car les reportages des journaux télévisés, surtout ceux de France 2, présentaient la réforme sous un jour des plus favorables. J'ai l'impression que ces derniers jours, ce rapport de force s'inverse, en faveur du rejet, comme en témoigne cet excellent article du site Slate.fr. Des personnalités politiques ou intellectuelles (en excluant chez ces dernières les spécialistes des « sciences de l'éducation », inspirateurs de toujours du contenu de ces réformes) prennent de plus en plus position contre ce projet. Dernier à ce jour de cette liste qui s'allonge de plus en plus, Régis Debray, invité de la matinale de France culture, qui a dit tout le mal qu'il pensait de cette réforme, notamment sur le renvoi des langues et civilisations anciennes au rang d'insipide « enseignement pratique interdisciplinaire » ou le caractère optionnel de l'étude des Lumières dans le projet des programmes d'histoire. Régis Debray n'a pas manqué d'humour en rappelant quelques expressions savoureuses du jargon pédagogiste : un crayon se dit « outil scriptural », les parents d'élèves sont les « géniteurs d'apprenants » et nager en piscine devient se déplacer dans un « milieu aqueux standardisé ». Encore plus ridicule que le célèbre « référentiel bondissant » (comprenez : un ballon) qui fit flores ces dernières années comme exemple type du volapük pédagogiste. Voilà au moins quelque chose qui ne se réforme pas dans l'éducation nationale ! Rien de nouveau sous le Soleil, hélas. A propos, les utilisateurs de ce langage savent-ils qu'ils peuvent remplacer le mot Soleil par « plasma auto-gravitant » ?

lundi 20 avril 2015

Vieux tracts pédagogistes des années 1970

Je n'ai pas écouté l'émission télévisée d'hier dont le président de la République était l'invité mais les média en ont donné heureusement un résumé exhaustif. On ne peut que se réjouir de l'aide financière apportée aux apprentis mineurs et aux exonérations de charges associées pour les entreprises. L'apprentissage doit se développer davantage en France et ce n'est pas par hasard que l'Allemagne, qui compte près de 50% d'apprentis parmi les jeunes (25% de plus qu'en France), affiche un taux de chômage des jeunes le plus faible d'Europe. L'actuel gouvernement avait pourtant envoyé il y a 2 ans un signal funeste pour l'apprentissage. On se souvient que l'ancien ministre Peillon avait annulé la possibilité d'apprentissage dès 14 ans votée par la précédente majorité. La mesure était justifiée par le peu de volume de recrutement dès cet âge : les chefs d'entreprise trouvaient que les jeunes candidats n'avaient pas assez de connaissances et de compétences. Un aveu flagrant d'échec du collège unique alors qu'il y a 40 ans, le niveau était apparemment suffisant pour devenir apprenti dès 14 ans. Cela ne va pas s'améliorer avec la réforme du collège engagée par le ministère ! Le président, apparemment grand connaisseur de tracts politiques des années 1970, a-t-il remarqué que l'idéologie qui préside à la réforme du collège engagée par son ministre de l'éducation est issue de théories constructivistes des mêmes années ? De vieilles idées, vraiment datées, qui ont fait la preuve de leur inefficacité depuis longtemps ! 
Nouvelle réjouissante ce soir, l'ancien premier ministre J.M. Ayrault, ancien professeur d'allemand, vient de rejoindre les adversaires de la réforme du collège. La suppression des classes bi-linguistes signerait la fin de l'apprentissage de la langue de Schiller au collège. Ces classes rassemblent en effet une large majorité des germanistes. Tout cela au nom d'un égalitarisme forcené qui prétend que ces classes sont « élitistes ». Encore des vieilleries des années 1970...

mercredi 8 avril 2015

Collège 2016 : Vieux gadgets pédagogiques sur fond de réduction horaire

Déjà 20 jours de grève quasi totale sur toutes les fréquences de Radio France. Le silence (véritablement radio!) commence à devenir pesant dès le lever et jusque dans la voiture. A moins de se connecter sur des stations commerciales où l'on s'agace vite à devoir supporter le ton plus que débile de la majorité de publicités. Deux semaines d'arrêt complet des émissions et on se prend à rêver d'un mouvement d'une telle durée dans l'éducation nationale. Assurément la ministre en perdrait son sourire médiatique inoxydable. Mais ne rêvons pas ! La profession est trop résignée devant ces « réformes » continuelles qui dégradent jour après jour nos conditions matérielles et morales de travail. Le projet de réorganisation (ou plutôt de désorganisation) du collège pour la rentrée 2016 mériterait pourtant à lui seul une bronca des professeurs, mais aussi des parents d'élèves. La majorité des syndicats encore lucides ont claqué récemment la porte des « négociations », sauf les indécrottables UNSA et SGEN-CFDT, officines des djihadistes du constructivisme pédagogique et partisans de la transformation des professeurs en animateurs socio-culturels. Pourtant, ces syndicats prompts à dénoncer l'organisation actuelle du collège comme étant un « mini-lycée élitiste », devraient remarquer que ce projet tend à copier encore plus l'actuel lycée général. Les « enseignements pratiques interdisciplinaires » (EPI) à tous les niveaux du collège (sauf la sixième) introduits par ce projet ne cachent pas leur parenté avec les travaux personnels encadrés (TPE) du lycée. Pas vraiment une innovation pédagogique ! Ces activités ont fait la preuve depuis longtemps de leur rendement fort médiocre, voire nul, au lycée. Paradoxalement, le document de présentation de ces « activités » précise qu'elles bénéficieront d'un volume horaire dédié alors qu'on ne le retrouve pas dans les grilles horaires par discipline de chaque niveau du collège. Voilà qui donne l'impression d'un travail pour le moins bâclé ! Quant aux thèmes de travail présentés (développement durable, Sciences et société, mondé économique et professionnel...), on peut douter qu'ils suscitent l'enthousiasme et l'adhésion des élèves devant des intitulés aussi abscons, notamment pour ceux issus de familles défavorisées. Loin de lutter contre les inégalités, comme le prétend le document ministériel, ce genre d'activité ne fait que les renforcer entre ceux qui n'ont que l'école pour acquérir des connaissances structurées et ceux qui disposeront d'aide chez eux. Pour éviter une perte de temps, les collègues soucieux d'apporter des connaissances solides devront proposer des activités dirigées en lien direct avec les programmes de leur discipline. La chose devrait être possible si ces EPI sont finalement pris sur les horaires disciplinaires, vu que la « réforme » se fera évidemment à moyens constants...