L'humoriste
Jean Yanne avait dit en son temps, alors que la légion d'honneur
venait d'être attribuée à Brigitte Bardot, que cette décoration,
comme le papier toilette, convenait à toutes les fesses. Aussi, je
comprends et je félicite notre collègue Thomas Piketty d'avoir
refusé ce colifichet hier. A l'heure d'internet, ces distinctions et
autres décorations deviennent vraiment obsolètes pour faire
reconnaître ses mérites, quels qu'ils soient ! Le quart
d'heure (ou plus) de célébrité warholien s'obtient aujourd'hui en
quelques clics. Et pour faire suite à l'article d'hier, je suggère
au gouvernement de privatiser toute l'institution de la légion
d'honneur et celle des autres « récompenses » en les mettant en vente. Voilà qui devrait rapporter quelque menue monnaie
pour contribuer à payer l'énorme indemnité à verser à Ecomouv...
jeudi 1 janvier 2015
Des étrennes pour Ecomouv, pas pour les profs !
La
société Ecomouv va recevoir de l'Etat, c'est à dire de nous, la
somme rondelette de 800 millions d'euros en dédommagement de
l'abandon de l'écotaxe par le gouvernement l'an dernier. De belles
étrennes pour commencer l'année mais on peut douter que les anciens
salariés de la société « remerciés » en profitent.
Tout cela ira sans doute dans d'autres poches mais pas dans celles
des serviteurs de l'Etat dont le point d'indice de rémunération est
bloqué depuis 4 ans (et 5 avec le nouveau millésime). L'indemnité
versée à Ecomouv représente rien de moins que 1000 euros de prime
pour chacun des 800 000 et quelques professeurs de France. Le
gouvernement a plus peur d'une petite société privée que d'une
révolte en masse de ses agents.
S'il
fallait faire un seul voeux pour 2015 ce serait celui de voir la fin
de la résignation des collègues devant l'état de la profession.
Bonne année 2015 !
PS :
Il n'est pas dit que Ecomouv ne se pourvoit pas en justice pour
obtenir plus de l'Etat !
PPS :
Cette gabegie d'argent public est à rapprocher de la privatisation
des autoroutes en 2005 par le gouvernement Villepin. Pour une somme
dérisoire, l'exploitation des autoroutes a été cédée à des
sociétés privées qui recueillent aujourd'hui un bon milliard
d'euros par an. L'actuel gouvernement nous a joué récemment un
mélodrame sur une éventuelle renationalisation avant la fin du
contrat en 2014 pour cause de hausse abusive des péages mais cela
n'a trompé personne. Les contrats d'exploitation sont parfaitement
léonins au profit des sociétés et l'Etat est pieds et points liés
devant elles. Toute hausse de la fiscalité serait répercutée sur
les usagers. Et une renationalisation ne se ferait sûrement pas au
tarif de la vente mais bien plus cher. Merci M. de Villepin et à
votre majorité de l'époque ! Pour ma part, j'emprunte le plus
souvent possible es routes nationales encore gratuites...
dimanche 28 décembre 2014
Formatés aux « compétences » dès le plus jeune âge !
Le
vocabulaire de l'éducation nationale s'infiltre jusque dans les
jouets pour jeunes enfants. Voici ce qu'on peut lire sur la boîte
d'un jeu destiné à des futurs « apprenants » en
lecture :
Nul
doute que les concepteurs de ce jeu sont de grands lecteurs des textes de notre
ministère et de ses pourvoyeurs en concepts pédagogiques !
lundi 1 décembre 2014
A voté !
J'ai
effectué mon devoir électoral ce matin sur le site des élections
professionnelles 2014. Je m'attendais à rencontrer une complication
ou un dysfonctionnement dans la procédure mais tout a bien
fonctionné ! J'avais noté la semaine dernière dans un fichier
l'adresse du site de vote ainsi que le mot de passe pour y accéder.
J'avais laissé sur mon bureau bien en évidence le papier avec le
deuxième mot de passe pour accéder à l'espace de vote. Comme mon
choix était déjà fait, cela a pris peu de temps pour le valider !
Reconnaissons qu'il faut être motivé pour voter. J'ai signalé à
plusieurs reprises la tenue de ces élections à des collègues mais
beaucoup m'ont paru résignés devant la dégradation de nos
conditions de travail et de l'évolution du système scolaire en
général. Pourtant, voilà un moyen facile de manifester son
mécontentement en choisissant parmi les listes en présence celle
qui l'exprime le mieux. Heureusement, il y en a encore, même si
certaines ne rappellent pas qu'elles ont voté avec enthousiasme la
loi de « refondation » de l'école et le changement
funeste de nos statuts. Ce serait dommage de se priver de ce moyen
d'expression. Votez !
Le site
du vote :
https://vote2014.education.gouv.fr/emg-portal-webapp/frontend/#/login
vendredi 21 novembre 2014
La bienveillance, nouveau mantra de l'Ecole
Voici
une lecture distrayante en ces journées pluvieuses d'automne :
le récent rapport du CNIRE, le conseil national de l'innovation pour
la réussite éducative. Je me suis peu penché sur la partie
« innovation » au début, où il n'est question que
d'évidences déjà en oeuvre et, en la matière, l'innovation vient
rarement « d'en haut » mais essentiellement des pratiques
pédagogiques que les collègues mènent dans leurs classes.
C'est
surtout le paragraphe III intitulé La fabrique de l'engagement :
une école bienveillante qui retient l'attention. Les
sous-parties nous annoncent successivement :
_
Installer la bienveillance dans le système éducatif. Malgré
les apparences, elle ne doit pas l'être suffisamment car voici le
diagnostic qui est présenté dans le rapport :
« De
ce point de vue, l’idée de la bienveillance s’est imposée : la
bienveillance est la condition nécessaire à l’engagement mais
aussi à l’efficacité de l’école. La bienveillance commence
avec la suppression de la tendance inscrite dans des fonctionnements
et des attitudes qui consistent à sanctionner mais aussi à
dévaloriser et à invalider. Au-delà de l’échec, il faut
prendre au sérieux les témoignages récurrents des élèves sur
le sentiment d’avoir été à telle ou telle occasion «
humiliés par l’Ecole ou les enseignants ». » Ce
constat semble singulièrement daté ! Je n'ai jamais connu de
tels cas d' « humiliation » depuis le début de ma
carrière dans toutes les instances des établissements où je suis
passé et ils furent nombreux.
L'école
bienveillante est pourtant une évidence depuis plus de 30 ans avec
la massification de l'enseignement secondaire. Il a bien fallu se
montrer bienveillant, voire laxiste, pour permettre à des élèves
qui n'avaient pas le niveau requis de passer de classe en classe et
de cycle en cycle dans l'enseignement général.
Les
rapporteurs sont incapables de faire des propositions concrètes sur
cette introduction de la bienveillance car ils suggèrent de la
demander aux équipes pédagogiques pour la rendre « explicite » !
Commençons par mettre un calicot à l'entrée de nos établissements
pour signaler « ici école bienveillante ». Ou porter un
badge des bisounours. Soit dit en passant, il faudra expliquer aux
parents en situation irrégulière en France et dont les enfants sont
scolarisés sans conditions et sans papiers pourquoi le ministère de
l'Intérieur n'est pas bienveillant avec eux comme celui de
l'éducation nationale... Il faut exiger que les autres ministères
se montrent bienveillants avec tous les usagers : Justice,
police, impôts... Ces propos valent aussi pour les entreprises :
Nos élèves ne comprendraient pas pourquoi le monde du travail se
montre si peu accueillant et bienveillant avec eux !
On nous
annonce plus loin que « les emplois du temps et les missions
doivent comporter des temps spécifiques de concertation ».
En plus des heures de cours ? Cela va sans dire, mais avec une
rémunération supplémentaire ? Rien n'est moins sûr au vu de
la redéfinition des services qui entrera en action à la rentrée
2015 dans laquelle il est prévu des tâches supplémentaires à
celles d'enseignement.
Enfin,
voici la porte ouverte à la fin du cadre national hebdomadaire du
temps de service : « reconfigurant les métiers de
l’éducation et du professorat par une réorganisation de la
semaine type de travail, même de façon dérogatoire, afin de créer
de la souplesse et de
favoriser
le partage des rôles et des responsabilités au sein des équipes. »
_
Décliner la bienveillance dans les relations : dans quel
sens faut-il entendre le verbe décliner ? S'il y a déclin
c'est bien dans les relations de l'administration avec ses
personnels.
_Organiser
la bienveillance. Répartir autrement les pouvoirs. Le rapport
parle de « déconcentration du pouvoir autrement dit une plus
grande répartition des responsabilités ». On peut se demander
en quoi consistent ces responsabilités et qui va voir les siennes
augmenter ou diminuer. Pour ce dernier cas, il est à prévoir que la
liberté pédagogique des professeurs se réduise avec le
renforcement du rôle du conseil pédagogique souhaité par le
rapport, même s'il est précisé « en tant qu'instance de
concertation ».
_
Accompagner la mise en oeuvre de la bienveillance : Dans
cette rubrique, il est question de « favoriser les
espaces de travail collectif, de co-intervention et de mise en
relation entre partenaires extérieurs et intérieurs ».
L'école est déjà ouverte sur le monde, ce n'est pas une nouveauté.
Des intervenants extérieurs y sont invités lorsque cela sert le
parcours scolaire des élèves. Mais multiplier ces interventions et
autres sorties scolaires suppose d'empiéter encore plus sur le temps
scolaire bien occupé. Les établissements scolaires ne sont pas des
forums permanents ou des agences de voyages !
Bonne
lecture !
mercredi 12 novembre 2014
L'école, c'était mieux avant ?
Voici
encore un article qui prétend convaincre le lecteur que l'école
d'aujourd'hui est bien meilleure que celle d'hier. La démonstration
n'est pas vraiment probante. La seule « preuve » avancée
par la journaliste rédactrice de l'article consiste à rappeler
cette expérience qualifiée par elle de « décoiffante »
réalisée en 1986 lors de laquelle on a fait passer les épreuves du
certificat d'études primaire à des élèves contemporains pour
comparer leurs résultats à ceux d'élèves des années 1870 dont on
avait retrouvé les copies. Il paraît que les élèves contemporains
s'en seraient mieux sortis que ceux du passé. Pourtant, il a été
montré plus récemment le contraire ! Sur l'orthographe par
exemple. On se souvient qu'il y a seulement quelques années, des
collègues de français ont fait écrire une dictée du brevet des
collèges donnée 20 ans avant. Ce fût peu glorieux pour les
« contemporains » comme on peut s'en douter ! Et
comme on le constate aussi au jour le jour dans nos copies !
La suite
de l'article aborde la mixité à l'école mais sans exposer
d'arguments sur son apport positif à l'école. Il y a encore des
écoles dans le monde, y compris en Europe, où il n'y a pas de
mixité et cela ne semble pas poser de problème aux élèves et à
leurs familles. Il m'est arrivé d'enseigner une fois dans deux
classes de lycée technologique, l'une composée exclusivement de
garçons et l'autre de filles et cela s'est très bien passé. La
mixité n'est qu'une transposition scolaire de l'évolution de la
société, elle ne constitue absolument pas un préalable
indispensable à
l'enseignement !
Enfin,
sur la discipline, si on ne peut que se réjouir de la fin des
traitements un peu brusques avec les élèves dans un passé
maintenant bien lointain, les sanctions disciplinaires restent
souvent sans effet devant certains. L'arme suprême de l'exclusion
définitive de l'établissement n'apporte pas toujours la solution du
problème mais ne fait que le déplacer.
Si
vraiment c'est mieux aujourd'hui comme le prétend l'article, l'école
française devrait faire des merveilles dans les classements
internationaux, non ?
dimanche 9 novembre 2014
Revalorisation en catégorie B, toujours rien en A...
J'ai lu
cette semaine dans ce document du ministère de la fonction publique
que la grille de rémunération des fonctionnaires de catégorie B
était en cours de reconstruction et de revalorisation depuis 2012
et qu'elle devrait s'achever en 2015. On peut lire à la fin du
document un tableau montrant les indices bruts de rémunération des
3 grades de la catégorie et l'augmentation de l'indice de départ du
premier grade. On ne peut-être que ravi pour ces collègues de voir
leur rémunération de départ revalorisée même dans des
proportions fort modestes et on se demande pourquoi il n'en n'est pas
de même en catégorie A au moins pour les professeurs néo-recrutés !
Le ministère de la fonction publique ne peut pas prétexter qu'il
n'en a pas les moyens car la refonte de la grille de la catégorie B
concerne 170 000 agents d'après le document ! Au moins autant
que ceux de nos nouveaux collègues en bas d'échelle qu'il faudrait
revaloriser. Il est vrai que parmi les agents de catégorie B
revalorisés on compte 100 000 fonctionnaires de la police nationale
et 70 000 sous officiers de gendarmerie. Vu les temps de contestation
qui courent, mieux vaut en effet s'assurer de leur soutien
indéfectible ! En attendant, nous perdrons tous 0,4% de pouvoir
d'achat le premier janvier 2015 avec l'augmentation de la retenue
pour pension civile qui passera de 9,14% à 9,54% et ainsi de suite
jusqu'en 2020 où elle atteindra 11%. Nous n'oublions pas bien sûr le gel
du point d'indice jusqu'en 2017 et très probablement au delà qui
nous fait perdre tous les ans au moins le montant de l'inflation. Ce
n'est sûrement pas avec ces arguments que l'Etat va attirer vers le
professorat des candidats de valeur en dépit des intentions qu'il
affiche !
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