jeudi 22 mai 2014

Suppression de la bourse d'agrégation

J'apprends sur le site de la Société des agrégés que des demandes de bourses d'agrégation par des étudiants seraient rejetées par l'administration. Dans la pétition en ligne pour contester cette suppression, on lit que la préparation à l'agrégation ne serait plus dans la liste des formations pour l'obtention d'une bourse d'état. S'il est vrai que cette préparation ne s'achève pas par la délivrance d'un diplôme de l'université qui la propose, il s'agit bien de candidater à l'obtention d'un des titres les plus estimables de l'Université, donc de l'Etat, l'un des derniers à ne pas avoir encore été bradé ! Les auteurs de cette suppression, dans leur fébrilité à réaliser des économies, sont bien mal informés sur l'objectif de cette préparation. Par la même, ils découragent encore plus les étudiants les plus modestes qui doivent financer 5 années d'études supérieures pour obtenir le master nécessaire pour se présenter au concours, ainsi que l'année de la préparation elle même. Pour en avoir bénéficié en son temps, votre serviteur peut témoigner de l'utilité de cette bourse alors qu'il n'avait jamais bénéficié de la moindre aide financière d'état tout au long de ses études, à une époque où ces aides étaient distribuées parcimonieusement et aux plus nécessiteux. Voici une contre publicité qui contraste avec les campagnes récentes pour susciter des vocations professorales !



dimanche 18 mai 2014

Pré-rentrée en août : pour quoi faire ?

La pré-rentrée 2014 des professeurs avait été fixée le vendredi 29 août alors qu'elle avait lieu au plus tôt le 1er septembre les années précédentes. Des syndicats envisageaient de poser un préavis de grève pour cette journée afin de contester cette reprise précoce que rien ne justifie sinon la volonté du ministère de réduire les congés scolaires d'été par les deux extrémités, en retardant la sortie en juillet et en avançant la reprise des cours le 1er septembre.
Une recherche rapide sur le net remet en mémoire que la pré-rentrée des professeurs a eu lieu le mercredi 9 septembre en 1992 puis qu'elle fut avancée au jeudi 6 septembre en 1993 et le mercredi 7 septembre en 1994. La pré-rentrée 1995 fait perdre 3 jours de congé dans le second degré où elle a lieu le lundi 4 septembre, mais une semaine dans le premier degré où elle a lieu le vendredi 1er septembre. Puis, curieusement, la pré-rentrée dans les lycées se décale le mercredi 11 septembre en 1996 mais reste au mardi 3 septembre pour les écoles et collèges. Ces dates se maintiennent en 1997 et 1998 mais la pré-rentrée en lycée est alignée sur celle des écoles et collèges en 1999 : le jeudi 2 septembre. Qu'est ce qui peut justifier un tel yoyo calendaire ? Rien ! Ceux qui ont avancé la date de la pré-rentrée 2014 au 29 août ont bien une idée derrière la tête : raccourcir encore jour par jour les vacances scolaires d'été pour une raison obscure de rythme scolaire. Mais ils ne peuvent plus prendre prétexte à une année scolaire qui serait trop chargée. Le volume horaire des classes n'a pas augmenté depuis la fin des années 1990 lorsque la rentré des classes se faisait un 10 septembre. Nous arrivions sans peine à « boucler » des programmes bien plus volumineux et exigeants pendant une année scolaire plus courte. Pourquoi les élèves actuels auraient-ils besoin de plus de temps pour en faire de même ? Quelques jours de plus ou de moins, voire une semaine, ne changera rien à la « performance » du « système » scolaire, sinon à le transformer en garderie estivale.
Devant la menace, de grève, le nouveau ministre (*) a décidé de décaler la pré-rentrée au 1er septembre. Mais il faudra récupérer cette journée ! On se demande ce que l'administration va bien pouvoir nous proposer pour occuper cette journée qui s'annonce déjà fort ennuyeuse !

(*) Ce dernier a évoqué un problème informatique pour justifier sa décision. Il est vrai que les actes de gestion des professeurs sont généralement datés du 1er septembre. Mais on ne va pas nous faire croire qu'il n'y a pas au ministère des informaticiens compétents pour changer ces dates !


samedi 17 mai 2014

Grève invisible

On veut bien croire que l'actualité de jeudi dernier 15 mai était chargée mais les journaux télévisés les plus regardés du soir même (TF1, France 2) n'ont aucunement parlé de la grève dans la fonction publique ! Pourtant la quasi-totalité des syndicats appelaient à une journée d'action jeudi et les mêmes média en avaient parlé la veille. Il était donc impossible de connaître l'ampleur du mouvement en se limitant à la télévision généraliste !
La presse en ligne n'est pas plus bavarde sur le même sujet dans ses grand titres. En entrant « grève dans la fonction publique jeudi 15 mai 2014 » dans un célèbre moteur de recherche, on aboutit à deux articles du Monde et du Parisien daté du 8 avril. Pas très frais comme information ! L'ampleur de la mobilisation aurait elle effrayée les média ? Il y avait sans doute mieux à montrer, comme cette « journée de la jupe » dans l'académie de Nantes « couverte » par le journal de France 2 le même jour. Nous sommes ravis d'apprendre que les lycéens sont en pointe dans l'égalité des sexes à l'école mais c'est un peu léger de la voir se manifester uniquement sur le plan vestimentaire. Sur ce plan, un défilé de lycéennes en bleu de chauffe ou en tenue de chantier aurait été plus démonstratif que de voir des garçons en jupe.

Pour en revenir à la grève, je me suis joint au mouvement alors que cela ne m'était pas arrivé depuis une bonne quinzaine d'années. Pour une fois que le mot d'ordre ne portait que sur une revendication phare, au lieu du catalogue habituel plus politique que professionnel, il ne fallait pas se priver de manifester son mécontentement devant la dégradation financière continue de notre métier. Le premier ministre nous répond que la contrainte budgétaire oblige à maintenir le gel du point d'indice jusqu'en 2017. Le gouvernement a pourtant bien trouvé 800 millions d'euros dernièrement pour acheter des actions d'un constructeur automobile français pour le sortir de la panade financière dans laquelle il se trouve, suite, non pas à la crise, mais à ses mauvais choix stratégiques. Je doute que cet investissement s'avère fructueux à long terme, notamment en terme d'emploi en France...

dimanche 11 mai 2014

L'art du repêchage au bac

Un article de Rue89/Le Nouvel observateur à propos des notes au bac, rédigé par un professeur, qui expose très clairement tout l'art du « repêchage » des candidats.
Je ne suis plus circonspect sur sa suggestion de fixer un seuil identique de repêchage pour tous les jurys car il deviendrait forcément public et on imagine le déluge de recours des candidats tout juste en dessous de la barre fatidique ! Même réserve à propos des jurys qui ne récompenseraient que les élèves « scolaires, dociles et laborieux » au détriment d'élèves qui manifesteraient d'autres qualités, « sociabilité, créativité, partage, solidarité... ». Mais qui empêche les élèves qui possèdent ces qualités de les manifester dans leurs copies ? Elles seront appréciées à leur juste valeur ! Une bonne note ne récompense pas uniquement une bonne réponse à des questions mais elle prend en compte les idées et arguments qui y sont développés. Il y a suffisamment d'épreuves au bac, obligatoires et optionnelles, pour exprimer tous les talents, à l'écrit comme à l'oral.


mardi 6 mai 2014

CAPES de mathématiques : toujours aussi peu de candidats !

S'il y a une courbe qui ne risque pas de « s'inverser » dans les années qui viennent, c'est bien le nombre de reçus au CAPES externe de mathématiques ! Pour la session 2014, 1243 postes étaient à pourvoir, seuls 793 candidats ont été admis soit un peu plus de 63%. Plus révélateur de la crise de recrutement, il n'y avait que 2529 candidats présents à l'écrit sur les 4583 inscrits au concours, soit 55%. La réforme de 2010 qui exige un master (bac + 5) pour se présenter au CAPES externe au lieu d'une licence (bac + 3) auparavant élimine les étudiants les plus modestes qui n'ont pas les moyens de poursuivre au-delà. Quant aux candidats munis d'un master scientifique, ils n'ont aucune difficulté à monnayer leur diplôme ailleurs que dans l'enseignement secondaire qui ne peut leur proposer que 1,2 SMIC en début de carrière ! Cette désaffection n'affecte pas seulement les mathématiques. Au CAPES de lettres classiques, il n'y avait que 156 admissibles pour 300 postes offerts. Les tristes sires qui oeuvrent à la disparition des concours de recrutement ne manqueront pas de dénoncer ces piètres performances pour pousser à leur disparition. Ce ne sont pas les concours qu'il faut supprimer mais bien la profession qu'il faut rendre plus attractive en début de carrière.



vendredi 25 avril 2014

Conseil de discipline

En plus de deux décennies de carrière, je n'ai jamais assisté à un conseil de discipline malgré mon passage dans tous les types d'établissements scolaires. Bien souvent, lorsqu'un tel conseil se réuni, on n'en a qu'un écho très limité et la décision rendue figure sur une feuille parmi d'autres sur les nombreux panneaux d'affichage. Chose inattendue que je ne croyais pas possible pour des raisons juridiques, l'émission de France Culture Les pieds surTerre diffusée à 13h30 ces deux derniers jours nous permet d'assister à deux d'entre eux. Je me suis demandé s'il ne s'agissait pas d'une émission de « radio réalité » avec des comédiens plus « vrais » que nature. Mais non, il s'agit bien de la (triste) réalité d'un collège de Roubaix ou un élève risque une exclusion définitive. Le conseil est livré tel quel aux auditeurs après une présentation plus que légèrement orientée en faveur de l'élève de la part de la réalisatrice de l'émission (le conseil est qualifié de « tribunal pour élève »). Il est vrai qu'on s'apitoierait presque à entendre le jeune potache à la lecture hésitante et penaude de son texte d'explication mêlé d'excuses de ses actes mais on est vite refroidi à l'audition des faits qui lui sont reprochés. On relève dans l'ordre  : crachats sur la chaise d'un professeur avec incitation de faire de même par les camarades de la classe, complicité de vol de téléphone, falsification de documents, miction sur le portail de l'établissement, bagarre sur le parking... La liste est chargée ! Et pourtant, la maman, qui l'air bien dépassée par les événements, assure qu'il fait sa prière régulièrement ! La piété filiale de l'élève va jusqu'à la falsification de la signature de sa mère pour des autorisations de sorties... On voudrait faire un effort d'indulgence, on n'y arriverait pas : la mère de l'élève affirme que ses enfants ne manquent absolument de rien et qu'elle les emmène en vacances quand ils le souhaitent. C'est peut-être là d'où vient le problème. A force de tout obtenir sans effort, on n'accorde plus aucun prix aux choses, ni à ceux qui les donnent. On ne peut pas non plus invoquer des difficultés scolaires, l'élève a montré qu'il pouvait avoir de bons résultats scolaires. La sanction d'exclusion n'est qu'une demi-surprise puisque l'élève était déjà en sursis d'exclusion. Que les âmes sensibles se rassurent, l'école étant bien bonne, l'élève n'est cependant pas exclu du système puisqu'il sera accueilli dans un autre collège où on espère qu'il repartira sur de nouvelles bases. La mère se désole de cette décision mais assure que son rejeton ira poursuivre sa scolarité en Algérie où à n'en pas douter, les moeurs scolaires sont sûrement plus douces !
Le plus sidérant est bien le commentaire laissé par des auditeurs sur le site de l'émission qui s'apitoient sur le « pauvre » élève victime de la « pauvre école française » aux « programmes stupides et inadaptés » et qui subit un « calvaire ». Quel calvaire en effet que d'uriner sur le portail de son collège... Je pensais que les auditeurs de France Culture étaient moins manichéens dans leurs opinions. S'ils pouvaient au moins une fois assister à un cours avec quelques énergumènes comme celui présenté dans le reportage, cela ébranlerait un peu leurs convictions. Mais s'ils ont des idées pour rendre les programmes moins « stupides et inadaptés », qu'ils n'hésitent pas à faire des suggestions à notre ministère ! En attendant leurs cogitations, il faut bien faire avec ce que l'on a en matière de discipline lorsqu'on doit accueillir tous les élèves d'une classe d'âge sans distinction de comportement et de capacités. Exclure un élève n'est pas une décision prise à la légère, d'autant qu'il faut lui trouver un établissement d'accueil s'il a moins de 16 ans. Et c'est bien souvent déplacer le problème mais lorsque ces élèves perturbent le travail d'une classe ou la tranquillité d'un établissement, c'est bien la seule mesure pouvant être prise.

PS : Il n'y a plus aucun commentaire sur la page de la deuxième partie de l'émission ! Les faits encore plus irrespectueux faits aux professeurs par cet autre élève ont laissé sans voix les auditeurs les plus indulgents...


dimanche 20 avril 2014

Agrégation : La persévérance au concours plutôt que la connivence de la liste d'aptitude.

Avec la confirmation du gel du point d'indice dans la fonction publique, il ne reste plus que les promotions d'échelons (pas encore gelées, mais pour combien de temps encore?) et les concours internes pour améliorer sa rémunération. Un de mes collègues, récemment admissible à l'agrégation interne, me faisait part de son stress à l'approche de l'oral compte tenu de son impréparation. Même s'il échoue à cet oral, je lui ai conseillé de persévérer dans ses tentatives. J'ai connu un collègue qui a fini par être reçu après 5 présentations au concours. Même si le travail régulier manque pour s'y préparer, la persévérance finit toujours par porter ses fruits. C'est en tout cas moins hasardeux que la discutable promotion par « liste d'aptitude », pour laquelle l'entregent avec les inspecteurs et le chef d'établissement sont à cultiver en priorité ! Les médisants diront que cette liste est réservée pour ceux qui n'ont pas les capacités de réussir un concours... Je n'irais pas jusque là, les collègues candidats à cette liste ont certainement des mérites à faire valoir mais l'agrégation mesure d'abord et doit continuer à mesurer l'aptitude à faire cours dans l'enseignement supérieur et la maîtrise des connaissances qui vont avec. Cet aspect essentiel n'est pas du tout évalué par la liste d'aptitude qui porte bien mal son nom ! Cette dernière ne réclame qu'un CV et une lettre de motivation. Mais les collègues qui s'y présentent ont pour seul objectif d'accéder à l'échelle de rémunération que confère le titre et le service d'enseignement abaissé de trois heures. Pour reconnaissance de leur mérite, ils auront droit à une titularisation immédiate dans leur nouveau grade alors que les collègues lauréats du concours interne seront « punis » en étant nommés stagiaires sur leur propre poste et attendre un an leur titularisation dans le nouveau corps ! On voudrait décourager les candidats aux concours qu'on ne s'y prendrait pas autrement... Mais les chiffres disent qu'il vaut mieux préparer le concours interne que faire mousser son CV sur le site iprof pour la liste d'aptitude. Pour la cession 2013, il y avait 825 postes à l'agrégation interne et 9645 présents à l'écrit mais seulement 350 postes pour la liste d'aptitude avec 14215 candidats. Rien n'empêche cependant les collègues de se présenter aux deux. Bon courage à tout ceux qui se préparent à l'oral et qu'ils n'hésitent pas à persévérer en cas d'échec.

PS : On pourra lire en complément l'article en lien ci-dessous sur le site du SAGES concernant l'accès au corps des agrégés.