vendredi 17 septembre 2021

J.M. Blanquer a-t-il échoué ?

 

C'est la question posée en gros titre de couverture de l'hebdomadaire Marianne de la semaine passée (3 au 9/09 n°1277). Si l'on s'en tient aux réformes engagées depuis sa prise de fonction, la réponse est plutôt non ! Le succès est quasi total sur ce plan. Le ministre a profité, comme ses derniers prédécesseurs, de l'inefficacité des protestations et la résignation des personnels de l'éducation, professeurs en premier. Mais, comme le souligne l'article, le ministre a plus qu'épuisé l'a-priori favorable qui était le sien à sa prise de fonction. Mais sur ce plan, la route était grande ouverte pour lui. L'école française étant tombée bien bas suite aux politiques menées depuis 30 ans (et auxquelles il n'est pas étranger lorsqu'il fut directeur de la Degesco pendant la mandature Sarkozy). Tout propos sur un retour des exigences à l'Ecole ne pouvait que flatter favorablement tout ceux qui mesurent avec consternation la chute depuis 30 ans.

Passons sur les ordres et contre ordres qui ont accompagné la gestion de la crise sanitaire ainsi que les lénifiants et convenus « remerciements » qu'il nous a adressé à maintes reprises. La réforme du lycée et du bac restent la pierre d'achoppement de son action. Il faut y inclure aussi ceux qui au ministère l'ont élaboré dans les détails. Mais ces derniers ne seront pas soumis, hélas, aux échéances électorales prochaines. Loin de simplifier et de « re-muscler » comme il l'avait promit, J.M. Blanquer l'a transformé en usine à gaz et à cases dans lequel les élèves et les professeurs ont bien du mal à s'y retrouver. Entre les épreuves communes (annulées depuis l'an dernier), les épreuves anticipées, l'introduction du contrôle continu (dont le coefficient a changé entre temps) et le « grand oral », le panorama du nouveau bac ressemble à un œuvre picturale post-moderniste difficilement déchiffrable (*). Que de complications pour un examen final dont la valeur a diminué proportionnellement au nombre de récipiendaires (je n'ose pas écrire lauréats!) a augmenté et surtout, qui ne donne aucune assurance de réussite dans l'enseignement supérieur. Quant aux résultats, la situation sanitaire n'a pas obéré les pourcentages mirobolants de « réussite » (93% pour 2021 contre 95 en 2020).

La suppression des séries du bac général, conçue pour en finir avec le déséquilibre des dites séries, a produit une dispersion des groupes classes, cauchemar dans l'élaboration des emplois du temps. Elle est déjà entamée avec une baisse de la demande de ces spécialités en première de 3,4% et 2% respectivement pour cette rentrée (**). La baisse s'accentue davantage pour les mathématiques lors du passage en terminale avec l'abandon d'une des 3 spécialités de première (20% d'abandon pour les mathématiques et 7% pour les sciences physiques). Les spécialités Sciences économiques et sociales et Histoire-géographie géopolitique sciences politiques sont en hausse respectivement de 5,7% et 3,6%. Nous voyons donc disparaître de nos classes de spécialité scientifique (sans regrets pour ma part!) les élèves les moins motivés par les sciences qui venaient auparavant remplir sans conviction l'ancienne série S vue comme un passage obligé. Localement, cette disparition est plus sévère que les pourcentages précédents. Dans mon lycée, nous avons perdu cette rentrée l'équivalent d'une classe en spécialité (sciences physiques et mathématiques) et une autre subira le même sort l'an prochain. Une solution pour le ministère à la difficulté de recruter des professeurs de mathématiques...

(*) https://eduscol.education.fr/725/presentation-du-baccalaureat-general

(**) https://www.education.gouv.fr/choix-des-enseignements-de-specialite-en-premiere-et-terminale-generale-les-lyceens-diversifient-et-306401


lundi 6 septembre 2021

Rentrée 2021

 

Cela fait presque 2 ans que je n'ai rien publié sur ce blog. Il a été difficile de suivre l'actualité tant elle fut dense dans l'intervalle et le travail en classe et hors la classe a demandé un investissement lourd avec la réforme du lycée. Il a fallut pour tous les professeurs préparer les programmes de seconde et de première simultanément, chose jamais vue auparavant. Pour ma part, j'ai dû commencer la rédaction de mes cours dès parution des programmes en janvier 2019 et poursuivre tout l'été pour application en septembre de la même année. Puis est arrivé le premier confinement en mars 2020... Que j'ai fort bien accueilli, comme un certain nombre de collègues de mon lycée. Un certain nombre d'élèves de deux de mes classes étaient devenus assez insupportables et ce fut une libération de ne plus les avoir en face physiquement. Le travail avec mes classes est passé exclusivement par l'espace numérique de travail de l'établissement et sa messagerie intégrée. Je n'ai pas fait de visioconférence, parfaitement inégalitaire pour les élèves et source de contraintes pour leurs familles. Les décrocheurs furent plus nombreux que ceux annoncés par le ministère. J'ai compté dans une classe de première technologique de 15 élèves et pour ma discipline (coefficient 16 au bac), 14 décrocheurs n'ayant pas donné signe d'existence pendant toute la période. Cela ne les a pas empêché de tous passer en terminale. Mais que faire d'eux autrement ?

Cette rentrée 2021 se fait donc à effectif complet. Dommage ! On avait finit par s'habituer et apprécier les demi-effectifs dans nos salles ventilées par courants d'air. Il va nous falloir gérer des classes chargées (en nombre et en lacunes) et parler plus fort derrière nos masques pour être audible dans toute la salle à l'acoustique déplorable, tout en tentant de respecter un protocole sanitaire aussi inapplicable que les précédents. Ceci pour un pouvoir d'achat en baisse depuis plus de 30 ans comme le montre le dossier de l'hebdomadaire Marianne dans son édition de la semaine dernière (n° 1276 du 27/08 au 2/09). On y apprend qu'un professeur agrégé a perdu 288 euros mensuels entre 1982 et aujourd'hui. Plus éloquent encore, il fallait à ce même professeur 7 années et demi pour acquérir un appartement à Paris en 1982 contre 39 années aujourd'hui ! Comme si une peine ne suffisait pas, voici qu'un report de l'âge du départ en retraite se profile à l'horizon proche. J'ai été stupéfait d'apprendre qu'il s'appliquerait à partir des générations nées dans les années 1960 alors que la réforme par points engagée par le gouvernement l'an dernier, puis suspendue (annulée?) pour raison de pandémie (on se demande pourquoi!), ne s'appliquait qu'aux générations nées après 1975. C'est formidablement rageant pour ceux qui comme moi se trouvent en fin de carrière de se voir imposer à la dernière minute une ou deux années de plus au travail alors qu'on commençait à en voir la fin ! Prédiction auto-réalisatrice : le prochain gouvernement reprendra certainement cette mesure, surtout si c'est le même ! Peut-on espérer qu'il se penche sur des aménagements de fin carrière ? Car c'est bien là où le bât blesse. Rien n'est fait aujourd'hui dans ce cadre dans la fonction publique. Hormis un changement de métier, difficilement envisageable passé 50 ans, je ne vois que le travail à temps partiel pour ceux qui peuvent se le permettre financièrement.

Bonne rentrée et bon courage à tous !


PS : Article rédigé par le truchement d'un écran plat non acquis avec une allocation quelconque !

lundi 16 décembre 2019

Journée de la dernière chance

Si la mobilisation demain contre cette réforme des retraites est aussi faible que jeudi dernier, ce sera gagné hélas pour le gouvernement ! La mobilisation a été divisée par 2 entre le jeudi 5 décembre et le mardi 10, puis à nouveau par 2 le jeudi 12. Les policiers n'ont pas eu la même peine pour obtenir satisfaction et on s'en réjoui pour eux ! Pour nous hélas, les moyens de pression sont beaucoup plus faibles et cette période de l'année ne comporte pas d'examens qui pourraient être bloqués. Le contrôle continu qui doit avoir lieu en première n'a lieu qu'en janvier (et dans de très mauvaises conditions(*) en plus!). Une action est encore possible à ce moment si le gouvernement persiste. Quant aux déclarations de notre ministre sur une éventuelle compensation de la chute de nos futures pensions de retraites, elles excluent toute revalorisation salariale. On arrive tout juste à comprendre dans ce salmigondis médiatique qu'il faudra travailler davantage pour la mériter ! Sur ce plan, il fait bien l'unanimité contre lui ! Quel contraste par rapport à l'époque de sa nomination... On note avec satisfaction la démission ce jour du ministre Delevoye, à la fois juge et partie prenante de la réforme. A la longue liste des fonctions, grassement rémunérées ou non qui étaient les siennes, on se demande comment il trouvait le temps de les assumer toutes ! On comprend dès lors que nous parassions aux yeux de ces gens pour des « paresseux » dont il faut absolument augmenter le temps de travail ! Il n'en est évidemment pas question ! 
 
(*) Deux élèves par table, sujet unique et un seul surveillant par salle !

dimanche 8 décembre 2019

Remettre le couvert!

Du jamais vu depuis 2003 ! Il faut remonter à cette date en ce qui me concerne pour voir une telle mobilisation contre un projet gouvernemental d'envergure. Mon établissement à compté plus de 80% de gréviste jeudi dernier. Le pôle administratif était même fermé et la vie scolaire très perturbée. Ce fut la même chose ailleurs en ville ! Ce mouvement de masse signe de façon inattendue la fin de la résignation de la part des collègues qui avaient supporté les « réformes » régressives accumulées ces deux dernières décennies. La coupe était pleine, voici qu'elle déborde enfin. Il ne faut évidemment pas en rester là et remettre le couvert mardi, même si ce n'est que pour un jour. Histoire de mettre sous pression le gouvernement qui a prévu d'abattre enfin ses cartes mercredi. Il s'est fait plutôt discret cette fin de semaine, nous n'entendons plus les remarques provocatrices comme la « grève des privilégiés » par le président lui-même. Encore une effort et retirez ou amendez votre « réforme » !

mercredi 4 décembre 2019

Une grève suivie et avec suite ?

Notre ministre nous adresse une lettre à l'avant veille d'une grève qui s'annonce très suivie, d'après ce que j'ai pu constater dans mon établissement et ailleurs. Son objet est de nous présenter enfin les points de la réforme qui tardaient à être divulgués.
Si son intention était de nous dissuader d'arrêter le travail demain, ses propos vont dans le sens inverse et donne des raisons pour amplifier le mouvement de mécontentement !
Ainsi, il nous promet que la valeur du point ne pourra pas baisser. Une promesse qui ne coûte rien car le simple jeu de l'inflation (près de 2% par an ces dernières années) suffit à le faire baisser mécaniquement. Ensuite, il garantit un minimum de pension de 1000 euros par mois pour toute carrière complète ! C'est peut-être viable dans un pays en voie de développement mais pas en France. Je me demande quel poste de la fonction publique peut mériter une telle pension de retraite après une vie professionnelle complète...
Les primes des fonctionnaires seront intégrés dans le calcul de la pension. Les professeurs ne sont quasiment pas concernés car il n'y a pas de primes dans l'enseignement mais des indemnités qui ne forment qu'une faible part de la rémunération. Enfin, une revalorisation salariale est envisagée pour les professeurs afin de leur octroyer le même niveau de pension que les corps équivalents de la fonction publique. C'est bien de reconnaître enfin que nous étions les grands perdants de cette « réforme », mais le président de la République a déclaré il y a quelques semaines que la charge budgétaire pour cette augmentation représentait 10 milliards d'euros, donc insupportable à son avis pour les finances publiques. Nous avons donc bien compris qu'il nous faudrait travailler plus pour mériter cette augmentation de nos traitements ! Il n'en est évidemment pas question, vu la charge actuelle que représente la réforme du lycée et les effectifs dans nos classes difficilement compatible avec la prise en charge de l'hétérogénéité des élèves.
Sans compter les taches annexes de plus en plus envahissantes qui parasitent notre cœur de métier. Cette fois, la résignation affichée par les collègues ces dernières années devant les réformes qui mettent à mal nos conditions de travail et nos statuts a fait place à l'exaspération. Comme pour le bac en juin dernier, enfin une grève des professeurs qui ne passera pas inaperçue ! Il y a fort à parier qu'un jour de grève ne suffira pas pour faire reculer le gouvernement sur ce projet. Personnellement, je suis prêt à prolonger la grève plusieurs jours comme en juin dernier mais peu de collègues le peuvent, dans un profession chaque année toujours plus contrainte financièrement. Seuls les agents du rail et de la route peuvent se le permettre et faire plier le gouvernement comme en 1995. La lutte s'annonce rude !

lundi 30 septembre 2019

Vous reprendrez bien de la tête de veau !

Même en exil sur la planète Mars, il a été impossible d'échapper au déferlement médiatique déclenché par le décès jeudi dernier d'un ancien président de la République française. Dès le soir même de l'annonce, je n'ai regardé ni écouté aucun journal télévisé et radiophonique pour échapper au déluge de « commentaires » laudateurs, d'hommages obséquieux et autres rappels d'anecdotes sur le défunt. Le peu que j'ai entendu pour ne pas avoir tourné le bouton trop tôt ou trop tard ne m'a pas permis d'entendre la moindre critique sur le bilan de la vie politique du défunt ! Tout était formidable finalement ? Car le nom de l'ancien président fait remonter à ma mémoire tous les mauvais coups de ses différents mandats ! Qui pour rappeler les frais de bouches du couple Chirac à la mairie de Paris ? 4000 F de l'époque ! A ce tarif, il y avait sûrement du homard tous les jours à table ! Et la cassette Méry ? Qui pour rappeler le « smic jeune » qui prévoyait de moins rémunérer les moins de 25 ans arrivant sur le marché du travail ? Suite aux manifestations monstres, la mesure avait été enterré par la non publication du décret d'application, histoire pour le président de ne pas perdre la face. Enfin, cerise sur le gâteau, la privatisation des autoroutes a été comme on le sait une affaire formidable pour les sociétés qui les ont achetées et une perte sèche pour les finances de l'état et une hausse sans fin pour les automobilistes !
Quant à l'éducation nationale, je suis bien en peine de trouver une seule mesure positive qui ai amélioré nos conditions de travail et celles de nos élèves pendant ses mandats présidentiels ! C'est bien plutôt le contraire auquel on a assisté ! Mais il est vrai que ses deux successeurs ont fait mieux (en pire!) en la matière... J'imagine que les gens qui formaient la longue file d'attente aux Invalides pour lui rendre « hommage » que j'ai aperçu hier sur un poste de télévision resté branchée chez des amis n'ont rien eu à subir des conséquences ou plutôt des inconséquences de sa politique économique, fiscale, du travail ou d'éducation !
Il était donc hors de question que j'accède à la demande d'une minute de « recueillement » que notre administration nous a demandé d'observer dans nos classes aujourd'hui à 15h. Cette heure correspond dans presque tous les établissements scolaires de France à un interclasse ou une récréation et maintenir les élèves en classe pour cette minute était difficile sans empiéter sur le cours suivant ! Sur le plan de la moral civique pourquoi se « recueillir » sur la mémoire d'un ancien président qui a finalement été condamné par la justice dans l'une des nombreuses affaires auxquelles il a été mêlé ? On se souvient de sa réponse à un journaliste qui le questionnait au sujet des ces affaires de malversations et auquel il avait répondu qu'elles avaient fait « Pschitt » . J'ai décidé par stricte morale républicaine que la minute de « recueillement » ferait aussi « Pschitt » dans ma classe...
PS :Je doute que les successeurs de M. Chirac bénéficient du même traitement médiatico-politique que lui à leur disparition... Et tant mieux !

mercredi 14 novembre 2018

Elections professionnelles 2018

Il faut rentrer de la planète Mars pour ne pas être au courant que des élections professionnelles dans l'éducation nationale se dérouleront à la fin du mois, après l'avalanche de courriel syndicaux dans nos boîtes électroniques ces dernières semaines. Le flot s'est tut brusquement il y a 15 jours, sans doute pour cause de clôture de la campagne électorale. En ce qui me concerne, mon choix est déjà fait, mais pour les hésitants mécontents des dernières évolutions de notre profession, il paraît évident de sanctionner ceux qui ont voté les années précédentes pour la réforme du collège et protocole PPCR, entre autres funestes réformes. Certains syndicats s'en sont vantés dans leurs missives, d'autres pas. Les non signataires le mentionnent aussi ! Les changement profonds qui s'annoncent ou se profilent (retraites, recours massif aux contractuels, fin des statuts nationaux...) seront certainement approuvés par les mêmes s'ils sont reconduits...
Comme il y a 4 ans, voter demande une certaine volonté ! Après création de son espace personnel de vote sur un site dédié, il faut récupérer auprès de l'administration de son établissement une lettre de consignes de vote. Comme si les explications du site ne suffisaient pas! Ce vote électronique n'est pas si économe en papier. Devant ces procédures, bon nombre de collègues ne franchiront pas la première étape. La majorité des votants sera celle qui a déjà ses habitudes électorales, avec peu d'espoir pour faire bouger les lignes. Espérons une mobilisation plus importante devant les enjeux pour la profession ! Bon vote !

mardi 30 octobre 2018

Quoi de neuf?

Que retenir de l'actualité fort riche ces derniers mois dans l'éducation depuis le dernier billet (et fort lointain!) de ce blog ? Je serais en peine de résumer toutes les annonces qui ont été faites par le ministre et son ministère mais il devient cirant que les bonnes intentions affichées l'an dernier en début de mandat se heurtent en ce début d'année scolaire à l'objectif majeur du gouvernement de réduire la voilure de la fonction publique ! La volonté affichée de donner plus de contenu aux enseignements est en contradiction avec les réductions de postes annoncées dernièrement. Nos classes, et notamment celles de seconde générale sont de plus en plus chargées avec des élèves de niveau encore plus faible, conséquence de la désastreuse réforme du collège de la précédente majorité. En dépit de la bonne volonté de mes nouveaux élèves de seconde, j'ai constaté qu'il ne restait pas grand chose de leur précédente scolarité et que calculer la distance parcourue par un objet à une vitesse donnée pendant une durée donnée posait problème pour la majorité d'entre eux alors que ce genre de tâche élémentaire est censé être acquise au sortir du collège !
Mais le coup de plus rude porté à la fonction publique ces dernières semaines est bien celui du futur régime unique de calcul des retraites ! Ce n'est pas vraiment une surprise, puisqu'il avait été annoncé par le candidat Emmanuel M. en campagne présidentielle. On ne peut pas lui reprocher d'appliquer les mesures qu'il a promises. J'entends encore les inquiétudes d'une amie collègue de ma génération sur le montant de sa future pension suite à cette réforme et m'avouant qu'elle a voté pour l'actuel président. On peut difficilement couper plus efficacement la branche (très frêle) sur laquelle on est assis ! Le ministre des (mé)comptes publics a vaguement évoqué la prise en compte des primes et autres indemnités pour compenser (le moins possible évidemment!) la forte baisse des pensions que porte la future réforme. Mais ces indemnités ne représentent qu'une très faible part de la rémunération des professeurs. Nous sommes donc doublement floués dans cette réforme ! Mais c'est bien le but : réaliser de substantielles économies avec le corps le plus nombreux de la fonction publique d'Etat. Le même ministre des (mé)comptes publics annonçait hier un recours accru aux contractuels pour remplacer les titulaires, ces derniers étant invités à démissionner par la même occasion ! Et avec une prime de départ de deux années de traitement. Quel cadeau ! Il me vient une bonne idée : démissionner deux années avant de la date prévue de la retraite. En faisant semblant de chercher du travail dans le secteur privé, puisque ce sera sans doute la condition au versement de cette royale indemnité ! Hélas, je crains qu'un âge limite soit fixé pour prétendre à démissionner de façon à ne pas profiter de cette aubaine. Sinon, le corps professoral risque de vider par le haut de la pyramide des âges. Mais le gouvernement aura du mal à motiver des candidats contractuels et vacataires alors que le recrutement de titulaires pose problème dans un nombre croissant de disciplines...

dimanche 18 février 2018

Réforme du lycée : pas de disciplines gagnantes mais pas de perdantes !

La réforme de la voie générale du lycée présentée mercredi dernier par le ministre est finalement proche de ce qui figurait dans le rapport Mathiot. C'est bien un parcours presque à la carte qui est proposé dans le cycle terminal du lycée (première + terminale) entérinant ainsi la disparition des séries telles qu'on les connaissait. Suite (et fin) logique à un premier resserrement au début des années 1990 qui avait vu la disparition des série A, B, C, D et E au profit de ES, L et S pour la série générale. Le tronc commun est réduit au minimum. On savait déjà que les sciences de la nature (sciences physiques et SVT) disparaissent du tronc commun mais c'est une surprise de voir les mathématiques en sortir aussi ! Toutes les sciences sont remplacées dans le tronc commun par un enseignement d' « humanités scientifiques et numériques » de 2h en première et en terminale. Une économie d'heures de mathématiques et donc de postes bien opportune à l'heure où il est difficile de trouver des professeurs de cette discipline. Il faudra quand même informer les élèves qui choisiront l'enseignement de spécialité en sciences économiques et sociales qu'il serait de bon ton pour des études supérieures dans ce domaine de prendre également celui de mathématiques ! Le choix des enseignements de spécialité devra donc se faire en cohérence avec un projet d'étude déjà identifié. Une information sur les enseignements à choisir pour telle ou telle poursuite d'étude devra être donné aux élèves de seconde.
Il ne serait pas étonnant de voir se reconstituer des filières très proches de celle que nous avons connu dans les années 1980 pour les mettre en adéquation avec les filières du supérieur et pour arriver à gérer les emplois du temps des classes. Ce dernier point ne représentant pas une mince affaire.
Côté scientifique, pour la classe de première, l'horaire de mathématiques ne bouge pas (4h). En revanche, ceux de sciences physiques et SVT augmentent d'une heure chacun ! Cela signe-t-il enfin le retour à une série scientifique digne de ce nom ? On attend évidemment le contenu des programmes pour en juger mais cette augmentation d'une heure devra se traduire par un contenu plus riche.
En terminale, l'horaire de spécialité de mathématiques reste également à 6h mais il apparaît un enseignement optionnel de 3h de « mathématiques expertes » qui permet de porter l'horaire de cette discipline à 9h soit celui de l'ancienne terminale C. Il y a encore un an, on n'osait espérer une telle restauration ! En sciences physiques, l'horaire passe à 6h au lieu de 5h actuellement mais l'enseignement de spécialité disparaît et c'est fort dommage. Comme les mathématiques, les SVT sont gagnantes car le volume horaire passe à 6h soit 30 minutes de plus que l'horaire actuel (3,5h) plus celui de spécialité (2h).
Pour les humanités, je n'ai pas cherché les volumes horaires en vigueur, mais le tableau ci-dessous montre des horaires identiques (4h en première et 6h en terminale) à ceux des disciplines scientifiques. Contrairement à ce qu'on a pu entendre de certains commentateurs dans les média, il n'y a aucune matière « sacrifiée » par rapport aux autres. Ces mêmes commentateurs ont déploré aussi une spécialisation plus précoce des élèves. Ce n'est pas le cas puisque la classe de seconde n'est pas modifiée pour la rentrée 2018. En revanche, je reste dubitatif sur l'item « Orientation » qui figure dans la nouvelle grille et l'horaire annoncé de 1h30 par semaine. Que va-t-on pourvoir faire aux élèves (sur les 2 années?) pendant ces séances ? Une préparation au fameux grand oral annoncé pour le bac ? Ce serait le plus logique mais pas en adéquation avec l'intitulé. L'orientation requiert un suivi mais pas à raison d'une heure trente par semaine ! 
http://www.education.gouv.fr/cid126438/baccalaureat-2021-un-tremplin-pour-la-reussite.html
 
 

dimanche 21 janvier 2018

Réforme du lycée : déjà prête ?

La commission Mathiot devrait rendre son rapport sur la prochaine réforme du lycée après ses consultations de l'automne dernier. Beaucoup de choses ont été évoquées par les organisations auditionnées et les membres de la commission elle même. Il serait hasardeux de dire ce qui pourra être retenu par le gouvernement dans son projet mais il a été fait état d'une organisation modulaire du lycée avec un éclatement des séries actuelles. Ce serait donc la résurrection des anciennes séries connues jusqu'à la fin des années 1980 dont on ne peut pas nier qu'elles avaient fait leurs preuves. Elles permettaient au moins à chaque lycéen de trouver une série à son goût, même en sciences avec les séries C, D et E qui offraient des horaires différents dans les disciplines scientifiques. Et que dire du bac littéraire (série A) qui a compté de mémoire jusqu'à 12 sous séries différentes ! Cette option paraît plus probable qu'un lycée totalement à la carte car il serait ingérable au niveau des emplois du temps des classes. Comment va s'organiser la classe de seconde ? Va-t-on en finir avec l'actuelle qui n'est plus que la cinquième année du collège ? Une organisation du lycée (général) avec des filières plus typées devrait commencer dès la seconde. Dans ce cas, le suppression des « enseignements d'exploration » au rendement quasi nul est impérative et la restitution de leur horaire aux enseignements disciplinaires l'est encore plus ! Nos élèves ont déjà développé leur goût pour certaines disciplines dès la fin du collège. Autant leur permettre de faire un choix sans attendre la fin de la seconde. A condition de pouvoir changer de série en cas de déception ! Je fais le pari que l'organisation générale est déjà prête dans ses grandes lignes : notre chef d'établissement nous a convoqués la semaine prochaine en « conseil pédagogique ». La réforme du lycée y est à l'ordre du jour ! J'imagine qu'on ne nous a pas « invités » pour faire état des pistes évoquées lors des auditions de la commission Mathiot... Rendez-vous la semaine prochaine.

mercredi 8 novembre 2017

Six mois après

Quel bilan sommaire effectuer dans le domaine éducatif 6 mois et quelques après l'élection présidentielle ? Que les défenseurs d'une école qui instruise sont ravis du départ définitif de l'ancienne ministre et des premières mesures prises par son successeur : fin (ou presque) des EPI au collège, rétablissement des classes européennes, bi-langues et des langues anciennes, fin de l'interdiction du redoublement. C'est un mieux indéniable même si les réductions d'heures de cours de la réforme du collège n'ont pas été annulées. Rappelons pour mémoire que le nombre d'heures de mathématique en classe de troisième avait été amputé d'une demi-heure par rapport à l'ancienne grille. Une nouvelle preuve s'il en est encore besoin que ces réductions d'horaires n'ont d'autre but que de faire des économies ou de masquer la pénurie de professeurs dans certaines matières.
On ne peut que se réjouir également de la fin du tirage au sort pour l'entrée dans certaines filières universitaires. Nous en étions arrivés à la situation stupéfiante de voir des bacheliers aux notes médiocres souffler la place à d'autres munis de mention très bien ! La fin de cette injustice s'accompagne également de la refonte du logiciel d'affectation dans le supérieur suite à son naufrage au printemps dernier. Les quelques 60 000 lycéens sans affectation en juillet et les élèves actuellement en terminale ne descendront certainement pas dans la rue pour le défendre ! Le plan étudiants présenté par le ministère ne donne pas vraiment dans la sélection à l'entrée à l'Université. Il n'est question que d'attendus pour réussir dans chaque filière et « la prise en compte du profil de chaque lycéen ». Mais en cas de dépassement des capacités d'accueil ? Ces capacités seront-elles augmentées suffisamment comme l'indique le plan ? Il faut donner aux universités les moyens juridiques de sélectionner des bacheliers qui se présenteraient en surnombre dans les filières très demandées. Les notes obtenues au bac paraissent le critère le plus équitable. On souhaite bon courage aux collègues de terminale qui devront examiner en conseil de classe les projets post-bac de leur élèves. Voilà qui risque allonger sérieusement leur durée s'il faut examiner les 10 vœux que chaque élève pourra formuler ! La présence d'un deuxième professeur principal en terminale comme annoncé dans le plan ne devrait pas accélérer les choses. Au passage, on peut se poser la question de la rémunération de ces deux professeurs. Recevront-ils l'indemnité de professeur principal entière ou devront-ils la partager ?
Le bilan est hélas négatif côté financier pour la profession. Le gel du point d'indice pour l'année 2018 n'est pas une surprise, on ne s'attendait pas à la prolongation de son dégel très provisoire l'an dernier. La mesure avait un but clairement électoraliste de la part du précédent gouvernement. Il est à parier que ce gel se prolongera pendant toute la durée du quinquennat. Même le protocole PPRC a été revu à la baisse puisque les maigres mesures de revalorisation échelonnées jusqu'en 2020 sont provisoirement gelées. La hausse de la CSG aura elle bien lieu en janvier 2018 et sa compensation n'est certifiée que par une déclaration orale du ministre des (mé)comptes publics. Le rétablissement du jour de carence constitue une mesure vexatoire supplémentaire pour toute la fonction publique. Pas de quoi résoudre durablement les difficultés de recrutement dans notre profession !

lundi 15 mai 2017

Retournements de veste express

Serge Gainsbourg, à qui certains reprochaient d'avoir retourné sa veste, répondait qu'il l'avait retournée après s'être aperçu que la doublure était en vison. Il aura fallu à peine 24h après le résultat du 2ème tour pour que certains retournent déjà leur veste après avoir appelé à cor et à cri à voter pour E. Macron... Il suffit de jeter un œil à nos boîtes courriel académiques pour y trouver les messages de certains syndicats nous invitant à voter pour le candidat solidaire d'un gouvernement dont il fut membre et qui à imposé une soit disant « refondation » de l'école et la réforme du collège. Syndicats qui ne s'y sont pas opposés fermement ou les ont soutenus plus ou moins mollement. Mieux, l'un d'eux affiche son « soulagement » à l'élection de M. Macron dans un courriel reçu jeudi. Tout devrait donc baigner dans la félicité !
Mais voici que vendredi matin, une porte parole de ce syndicat déclare sur France Culture d'une part qu'il n'a pas appelé à ce vote (mensonge!) et d'autre part qu'il n'est plus d'accord avec les projets pour l'école affichés par le nouveau président ! Ces projets étaient pourtant connus avant l'élection. Il fallait y réfléchir avant de lancer cet appel vibrant au vote présenté comme le seul « républicain ». Spectaculaire et rapide retournement de veste. La doublure sera elle en vison pour que le nouveau ministre de l'éducation puisse les caresser dans le sens du poil ? Il ne s'agit là évidemment que d'une gesticulation qui vise à montrer leur existence face au nouveau pouvoir et quémander quelques bonnes places.
En attendant, il semble avoir échappé à ces syndicats le projet du nouveau président de confier aux chefs d'établissement le recrutement des professeurs. Mais confier la liberté de recruter, c'est aussi la liberté de remercier ! C'est ce qu'a rappelé un reportage du journal de 20h de France 2 mercredi dernier. La majorité des collègues qui ont voté pour Emmanuel M. sont-ils prêts à accepteur ce genre de « réforme » ? Dans l'affirmative, il leur faudra avoir l'échine souple et ménager leur direction mais aussi, les élèves et leurs parents. Qui osera donner de mauvaises notes après cela ?
Petit espoir pour finir : le nouveau président entend imiter le système des dépouilles américain qui consiste à remplacer les hauts fonctionnaires de l'administration à l'arrivé d'un nouveau chef de l'état. Je verrais avec joie la sortie rapide du ministère de l'éducation des apparatchiks qui s'y vautrent depuis trop longtemps. Et leurs réformes en projet avec.

samedi 6 mai 2017

Quelques heures pour faire un choix

Les électeurs se sont chargés il y a 15 jours de sortir les deux candidats anciens ministres de l'éducation dont j'avais dit dans le billet précédent tout le « bien » qu'ils avaient fait pour l'école et pire, le projet de continuer dans la même voie ou presque. Nous voici donc avec deux finalistes dont les programmes sont aux antipodes l'un de l'autre, du moins sur le plan économique dont c'est le seul hélas qui est mis en exergue ces derniers jours. L'éducation est passée à la trappe et je n'ai pas eu le courage d'aller plus loin que les 15 premières minutes du débat télévisé de mercredi dernier. Il nous reste les points de vue exprimés dans les réponses des candidats au formulaire de la société des agrégés dont j'ai donné le lien dans le billet précédent. Il y a un point commun dans les propositions des deux finalistes : la volonté de revaloriser l'enseignement professionnel en lycée et par la voie de l'alternance. E. Macron ne semble pas vouloir une orientation professionnelle au niveau du collège qu'il conserve tel quel, à l'exception d'un retour des classes bilangues ou européennes là où elles ont disparu et d'une restauration des horaires des langues anciennes. En revanche M. Le Pen souhaite la fin du collège unique et une orientation dès la 5ème avec une possibilité de retour dans l'enseignement général. Le lycée général et le bac ne sont pas évoqués par les deux candidats dans leurs lettres mais les média ont fait part de la volonté de E. Macron de réduire l'examen final à 4 épreuves écrites, les autres matières étant évaluées par contrôle continu. Sur ce dernier point, on peut déjà prévoir que les exigences ne seront pas les même d'un lycée à l'autre et il est fort à parier que des pressions locales s'exerceront sur les professeurs évaluateurs pour que le nombre de reçus à l'examen ne soit pas inférieur à ce qu'exige l'institution !
En ce qui concerne la gestion de carrière des professeurs et les conditions de travail, M. Le Pen souhaite réduire l'affectation des agrégés en collège pour les redéployer vers les lycées, les classes post-bac et l'Université à travers les postes « Prag ». Elle souhaite également mettre fin aux rendez-vous de carrière prévus dans la réforme dite PPCR pour revenir au système des inspections, ces dernières devant être plus régulières. Enfin elle propose un alignement progressif de nos rémunérations sur la moyenne européenne. Pour sa part, E. Macron ne veut pas d'une affectation de débutants dans l'éducation prioritaire et il propose une prime de 3000 euros aux courageux volontaires en plus des primes existantes. Et dire que notre actuel ministre est persuadée qu'on ne fait pas ce métier pour de l'argent ! Aucune autre revalorisation en revanche pour tous les autres à l'exception d'une « baisse de cotisation » comme pour les salariés du privé. S'agit-il de revenir sur l'alignement de la cotisation retraite sur celle du régime général pour laquelle nous constatons tous les ans la hausse continuelle et non négligeable ? On peut en douter car il a déclaré par ailleurs vouloir un régime unique pour tous. Cela augure mal pour le calcul des retraites de la fonction publique qui ne serait plus calculé sur les 6 derniers mois de carrière...
Au chapitre de la formation professionnelle, E. Macron souhaite un « développement de la recherche » dont il ne précise pas l'objet, mais on se doute qu'elle est de nature « pédagogique ». Espérons qu'elle ne signe pas le maintien de la férule pédagogiste à l'oeuvre depuis 40 ans... E. Macron nous promet 3 jours de formation continue, sans préciser la fréquence (annuelle, peut-on supposer) ainsi qu'une gestion des carrières « plus proches du terrain ». Cette proximité se plaçant dans le cadre d'une autonomie accrue des établissements dans laquelle il souhaite que les parents aient une implication plus grande. Enfin, il affirme que les suppressions de postes dans la fonction publique n'affecteront pas l'éducation nationale.
Il ne reste plus qu'à faire son choix ! Un dernier mot sur les appels de certains syndicats à voter pour E. Macron. Il est étonnant de voir les directions de ces syndicats prendre parti aussi ouvertement pour un candidat partisan de la mondialisation tandis que leurs militants de base luttent pour le maintien des emplois menacés par les délocalisations induits par cette même mondialisation ! Encore un gouffre entre le peuple et ses représentants...

vendredi 21 avril 2017

Le bon grain de l'ivraie

La campagne électorale touche à sa fin. La succession rapide des événements spectaculaires qui l'a marquée m'a pris de court pour trier le bon grain de l'ivraie sur le thème de l'éducation. A titre personnel, c'est uniquement sur ce sujet que je ferai mon choix car il me semble que le projet d'un candidat sur ce que doit être l'école en dit déjà long sur le reste de son programme. Ainsi, nous pouvons faire l'économie d'examiner les propositions des deux candidats des deux partis de gouvernement qui se sont succédé au pouvoir ces 3 dernières décennies car ils ont étés ministres de l'éducation tous les deux, même si l'un ne l'est resté que 4 mois. Ce fut suffisant pour se rendre compte que ce dernier assumait sans broncher la continuité de l'oeuvre de sape de ces prédécesseurs et qu'il persiste sur cette voie dans ses propositions. L'idée la plus saugrenue du projet de B. Hamon me paraît être ce revenu universel à verser en priorité aux jeunes de 18 à 25 ans au prétexte que les emplois en France seraient trop rares ! Ce n'est évidemment pas l'emploi qui est rare mais l'absence de formation pour occuper des postes qui ne manquent pas dans certaines professions. Plutôt que de donner de l'argent sans contrepartie à des jeunes dans la force de l'âge, le bon sens voudrait qu'on l'utilise pour financer des formations qualifiantes. Il y a cependant peu de chance de voir B. Hamon figurer au deuxième tour dimanche soir, vu les derniers sondages, même s'ils sont à prendre avec des pincettes.
Quant à F. Fillon (que certains ont renommé F. Fuyons!), plombé par une mise en examen mais toujours aussi droit dans ses bottes souillées, il fait preuve d'une incroyable méconnaissance du métier de professeur lorsqu'il propose sans rire une rémunération au mérite ! Comment un ancien ministre de l'éducation, resté à ce poste plusieurs années ignore-t-il que l'avancement dans notre carrière se fait depuis toujours au « mérite » par l'intermédiaire de 2 notes, l'une pédagogique, l'autre administrative. Nos chers inspecteurs et chefs d'établissement, qui attribuent ces deux notes, ont toute latitude pour « juger » du « mérite » de tel ou tel collègue et donc favoriser un avancement plus rapide. Cela fait singulièrement tache pour un candidat qui revendique haut et fort son « expérience » du pouvoir. Enfin, comment le prendre au sérieux lorsqu'il propose la suppression de 500 000 postes de fonctionnaires ? Sachant qu'il n'aura aucun pouvoir sur la fonction publique territoriale, il ne peut s'attaquer qu'aux fonctions publiques hospitalière et d'Etat. Or la première est déjà en tension et la deuxième a déjà fait l'objet de réductions drastiques lorsqu'il était premier ministre. Ce serait reconnaître de facto qu'il n'a pas fait complètement le travail !
Je n'ai hélas par le temps de détailler les propositions des autres candidats. Pour s'en faire une idée rapide sans avoir à chercher longuement sur le net, je propose au lecteur indécis sur son vote d'aller voir sur le site de la Société des agrégés qui a rassemblé leur réponse à un questionnaire. Le lecteur se rendra compte qu'une réponse se détache nettement des autres. D'abord par la qualité de sa rédaction puis par la lucidité du constat de l'état de l'école. Les propositions pour y remédier ne sont pas en reste et elles sont évidemment en rupture avec le pédagogisme à l'oeuvre depuis 40 ans en France. A vous de trier le bon grain de l'ivraie et rendez-vous entre les deux tours.

lundi 5 décembre 2016

Renoncement mais pas reniement

Jusqu'au dernier moment, j'ai bien cru qu'il se présenterai pour un second mandat présidentiel. On ne sait jamais, il aurai pu avoir un dernier élan de culot et d'audace comme son prédécesseur et mobiliser ses dernières troupes sur un nouveau programme en faisant croire que cette fois, il serait tenu ! La corde était trop usée et les sondages trop bas. Après l'hécatombe électorale qui balaye le personnel politique en place du Royaume-Uni, aux Etats-unis, en passant par les primaires de la droite chez nous et la nuit dernière en Italie, il était déraisonnable de persister !
Ce renoncement est aussi un aveu d'échec, même s'il a présenté un bilan plutôt flatteur de son action. En considérant uniquement la politique menée sur l'éducation pendant ce mandat finissant, ce qui nous intéresse ici, le bilan négatif est sans appel. Il est hélas dans la continuité du précédent, à la seule différence près de l'arrêt des suppressions de postes. Cependant, les 60 000 emplois promis sur le quinquennat n'ont pas été pourvus comme cela a été montré par un grand nombre d'observateurs de l'éducation. Nous retiendrons au passif de cette politique l'ineffable réforme du collège qui va poursuivre l'entreprise de sape de l'instruction et dont on peut déjà prévoir l'échec à réduire les inégalités, pourtant son principal objectif. La preuve, elle aura les même résultats que sa grande sœur et inspiratrice, la réforme Chatel du lycée dont on peut mesurer l'échec pour les élèves de terminale S au vu de l'enquête internationale TIMSS publiée récemment. Même la presse de connivence avec la rue de Grenelle s'en fait l'écho. On attend sans surprise la prochaine enquête PISA qui devrait confirmer cette descente aux tréfonds des classements.
Notre ministre n'a en tout cas pas perdu de temps pour quitter la navire (ou plutôt le pédalo et son capitaine!). On l'a vu au premier rang des spectateurs/acteurs de la soirée des organisateurs des prochaines primaires de la gauche samedi dernier. Sans doute pour faire passer la prochaine réforme du lycée, en attente dans les placards paraît-il, au futur candidat ? Dans tous les cas, elle sera mise en œuvre dans les grandes lignes que nous connaissons trop bien : réduction des horaires disciplinaires, extension des « activités » de type constructiviste, évaluation par compétences généralisée, etc. Dans l'autre camp, il ne faut pas trop compter sur François Fillon, élu président, pour y mettre un coup d'arrêt, lui qui les a maintenues lorsqu'il était ministre de l'éducation. Je doute que l'ancien promoteur qu'il fut en 2005 du « socle de connaissances et de compétences » véritable smic éducatif sans ambition ai retourné sa veste...
Ce qui m'inquiète le plus dans ce qu'il a présenté de sa future action est sa volonté d'augmenter fortement notre charge d'enseignement. Je n'ai aucune intention de passer de 15h de cours devant 35 élèves à 20h obligatoires par semaine. Et si en plus ces heures ne sont pas payées ou si peu, la coupe sera vraiment pleine. Hélas, ce ne sont pas mes collègues, jeunes dans leur grande majorité, qui effectuent ces services de 20h ou davantage qui descendront dans la rue pour protester. A moins que la perspective de ne plus pourvoir redescendre à 18h ou 15h après 25 ans d'enseignement comme votre serviteur, ne les y contraigne. Mais il sera sans doute trop tard...

jeudi 15 septembre 2016

Fermeture d'usines : une impuissance gouvernementale organisée

En matière de politique industrielle, l'actuel gouvernement (mais on peut y ajouter les précédents) fait preuve d'autant, voire plus, d'impéritie qu'en matière d'éducation. La grande différence et non des moindres est qu'il peut de moins en moins y imposer ses décisions ! Et pour cause, puisque depuis plusieurs décennies, les gouvernements successifs ont favorisé la désindustrialisation de la France. Dès lors, s'opposer autoritairement à la fermeture d'une usine justifiée économiquement et prévue plusieurs mois voire années auparavant relève d'une posture hypocrite de la part du gouvernement.
Proposer des commandes publiques ne garantit pas que l'usine en difficulté gagnera l'appel d'offre et contrairement à d'autres pays bien plus avisés, la France ne peut même plus imposer que la construction des biens commandés soit réalisée sur le territoire national. Le gouvernement est donc pieds et poings liés pour s'opposer durablement à la fermeture de l'usine Alstom de Belfort, comme d'autres auparavant. Tout au plus, il espère retarder la décision inéluctable jusqu'aux élections de l'an prochain et ainsi refiler la patate chaude à son successeur. Ce dernier ne pourra qu'en prendre acte, au nom de l'adaptation aux « réalités économiques ». Pendant ce temps, notre matériel ferroviaire, surtout les trains Intercités, continue sa dégradation après 40 ans de service. En témoigne cette photo que j'ai prise de la rame Corail que j'ai emprunté pour un trajet entre Narbonne et Toulouse en début d'année. Aussi loin que remontent mes souvenirs de voyageur, je n'avais pas vu un tel délabrement des voitures de la SNCF à l'extérieur et à l'intérieur. Voici au moins un domaine dans lequel on peut affirmer que c'était mieux avant ! Comme on regrette les voitures « grand confort » des années 1970 à 1990 envoyées à la casse après seulement 25 ans de service. Mais j'imagine qu'elles seraient dans le même état aujourd'hui que les voitures Corail... Il paraît que ces dernières seront remplacées par du nouveau matériel de chez Alstom d'ici... quelques années. Nous les attendons avec impatience !

Fermeture d'usines : une impuissance gouvernementale organisée

En matière de politique industrielle, l'actuel gouvernement (mais on peut y ajouter les précédents) fait preuve d'autant, voire plus, d'impéritie qu'en matière d'éducation. La grande différence et non des moindres est qu'il peut de moins en moins y imposer ses décisions ! Et pour cause, puisque depuis plusieurs décennies, les gouvernements successifs ont favorisé la désindustrialisation de la France. Dès lors, s'opposer autoritairement à la fermeture d'une usine justifiée économiquement et prévue plusieurs mois voire années auparavant relève d'une posture hypocrite de la part du gouvernement.
Proposer des commandes publiques ne garantit pas que l'usine en difficulté gagnera l'appel d'offre et contrairement à d'autres pays bien plus avisés, la France ne peut même plus imposer que la construction des biens commandés soit réalisée sur le territoire national. Le gouvernement est donc pieds et poings liés pour s'opposer durablement à la fermeture de l'usine Alstom de Belfort, comme d'autres auparavant. Tout au plus, il espère retarder la décision inéluctable jusqu'aux élections de l'an prochain et ainsi refiler la patate chaude à son successeur. Ce dernier ne pourra qu'en prendre acte, au nom de l'adaptation aux « réalités économiques ». Pendant ce temps, notre matériel ferroviaire, surtout les trains Intercités, continue sa dégradation après 40 ans de service. En témoigne cette photo que j'ai prise de la rame Corail que j'ai emprunté pour un trajet entre Narbonne et Toulouse en début d'année. Aussi loin que remontent mes souvenirs de voyageur, je n'avais pas vu un tel délabrement des voitures de la SNCF à l'extérieur et à l'intérieur. Voici au moins un domaine dans lequel on peut affirmer que c'était mieux avant ! Comme on regrette les voitures « grand confort » des années 1970 à 1990 envoyées à la casse après seulement 25 ans de service. Mais j'imagine qu'elles seraient dans le même état aujourd'hui que les voitures Corail... Il paraît que ces dernières seront remplacées par du nouveau matériel de chez Alstom d'ici... quelques années. Nous les attendons avec impatience !

mercredi 24 août 2016

Un candidat de plus...

J'avais en chantier ce mois-ci la rédaction d'un article sur le projet pour l'Ecole du parti Les républicains en vue de la prochaine élection présidentielle. Mais voici qu'avant hier, un certain Nicolas S. annonce sa candidature à cette élection dans un livre à paraître demain. Le texte programme de Les républicains a le mérite d'être disponible gratuitement sur le site du parti et il peut donc être consultable par tous. Ce n'est pas le cas de celui de son président car il faut faudra bourse délier pour le consulter intégralement. Nous devons donc nous contenter des quelques bribes diffusées dans les média. Elles sont déjà suffisantes pour avoir une idée des intentions de son rédacteur. Elles ne constituent pas une surprise puisqu'elles avaient été déjà mises en œuvre lors de sa présidence. Le non remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite par exemple. Mais le candidat souhaite l'étendre à la fonction publique territoriale. On se demande comment il va procéder puisque les collectivités territoriales ont la maîtrise de la gestion de leur personnels. L'augmentation du temps de travail des professeurs n'est pas non plus nouvelle. On retrouve d'ailleurs cette proposition dans le programme de son parti. Il reste à savoir comment cette mesure sera réalisée. Par une obligation d'effectuer plus d'heures supplémentaires au-delà de la seule actuellement imposable ? Et seront-elles payées au tarif actuel ? Dans tous les cas, les heures supplémentaires sont déjà une dure réalité pour de nombreux collègues qui doivent en faire afin de boucler leur fin de mois. La seule noisette de beurre à mettre dans les épinards est la proposition de les défiscaliser, mesure déjà mise en œuvre du temps de sa présidence et supprimée par la majorité actuelle. Rien en revanche sur le gel du point d'indice de la fonction publique qu'il avait décidé en 2010 et que son successeur a poursuivi. Mais on peut être certain qu'il rétablira cette mesure vu qu'il refuse toute augmentation générale des traitements, lui préférant une rémunération « au mérite » (qui reste évidemment à définir!). Je passe sur la proposition de réduction de l'impôt sur le revenu pour en venir sur l'augmentation de l'âge de la retraite. N. Sarkozy annonce une passage à 63 ans dès 2020 puis 64 en 2025. Une amie-collègue de mon âge pensait que notre génération ne serait plus affectée par de futures augmentations de l'âge de la retraite vu la proximité (relative) de ce dernier. Je vais devoir la détromper à la rentrée si elle n'a pas eu vent de cette mesure ! Cerise sur le gâteau des futurs retraités de la fonction publique, l'ancien président promet également un alignement du calcul des pensions sur celui du privé. Là encore, ma collègue n'y croyait pas non plus ! Après cela que restera-t-il des « avantages » d'effectuer une carrière dans la fonction publique ? La sécurité de l'emploi ? Elle est toute relative et ce serait bien le dernier « avantage ». Voilà qui fera fuir définitivement les rares candidats de valeur aux concours de recrutement et on ne peut pas leur donner tort ! Cette mesure vexatoire ne rapportera d'ailleurs pas grand chose en terme d'économies pour l'Etat. Hormis les collègues entrés tardivement dans la carrière, la plupart d'entre-nous parvient au dernier échelon de rémunération une bonne dizaine d'années (voire quinzaine) avant l'âge de départ. Un calcul sur les 15 ou 20 dernières années ne changera que peu le montant de la pension. Le cas est bien sûr différent pour ceux qui accèdent à la hors classe. Mais la majorité de la profession n'a pas cette chance. Economies de bouts de chandelle...
On peut parier que les propositions précédentes qui consistent à faire des économies figurent dans le catalogue d'autres candidats à la présidentielle...

jeudi 11 août 2016

Augmentation du point d'indice : une perte effective malgré la hausse !

Si la majorité des professeurs fonctionnaires constatent la même chose que moi sur le montant de leur traitement du mois de juillet, le gouvernement aura totalement raté sa mesure de dégel (provisoire) du point d'indice ! Et voir fondre les bénéfices électoraux qu'il pensait en tirer. En regardant le montant de ma fiche de paie de juillet 2015, mois ou l'on ne reçoit généralement que son traitement de base, j'ai constaté une baisse de 21 euros sur ce qui m'a été versé en juillet 2016 ! Par quel prodige une mesure d'augmentation salariale se traduit-elle par une baisse ?
Deux raisons : l'augmentation de la cotisation pour pension comme tous les ans jusqu'en 2020(*) et une augmentation de la cotisation à la mutuelle, celle à laquelle cotise une majorité de collègues. Sur ce dernier point, le gouvernement n'y est évidemment pour rien, il suffirait de changer de couverture santé pour payer moins. Mais il se trouve que ma cotisation mutualiste n'est augmentée que de 19 euros. Il y a donc une baisse effective de 2 euros de salaire que ne compense même pas l'augmentation du point d'indice. Il en sera de même évidemment lors de la deuxième « vague » d'augmentation en janvier prochain. Le gouvernement pensait nous caresser dans le sens du poil. Hélas, le gant s'est révélé rugueux !

(*) 15 euros par mois pour les derniers échelons de la grille de rémunération des agrégés et ce pendant 9 années (2012-2020) ce qui représente 15x9 = 135 euros. C'est presque l'équivalent d'un échelon qui va disparaître de nos rémunérations ! La fonction publique d'Etat coûte de moins en moins cher...

samedi 16 juillet 2016

Faisons comme si de rien n'était

Le ciel redevenu bleu hier matin annonçait enfin une vraie journée d'été paisible jusqu'à ce que je mette en route la radio et que j'entende la triste nouvelle de cet attentat à Nice. Le journal suivant fait part des circonstances du drame puis commencent les commentaires des spécialistes et autres experts pour échafauder des hypothèses sur les motivations du meurtrier entrecoupés de témoignages sur le vif mais qui relèvent plus de l'émotion que de l'information. Là (et las !), je décide couper tout moyen d'information pour la journée. On n'en apprendra pas plus à écouter ou regarder en boucle les mêmes déclarations et les mêmes images. Consacrer autant de glose à ce drame ne fait que conforter les éventuels commanditaires sur l'efficacité de leur action et susciter l'envie de faire de même chez des candidats terroristes narcissiques. De plus, cela ne permettra pas hélas de déjouer un autre attentat de ce genre, commis par un seul individu, semble-t-il. Le mieux que nous puissions faire en tant que simple citoyen est de vaquer sans crainte à nos occupations habituelles et ne rien changer à notre mode de vie. Ce serait donner raison à ces gens dont les ressorts relèvent nettement plus de la psychiatrie que de la religion ou de la politique.